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Décryptage. Incendies : la France peut-elle produire ses propres Canadair pour lutter contre les feux de forêt ?

Des bombardiers d’eau fabriqués en France seront-ils bientôt engagés pour lutter contre les feux de forêt ? Trois start-up tricolores y travaillent sérieusement. Basée à Istres (Bouches-du-Rhône), la société Hynaero s’est fixé un objectif : produire le Canadair de demain, un appareil qui se veut plus puissant que celui fabriqué par la société canadienne De Havilland, qui dispose pour l’instant d’un monopole mondial. Le Fregate-F100 devrait permettre d’écoper 10 tonnes d’eau, selon ses concepteurs, contre six tonnes pour le Canadair produit au Canada, et voler à 450 km/h. Les vols d’essai de ce bombardier d’eau amphibie nouvelle génération n’auront toutefois pas lieu avant 2030 pour un début de production espéré en 2032.

En attendant, la France, qui dispose de 12 Canadair (quatre sont actuellement hors service), a passé commande de quatre Canadair pour agrandir sa flotte vieillissante. Le 9 août 2024, l’État a commandé deux Canadair CL-515, subventionnés à hauteur de 75 % par l’Union européenne. La livraison est prévue au plus tôt en 2028-2029. Une commande supplémentaire a été réalisée pour deux autres Canadair le 4 juin, pour un montant d’environ 200 millions d’euros financés sur fond propre. Mais la livraison ne devrait pas intervenir avant 2032-2033. « Il n’y a aucune raison de se résoudre à acheter pour 90 millions d’euros pièce des avions des années 1970 qui seront construits exclusivement sur la côte ouest canadienne, alors qu’on peut en France, en coopération européenne, concevoir et produire un avion amphibie bombardier d’eau moderne », commente David Pincet, président de la société Hynaero.

Le Fregate-F100 se présente comme le Canadair français de demain. Il devrait permettre d’écoper 10 tonnes d’eau et voler à 450 km/h, selon ses concepteurs.  Photos fournies par Hynaero

Le Fregate-F100 se présente comme le Canadair français de demain. Il devrait permettre d’écoper 10 tonnes d’eau et voler à 450 km/h, selon ses concepteurs.  Photos fournies par Hynaero

Des lettres d’intérêts de la Sécurité civile

Pour l’aider dans la conception de son avion, la start-up a bénéficié d’une levée de fonds de 117 millions d’euros (110 millions d’un investisseur luxembourgeois et sept millions de subventions publiques). De quoi lui permettre de couvrir deux années d’études pour son Fregate-F100, dont le coût total de production est estimé à un milliard d’euros ?

La strat-up Hynaero est basée à Istres (Bouches-du-Rhône). Photo DR

La strat-up Hynaero est basée à Istres (Bouches-du-Rhône). Photo DR

Pour booster son projet, Hynaero, qui travaille en partenariat avec Airbus Defence and Space, attend des précommandes. « À partir du moment où il y a des précommandes, il y a des avances qui sont versées », explique David Pincet. Pour l’heure, la France n’est pas prête à se lancer : « Il n’y a pas de vision d’un quelconque échéancier de commandes », nous confirme la Sécurité civile, estimant « qu’il est trop tôt pour s’engager alors que l’appareil n’a pas encore été certifié ». Néanmoins, l'État participe activement au projet de Fregate-F100.

Le 27 septembre 2024, la Sécurité civile a signé une lettre d’intérêt avec la société Hynaero : « Cela signifie que non seulement nous sommes intéressés par ce projet, mais également que nous sommes contributeurs de la conception et participons à mettre en relation tous les acteurs du réseau », nous détaille le colonel Jérôme Boulanger, porte-parole de la Sécurité civile. L’Espagne, l’Italie et la Turquie se sont également montrés intéressés par le futur Canadair français, selon David Pincet.

Un avion avec flotteurs

À Toulouse (Haute-Garonne), la société Positive Aviation, créée en 2022, travaille aussi à la succession du Canadair. Plutôt que de créer un avion de toutes pièces, l’entreprise de 30 salariés a, elle, fait le choix de transformer des avions de transport de passagers ATR72 en bombardiers d’eau amphibie en les équipant de flotteurs, afin de leur permettre de se poser sur l’eau et d’écoper.

