DÉCRYPTAGE. Présidentielle 2027 : comment le bien-être animal s’installe dans la campagne
l'essentiel Sébastien Lecornu veut accélérer l’application des mesures contre la maltraitance animale et durcir les sanctions. Gabriel Attal investit lui aussi ce terrain avec plusieurs propositions sur les abandons et les ventes d’animaux. Un sujet jusqu’ici fortement occupé par le RN et les écologistes, mais selon des logiques très différentes.
Le bien-être animal, chasse gardée du Rassemblement national et sujet important pour les écologistes, dans des registres évidemment très différents, va-t-il devenir un thème important de la campagne présidentielle ? En tout cas, voilà un dossier dont s’est récemment saisi le Premier ministre et sur lequel des candidats comme Gabriel Attal se positionnent déjà.
Appliquer réellement ce qui a déjà été voté
Sébastien Lecornu a, en effet, décidé de donner un coup d’accélérateur sur la maltraitance animale. Dans une lettre adressée le 28 juillet à neuf membres de son gouvernement, dont les ministres de l’Intérieur, de la Justice, de l’Agriculture et de la Transition écologique, le Premier ministre leur demande de conduire d’ici au 1er octobre une série d’actions destinées à "intensifier" la lutte contre la maltraitance animale. Avec un constat politique clairement formulé : le bien-être des animaux de compagnie répond, selon lui, à "une attente très forte" des Français.
Selon un sondage de l’Ifop, publié en février pour la Fondation 30 Millions d’Amis, les Français expriment en effet une sensibilité accrue au bien-être animal. Ils réclament davantage de protection juridique et rejettent massivement l’élevage intensif, la chasse à courre ou la vente d’animaux en ligne.
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Une partie du chantier voulu par le Premier ministre consiste d’abord à appliquer réellement ce qui a déjà été voté. La loi de 2021 interdit la vente de chiens et de chats dans les animaleries, mais Sébastien Lecornu constate que le dispositif reste partiellement opérationnel, faute notamment du décret fixant les sanctions. Matignon veut également lancer des contrôles sur Internet pour repérer les élevages clandestins et les ventes illégales entre particuliers.
Le Premier ministre souhaite aussi permettre aux refuges et associations de vérifier qu’un candidat à l’adoption n’est pas sous le coup d’une interdiction de détenir un animal. Autre axe : durcir les sanctions. Les faits relevant aujourd’hui d’une contravention de quatrième catégorie, pouvant atteindre 750 euros, pourraient passer à la cinquième catégorie, soit jusqu’à 1 500 euros et 3 000 euros en cas de récidive. La formation des magistrats, agents de l’État et personnels des collectivités doit également être renforcée.
La recherche scientifique dans le viseur
L’offensive ne s’arrête pas aux animaux de compagnie. Sébastien Lecornu demande d’étudier l’interdiction de l’utilisation des chiens dans la recherche scientifique et souhaite un calendrier "réaliste". Un label pourrait aussi distinguer les élevages et commerces particulièrement engagés en faveur du bien-être animal. Après une réunion à Matignon, la SPA, la Fondation Brigitte Bardot et 30 Millions d’Amis ont toutes accueilli favorablement les annonces.
Gabriel Attal a lui aussi compris l’espace politique qui pouvait s’ouvrir. Lors d’un déplacement à la SPA de Plaisir le 31 juillet, il a présenté ses premières propositions. L’ancien Premier ministre veut supprimer les salons du chiot et du chaton, qu’il considère comme propices aux achats impulsifs, faire appliquer les sanctions contre les animaleries contournant l’interdiction de vente et mieux encadrer les transactions sur les plateformes numériques.
Sur la maltraitance, il propose une amende forfaitaire délictuelle applicable dès le premier acte et la création d’un fichier national des personnes interdites de détenir un animal. Une manière d’occuper un terrain politique jusqu’ici beaucoup moins identifié au centre qu’au RN ou chez les écologistes.
Bataille d’image
Car la bataille est aussi celle de l’image. Le RN s’est emparé de la cause animale depuis les années 2010, en l’intégrant à un discours mêlant protection du vivant, critique de l’industrialisation et défense d’un modèle français d’élevage. Marine Le Pen elle-même met en avant son diplôme d’éleveuse de chat.
Mais le bilan du parti d’extrême droite est contesté par les associations : lors des européennes de 2024, L214 le classait à 0,42 sur 5, très loin des écologistes, de LFI ou du PS.
Les écologistes défendent, eux, une transformation beaucoup plus structurelle, de la fin des cages à la réduction de la consommation de produits animaux.
En mettant l’accent sur les abandons, les trafics, les sanctions et les refuges, Gabriel Attal choisit donc un registre différent : celui d’une protection animale centrée sur des mesures concrètes et immédiatement lisibles.
Suffira-t-il à disputer au RN et aux écologistes un sujet qu’ils occupent depuis longtemps ? L’entrée de Matignon dans le dossier montre en tout cas que la condition animale commence à dépasser le seul champ militant pour devenir un objet de concurrence politique.