DECRYPTAGE. Tomates à 7,90 euros le kilo, salades en pénurie, produits "moches" : comment la sécheresse bouleverse les étals de fruits et légumes
l'essentiel Cet été 2026, les canicules et la sécheresse ont provoqué une pénurie de fruits et légumes, impactant les prix de manière inégale selon les circuits de distribution. Cela ne se limitera pas à cet été, les maraîchers craignent pour les cultures futures, déjà semées, affectées par la chaleur.
Cet été 2026, les canicules répétées et la sécheresse ont mis à rude épreuve les maraîchers et primeurs de la région. Un constat que confirme au Monde la grande distribution au niveau national : des hausses de 40% pour les laitues et de 35% pour les tomates grappes par rapport à 2025. Mais contrairement à une idée reçue, ce n'est pas tant une explosion générale des prix qui frappe les étals, qu'une pénurie, dont l'impact varie fortement selon les circuits de distribution.
Des variations spectaculaires en circuit court
Chez Terridors, épicerie toulousaine, 90% des produits viennent de producteurs locaux, dans un rayon de moins de 150 km. Pour eux, la volatilité a été forte cet été. "On était à 7,90 €/kg pour la tomate côtelée hier, et demain le cours baisse", explique Alexandre Aubertin, avant d'anticiper un prix sous les 5€/kg la semaine suivante. "Ça mûrit pour tout le monde en même temps, dans la même région", donc les prix s'envolent ou s'effondrent en bloc.
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Les abricots, eux, sont passés de 2,90 €/kg à 4,50 €/kg depuis un mois et demi, après que la canicule de fin juin a fait pourrir les fruits sur l'arbre. Le concombre a grimpé de 1,50 €/kg à 2 €/kg faute de disponibilité. Sur la salade, le prix d'achat a bondi de 20%, mais Terridors a choisi de maintenir son tarif de vente à 1,30 €/pièce en rognant sa marge. Une stratégie que Coopérative U dit aussi appliquer : "Ça devient compliqué" de contenir les prix sur ses propres marges, reconnaît le porte-parole. Carrefour a d'ailleurs annoncé le 14 août l'acceptation en rayon de fruits et légumes "moches" déclassés par la sécheresse, ainsi qu'un paiement accéléré aux producteurs, de 30 à 15 jours.
"Je n'ai pas envie de faire varier mes prix tous les jours"
Dans une autre épicerie toulousaine, Campillo, qui se fournit aussi en direct chez des producteurs locaux, aucune hausse notable n'est constaté : la salade reste à 1,20 € la pièce, la tomate ronde bio à 4,50 €/kg. Des tarifs inchangés depuis près de quatre ans. La différence ne tient donc pas au circuit, mais à un choix commercial assumé de lissage : "Je n'ai pas envie de faire varier mes prix tous les jours, je préfère avoir une constance", explique la vendeuse.
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Travaillant avec plusieurs producteurs par produit, l'enseigne peut aussi jongler entre eux quand l'un est en difficulté, diluant l'effet d'un accident climatique localisé. Ainsi, ses producteurs livrent moins et moins varié, mais sans répercuter leurs pertes sur le prix.
La contractualisation, un rempart contre la flambée
Régis Chevallier, président de la Fédération des maraîchers nantais, apporte une nuance de taille : "Plus qu'une augmentation des prix, on a connu une pénurie, mais ça ne fait pas pour autant monter les prix". Une grande partie de sa production – notamment la salade – est négociée six mois à l'avance avec la grande distribution et les industriels. Malgré des rendements en berne, les tarifs restent figés par contrat. Seule la portion vendue en marché libre, comme sa mini-pastèque, subit pleinement les soubresauts de l'offre et de la demande. La production à échelle nationale a chuté de 30% pour la carotte, 25% pour la courgette et jusqu'à 60% pour le brocoli, une baisse qui, mécaniquement, tire les prix vers le haut.
Au-delà de l'été, les trois professionnels alertent sur un effet différé : les cultures d'automne et d'hiver, déjà en terre, souffrent elles aussi de la chaleur, et les arbres fruitiers pérennes sortent affaiblis pour les saisons à venir. Les producteurs redoutent en particulier pour les légumes-racines et à feuilles (navets, épinards, radis) : la chaleur excessive les pousse à "monter en graines" prématurément, rendant feuilles et racines immangeables. De quoi nourrir une inquiétude partagée sur la capacité d'adaptation d'une filière confrontée à une météo de plus en plus imprévisible.