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"Depuis le mois de juin, on voit des pieds de vigne qui ne poussent plus. On voit des raisins qui ne grossissent pas..." : le vignoble lotois accuse le coup face à la chaleur et la sécheresse hors normes

l'essentiel Le vignoble de Cahors subit une sécheresse sévère cet été, menaçant la récolte 2026. Certains vignerons constatent des baies plus petites et des pieds de vigne morts ou presque. Un orage pourrait améliorer la situation, selon eux, mais la répétition des épisodes caniculaires et le manque d'hydratation obligent à repenser la gestion de l'eau pour l'avenir. Ils nous racontent.

Les rangs de vigne jaunissent, les sols se fissurent et les grappes peinent à grossir. Sous l'effet de la chaleur et du manque d'eau, le vignoble de Cahors, qui comprend environ 4 200 hectares répartis sur la vallée du Lot et les Causses, traverse un nouvel été sous tension. Si les vignerons veulent encore croire à une fin de saison avec une météo plus clémente, tous s'accordent sur un point : la récolte 2026 sera moins abondante que la précédente.

"Pour le moment, le vignoble, dans sa physiologie végétale, résiste. Par contre, en termes de récolte, on part sur une petite récolte, puisque les baies sont petites", constate Sébastien Sigaud, président de l'Union interprofessionnelle du vin de Cahors (UIVC). Une situation qui, selon lui, s'inscrit dans la durée : "C'est une situation qui fragilise encore le secteur viticole du département depuis sept saisons. On n'arrive pas à faire une récolte normale."

Des pieds de vigne complètement morts

Sur les parcelles, les conséquences sont déjà visibles. "Depuis le mois de juin, on voit des pieds de vigne qui ne poussent plus. On voit des raisins qui ne grossissent pas", décrit Pierre Bénac, propriétaire du Clos de Pougette, sur la commune de Saint-Vincent-Rive-d'Olt. Sur les terrains les plus "superficiels" du Causse, certains ceps sont même condamnés. "On a des pieds qui meurent. Certains ne repartiront pas ou très peu l'année prochaine", déplore le sexagénaire. 

Pour Jean-Luc Baldès, du Clos Triguedina, la prudence reste néanmoins de mise. "C'est une année un peu compliquée, il est vrai. Mais il ne faut s'inquiéter tout de suite", confie-t-il. Selon lui, tout dépendra désormais de la météo des prochaines semaines. "Il peut y avoir un orage cette semaine ou la semaine prochaine, et puis ça change la donne. C'est la loi du temps", explique-t-il avec espoir.

Si l'espoir demeure, les rendements s'annoncent déjà en nette baisse. L'UIVC mise sur "25 à 30 hectolitres de moyenne", tandis qu'au Clos de Pougette, Pierre Bénac estime avoir déjà perdu "entre 30 et 50 %" de la récolte. "Mais est-ce que ce sera 70 ou 80 % ? Je ne sais. S'il ne pleut pas, peut-être", désespère-t-il. 

Sébastien Sigaud montre les raisins abimés par la sécheresse de cet été.
Sébastien Sigaud montre les raisins abimés par la sécheresse de cet été. Photo autorisée pour La Dépêche du Midi - Sébastien Sigaud

La qualité du futur millésime se joue également sur la météo du mois d'août. "Pour le moment, on ne peut pas dire que la qualité est menacée", nuance Jean-Luc Baldès. Avant d'ajouter : "S'il se met à pleuvoir, les raisins vont reprendre un peu de jus, un peu d'épaisseur, ils vont gonfler légèrement."

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Un orage de 48 millimètres espéré pour sauver la qualité

Même analyse chez Sébastien Sigaud, qui attend beaucoup d'un épisode orageux. "L'orage régulerait la maturité des raisins. Aujourd'hui, elle est très hétérogène du fait de la sécheresse. Nous avons besoin d'eau pour avoir des vins aromatiques et des vins de gastronomie agréables", explique-t-il en espérant un orage de 48 millimètres. "Si on l'a, ça peut être jackpot", estime le président de l'UIVC. 

Au-delà de cette saison estivale, la répétition des sécheresses pousse déjà les viticulteurs à adapter leurs pratiques, à court ou long terme. Au Clos de Pougette, le manque de pluie était anticipé dès le printemps. "En mars-avril, il manquait environ 110 millimètres de pluviométrie. À partir de ce moment-là, on a enlevé complètement l'herbe et travaillé les sols pour essayer d'économiser l'eau le plus possible. Mais ça ne suffit pas...", déclare-t-il.

Pierre Bénac a quelques ceps qui résistent un peu mieux à la chaleur.
Pierre Bénac a quelques ceps qui résistent un peu mieux à la chaleur. Photo autorisée pour La Dépêche du Midi - Pierre Bénac

Sébastien Sigaud, de son côté, souhaite aller plus loin et portera, le 25 août à la Préfecture, un projet inédit de gestion de l'eau avec le comité des communes, le département et la Chambre d'agriculture. "C'est le grand sujet de demain. Il faut que l'on mette l'eau quand on l'a dans le sol. Utiliser l'eau disponible entre le 15 février et le 15 mai permettrait de s'adapter et de se préparer. Aujourd'hui, la transition est capitale", explique-t-il.

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Car derrière les difficultés du vignoble de Cahors, c'est toute l'agriculture lotoise qui fait face aux mêmes incertitudes climatiques. Pierre Bénac prévient : "Si on veut continuer à travailler la vigne à Cahors, et qu'il y ait de l'agriculture en général, il faudra forcément s'adapter. Ce sera coûteux et compliqué."