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DÉCRYPTAGE. Vingt lits de psychiatrie fermés à Montauban : pourquoi des médecins étrangers recrutés en renfort quittent le centre hospitalier

l'essentiel En pleine semaine de la santé mentale, le centre hospitalier de Montauban (Tarn-et-Garonne) a fermé les vingt lits des Tilleuls, à Capou, faute de praticiens. Une mesure présentée comme provisoire, mais qui ravive les inquiétudes sur les capacités du pôle psychiatrique. Après avoir recruté plusieurs médecins algériens en 2024, l’hôpital doit désormais composer avec le départ de certains d’entre eux. En cause, selon les syndicats : les conditions d’exercice, mais aussi les difficultés de logement et d’attractivité de la profession au plan national.

En pleine semaine nationale de la santé mentale, la décision a du mal à passer. Ce lundi 5 octobre 2026, le centre hospitalier de Montauban (Tarn-et-Garonne) a dû procéder à la fermeture - provisoire, assure-t-on - d’un des services du pôle psychiatrique. Baptisée Les Tilleuls et basé à Capou, l’unité accueillait jusque-là vingt lits qui sont désormais tous fermés en raison du manque de praticiens hospitaliers. Selon la CGT et Force ouvrière, il manque entre dix et quinze postes de médecins psychiatres pour le seul pôle adulte.

Pourtant, l’hôpital de Montauban avait réussi, notamment sous l’impulsion de son précédent chef de pôle, à recruter plusieurs praticiens à diplôme hors Union européenne (Padhue) qui exerçaient jusque-là en Algérie. Arrivés en Tarn-et-Garonne en 2024, ils ont tous entamé un parcours de procédure d’autorisation d’exercice (PAE), émaillé d’épreuves de vérification des connaissances (EVC), de diplômes universitaires (DU) et de stages. Donc en attendant de valider officiellement leurs acquis en France, ceux qui étaient professionnels en leur pays ont dû exercer sous tutelle. Plusieurs d’entre eux ont rapidement pris une place centrale dans le fonctionnement des urgences psychiatriques où le nombre de passages ne cesse d’augmenter.

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« C'est aux plus offrants »

« On n’a pas su les retenir », regrette Audrey Lecorche-Borgne pour F.O. Selon elle, au moins deux psychiatres algériens ont rejoint Agen et trois autres sont désormais en poste à Avignon. « Hébergement, primes, conditions de mobilité : d’autres centres hospitaliers ont mis les moyens pour les faire venir », analyse la déléguée syndicale.

Le problème dépasse évidemment le seul cas montalbanais : depuis que la santé mentale a été érigée en cause nationale, la pénurie de psychiatres reste criante. Mais comment, dans ce contexte, l’hôpital de Montauban a-t-il pu laisser partir des médecins qu’il avait lui-même recrutés ?

La direction espère accueillir plus d'internes

La direction du centre hospitalier a accepté de répondre à nos questions. En voici l'intégrale retranscription :

1. Qu'est-ce qui vous a poussé à prendre cette décision ?

Le départ d’un praticien et l’arrivée d’un nouveau praticien.

2. De quelle nature sont les travaux à mener au bénéfice de l’UIPPA et quel est le calendrier envisagé ?

Il s’agit de la réfection des réseaux d’eau, des couloirs (sol et plafond), de la salle d’activité et de la salle à manger. Le retour des résidents est prévu fin novembre 2026.

3. Combien aviez-vous recruté de PADHUE algériens et combien en reste-t-il aujourd'hui ?

Le Centre hospitalier a recruté des praticiens à diplôme hors Union européenne en psychiatrie adulte uniquement. À ce jour, nous avons deux praticiens qui ont eu le concours national, dit EVC, et qui sont dans leur parcours de consolidation. Deux autres praticiens doivent passer les EVC.

4. Comment expliquer leur départ ? Identifiez-vous des leviers qui auraient pu être actionnés pour leur donner envie de rester ?

Des praticiens, souvent pour des raisons personnelles, ne sont pas restés au CH de Montauban lorsqu’ils ont obtenu les EVC. Le nombre de postes ouverts en France est très important (215 postes en 2025) et les praticiens ont le choix.

5. Combien de psychiatres sont actuellement en poste (adultes et enfants) et combien vous en manque-t-il ?

Pour fonctionner sur l’ensemble de ses activités (psychiatrie adultes, psychiatrie infanto-juvénile, urgences), nous avons besoin de 30 psychiatres. Aujourd’hui, nous avons un taux de vacances de 40 % sur la psychiatrie adulte et de 20 % sur la psychiatrie infanto-juvénile.

Afin de soutenir les psychiatres, au-delà de la fermeture de lits, nous avons renforcé le temps de psychologues en recrutant 4 psychologues, et en développant les postes d’infirmiers en pratique avancée (IPA) en psychiatrie et santé mentale. L’IPA est un professionnel formé pour prendre en charge des situations cliniques complexes, collaborer avec les médecins et coordonner le parcours de soins des patients. Nous avons 3 IPA en psychiatrie adultes et 1 en pédopsychiatrie, qui prendra ses fonctions à l’été 2027 après son master, ainsi que de l’intérim pour renforcer les équipes médicales.

L’IPA en psychiatrie et santé mentale intervient dans l’évaluation de l’état du patient, la définition et la mise en œuvre du projet de soin, ainsi que dans les actions de prévention et d’éducation thérapeutique. Il participe à l’organisation du parcours de soins en collaboration avec les médecins et autres professionnels de santé, et peut produire et analyser des données en santé mentale. L’IPA peut également renouveler ou adapter certaines prescriptions médicales, notamment pour les thymorégulateurs, antipsychotiques ou traitements de substitution aux opiacés, dans le cadre de protocoles écrits validés par un médecin.