Le FF72 pourra transporter jusqu’à huit tonnes d’eau. Ce jeudi 23 juillet, le premier flotteur fabriqué à Vannes (Morbihan) va sortir d’usine. « Il sera transféré au Technocentre Airbus Atlantic de Nantes pour assemblage avant d’être transféré en novembre 2026 à l’aéroport de Toulouse-Blagnac pour assemblage sur l’avion », détaille Laurent Schmitt, PDG de Positive Aviation. « Les essais en vol débuteront en octobre 2026, d’abord sans flotteurs, puis viendront les essais sur l’eau à Marseille et sur le lac de Biscarrosse (Landes) début 2027 pour une arrivée sur le marché prévue en 2029 », anticipe le PDG. L’Américain Bridger Aerospace a commandé 10 appareils à Positive Aviation. « Ils seront livrés pour la saison des feux 2029 puis à un rythme de deux appareils par an », prévoit Laurent Schmitt.

  • La start-up Positive aviation travaille sur son FF72 qui pourra transporter jusqu’à 8 tonnes d’eau. Photo DR

    La start-up Positive aviation travaille sur son FF72 qui pourra transporter jusqu’à 8 tonnes d’eau. Photo DR

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  • Ce jeudi 23 juillet, le premier flotteur fabriqué à Vannes (Morbihan) va sortir d’usine.  Photo DR

    Ce jeudi 23 juillet, le premier flotteur fabriqué à Vannes (Morbihan) va sortir d’usine.  Photo DR

La France pourrait-elle être cliente ? « Notre concentration ne se porte pas sur l’État français, déjà engagé sur le Canadair. On arrive après la bataille pour la France. Il faut dire qu’avant 2022, nous n’existions pas », souligne Laurent Schmitt, qui se positionne plutôt auprès d’opérateurs privés ou de pays qui n’ont pas investi dans le Canadair en Europe, en Amérique de Nord, au Moyen-Orient et en Afrique du Nord, mettant en avant le coût deux fois moins élevé de son FF72 (35 millions d’euros). « Mais il n’est pas impossible que la Sécurité civile vienne à nous, si des besoins additionnels sont nécessaires ou si la société De Havilland n’est pas en mesure de livrer ses appareils dans les délais impartis », glisse Laurent Schmitt. La Sécurité civile devrait d’ailleurs signer une nouvelle lettre d’intérêt avec Positive Aviation en septembre prochain.

Le Dash de demain ?

La société Kepplair Evolution, également basée à Toulouse, ambitionne pour sa part de transformer des avions ATR72 en avions bombardiers d’eau. Contrairement aux deux autres projets, le Kepplair 72, capable de transporter 7,5 tonnes d’eau ou de retardant, devra se ravitailler au sein d’un des 26 pélicandromes que compte notre pays. L’entreprise, qui a la volonté de créer « le futur Dash », s’apprête à réceptionner dans les prochains jours son premier avion prototype, à Toulouse-Blagnac. Devraient suivre les vols d’essai avec pour objectif de proposer dès 2027 une nouvelle génération de bombardiers d’eau. Une lettre d’intérêt a aussi été signée avec la Sécurité civile le 24 septembre 2024 pour ce projet qui a reçu cinq millions d’euros de subventions publiques.

Seuls huit Canadair sur 12 sont opérationnels

Selon un document de la Sécurité civile consulté par l’AFP, huit des 12 Canadair de la flotte étaient disponibles mardi soir, tout comme sept Dash sur huit, deux Beechcraft sur trois et quatre hélicoptères bombardiers d’eau sur cinq. Parmi les quatre Canadair indisponibles, l’un a été endommagé en intervention lors du récent incendie qui a frappé la forêt de Fontainebleau (Seine-et-Marne). L’autre est hors service à la suite d’un accident survenu en mai 2025 durant une manœuvre en Corse. L’appareil avait touché un haut-fond en voulant écoper, créant une brèche dans sa coque.

Quid des deux autres ? « Nos 12 Canadair vont être totalement retrofités », assure toutefois la Sécurité civile au groupe EBRA (dont fait partie notre journal). Cette remise à neuf, qui consiste en une modernisation des appareils, ne devrait toutefois pas intervenir « avant 2028 ». La France dispose aussi de 39 hélicoptères - un 40e est commandé - en plein renouvellement. « L’intégralité de cette flotte aura été renouvelée d’ici 2030 », précise la Sécurité civile. Une expérimentation est en cours dans l’Hérault et en Corse afin d’adapter ces hélicoptères à la lutte contre les incendies. Les appareils sont alors équipés d’un sac à eau “Bambi Buket” capable d’emporter 800 litres d’eau et de les larguer sur un feu.