États-Unis | Démêler le vrai du faux dans le discours de Trump
Dans une adresse à la nation qui a duré près de 27 minutes jeudi soir, le président américain, Donald Trump, a évoqué des « vulnérabilités choquantes » en lien avec le système électoral américain et a publié une cinquantaine de documents — des rapports de la CIA et du FBI ou bien des chaînes de courriels — pour appuyer ses propos. D’une « exploitation » des données d’électeurs par la Chine à des « failles » liées aux systèmes de vote électronique, Le Devoir a analysé ses affirmations et démêle le vrai du faux.
Est-ce que la Chine a piraté des données d’électeurs ?
Parlant devant les caméras de la Maison-Blanche, Donald Trump a soutenu que les documents qu’il a publiés dans la foulée de son discours « montrent que, sur plusieurs années, à partir de l’élection de 2020, la Chine a mené ce qui apparaît comme la plus grosse opération de piratage de données électorales de l’Histoire, aboutissant à l’acquisition illicite par la Chine de 220 millions de fichiers d’électeurs américains ».
Si des rapports soutiennent bel et bien que la Chine a mis la main sur des données d’électeurs d’au moins 18 États, comme leur nom, leur date de naissance et, dans certains cas, leur adresse, numéro de téléphone et des informations sur leur historique de vote, des documents affirment qu’un « acteur » de la République populaire de Chine les a téléchargés depuis des sites Web où l’information était publique et que la Chine détenait un document contenant, entre autres, des données d’électeurs datées d’entre 2009 et 2018.
Aux États-Unis, chaque État rend en effet disponibles des informations concernant ses électeurs. Certaines listes sont gratuites, celles de l’Ohio, par exemple, tandis que d’autres peuvent être achetées par les formations politiques ou les organisateurs de campagnes.
M. Trump a également soutenu que des membres du supposé « deep state » ont caché cette ingérence chinoise. Des courriels d’employés des services de renseignements datés de 2020 évoquent une différence d’analyse de l’ingérence chinoise dans le cadre des élections présidentielles de cette même année, mais aucun document publié jeudi ne prouve que de l’information a été cachée ou ne mentionne directement le concept de deep state.
Est-ce que la Chine a influencé l’élection de 2020 ?
Dans son discours, Donald Trump n’a pas détaillé comment la Chine a pu utiliser ces informations d’électeurs. Les documents présentés comme preuve jeudi ne font état que d’hypothèses, certains d’entre eux évoquant que la Chine ne voulait pas voir Trump réélu.
Mais les documents publiés jeudi soutiennent que l’ingérence chinoise se limitait à de l’influence diplomatique, économique et en ligne et que « Pékin n’avait pas l’intention de tenter d’influencer l’élection ».
L’un d’entre eux, un rapport du National Intelligence Council (NIC), soutient même que « Pékin n’a pas déployé d’efforts d’influence visant à modifier l’issue de l’élection présidentielle américaine » et que la Chine n’a pas utilisé « ses options les plus effectives pour influencer l’élection, car Pékin souhaite minimiser le risque de rétroaction et espère stabiliser les relations après les élections ».
Ce même document conclut que « les dirigeants chinois souhaitent la stabilité dans les relations sino-américaines et estiment disposer d’une gamme d’outils qui peuvent atteindre leurs objectifs quel que soit le vainqueur de l’élection ».
Un autre rapport du NIC, qui analyse que « la Chine préfère que le président Trump soit défait », soutient également que la Russie « utilise toute une série de mesures principalement pour dénigrer l’ancien vice-président Biden », l’alors rival démocrate de Donald Trump et celui qui a remporté l’élection de 2020.
Est-ce que le vote électronique est vulnérable ?
Au cours son discours, Donald Trump a lancé que les infrastructures de votes électroniques n’étaient pas sécuritaires et étaient vulnérables à des attaques. Encore une fois, les documents publiés pour appuyer les propos du président viennent plutôt les démentir ou les nuancer.
Un document du NIC indique qu’il est possible de manipuler les machines de votes — et que des pays comme la Russie, la Chine, la Corée du Nord et l’Iran ont les capacités de le faire —, mais qu’un accès physique aux machines est nécessaire. Quelques lignes plus loin, l’on peut donc lire que le NIC estime « que les systèmes de dépouillement des votes seraient difficiles à manipuler à une échelle suffisamment grande pour compromettre les résultats d’élections ».
« Bien qu’un adversaire puisse manipuler les résultats des votes dans plusieurs juridictions et suffisamment d’États pour influencer une élection présidentielle, nous estimons que mener une telle campagne serait difficile et que les audits post-électoraux et les traces écrites permettraient très probablement de découvrir une telle tentative », poursuit l’analyse.
M. Trump appuie ensuite ses dires sur un rapport de l’Agence centrale de renseignement (CIA) qui résume une analyse des capacités de manipulation du vote dans des élections au Venezuela.
En 2018, l’entreprise de machines de vote Smartmatic a cessé ses activités au Venezuela après avoir publiquement accusé le régime de Nicolás Maduro d’avoir manipulé les votes lors des élections des membres de l’Assemblée nationale constituante du pays en 2017.
Les machines de Smartmatic ne sont que très peu utilisées aux États-Unis et le document de la CIA soutient que « la capacité du gouvernement vénézuélien à manipuler les résultats des élections au Venezuela reposait en partie sur sa capacité à contrôler chaque étape du processus de vote électronique » et que « ni le gouvernement vénézuélien ni Smartmatic n’auraient disposé d’un tel accès complet lors d’un processus électoral hors du Venezuela ».
Donald Trump a aussi affirmé que plusieurs milliers de personnes non citoyennes ou décédées se retrouvent sur les listes d’électeurs. Le nombre réel de non-citoyens ayant voté à chaque élection et de votes proclamés pour des personnes décédées est en réalité bien plus bas que le nombre inscrit pour voter, ont révélé de multiples analyses.