6. Comment envisagez-vous la politique de recrutement à mettre en œuvre au sein du pôle de psychiatrie, mais aussi aux urgences « générales », où les syndicats estiment qu'il manque 20 postes de praticiens ?

Nous avons communiqué sur le fait que le CH recherchait des psychiatres, mais le nombre de postes de psychiatres vacants est tellement important (8 000 au niveau national, au moins). La psychiatrie est une spécialité dont les postes ne sont pas tous choisis lors du choix de spécialité des internes. Cette absence de choix et donc de candidats n’est malheureusement jamais comblée.

Nous avons rencontré le coordonnateur de la spécialité au CHU de Toulouse, afin d’envisager l’accueil d’un nombre d’internes plus important. Nous espérons que notre message sera entendu.

« Dans le cadre de l’EVC, les médecins étrangers sont recensés dans un fichier national des hôpitaux de France. Donc derrière, c’est aux plus offrants », décrypte la section CGT du centre hospitalier. Pour leur validation d’acquis, les Padhue doivent effectuer des stages de plusieurs mois dans d’autres services. Mais à Montauban, où les praticiens manquaient déjà, certains auraient été maintenus plusieurs jours par semaine au sein du pôle psychiatrique. Une situation qui, selon Manuelita Vintar, de la CGT, aurait compliqué la validation de leur parcours et contribué au départ de certains d’entre eux.

Des délais de consultation astronomiques en pédopsychiatrie

Entre une rémunération jugée peu attractive et un marché locatif sous tension, les conditions d’installation à Montauban auraient fini par décourager certains médecins algériens. « La direction avait proposé de se porter garante de leur logement mais c’était trop tard, ils étaient déjà sur le départ », poursuit Audrey Lecorche-Borgne pour F.O. qui dénombre aujourd’hui 168 lits adultes, contre 190 en 2022. Une capacité « sous-dimensionnée », selon les termes du président du tribunal judiciaire, Alain Fouquet, qui évoquait, en début d’année, « le contexte particulier » à l’œuvre en Tarn-et-Garonne où seuls le centre hospitalier et l’établissement de santé privé autorisé à exercer l’activité de soins de psychiatrie (Esap) Lou Camin, à Montauban, sont compétents en la matière.
Pour la pédopsychiatrie, il manque trois praticiens sur les huit postes ouverts. Des statistiques qui collent à la pénurie nationale. « Un adolescent qui tenterait de mettre fin à ses jours doit en moyenne attendre 24 mois pour une première consultation », regrette la CGT.

Selon la CGT, la psychiatrie aurait généré 2 millions d’euros en 2025, sans que ces moyens bénéficient directement au pôle. « Or, en psychiatrie, une activité thérapeutique est un vrai soin qui est souvent plus efficace qu’une seringue. Mais il y a des besoins partout : aux urgences de Montauban et Moissac, il manque vingt médecins ! », s’étouffe Manuelita Vintar. Pour l’heure, la quinzaine d’agents et de soignants affectée aux Tilleuls a été réaffectée dans d’autres unités du pôle psychiatrique.

En attendant de pouvoir rouvrir les vingt lits fermés lundi, le centre hospitalier doit déménager aux Tilleuls l’unité intersectorielle de psychiatrie de la personne âgée (UIPPA), qui était installée dans des locaux modulaires, pour mener des travaux de modernisation. De leur côté, certains soignants ont bien du mal à dissimuler leur inquiétude. « À Montauban, il y a une population importante avec un profil psy. Nous, on les stabilise mais on ne les guérit pas vraiment et au cours d’une même année, on revoit énormément les mêmes patients. Maintenant, ils vont sortir des urgences avec une ordonnance et après ils vont errer dans les rues. C’est comme ça qu’il y a trois ans, une collègue a été poignardée sur le parking de l’hôpital. »

Un infirmier psychiatre au bout du fil au 15

Le service fonctionne actuellement de 10h à 22h. Les équipes continuent de se renforcer pour élargir les créneaux.
Le service fonctionne actuellement de 10h à 22h. Les équipes continuent de se renforcer pour élargir les créneaux. DDM MANUEL MASSIP

Depuis juin 2026, la plateforme 3S (Secours, Santé, Social), installée dans les locaux du SDIS de Tarn-et-Garonne, accueille le Service d’accès aux soins psychiatriques porté par le centre hospitalier de Montauban. Ce dispositif apporte une réponse spécialisée aux personnes en souffrance psychique qui appellent le 15. L’appel est d’abord pris en charge par un assistant de régulation médicale. Si une problématique psychiatrique est identifiée, celui-ci peut transmettre l’appel à un infirmier formé à cette prise en charge. Le professionnel dispose alors d’un temps dédié pour évaluer la situation.

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Crises d’angoisse, épisodes dépressifs et idées suicidaires font notamment partie des situations rencontrées. L’infirmier cherche à comprendre ce qui a déclenché la crise. Il vérifie aussi l’existence d’un éventuel risque immédiat. Lorsque le danger est avéré, le patient est orienté vers les urgences. Lorsque la situation le permet, une autre solution peut être recherchée. L’orientation peut notamment se faire vers un centre médico-psychologique.

Le dispositif doit permettre d’éviter que chaque appel pour une souffrance psychique aboutisse aux urgences. Pour les équipes des urgences psychiatriques, cette organisation permet de se concentrer sur les patients déjà présents dans le service. Les assistants de régulation médicale peuvent aussi passer le relais lorsque l’échange nécessite une expertise psychiatrique. Ces appels demandent parfois un temps important pour comprendre le contexte.