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Décryptage. Envie de profiter et peur de manquer : comment les Français envisagent leur retraite

Les Français attendent-ils leur retraite avec impatience ou appréhension ? Ont-ils peur pour leur situation financière ? Ont-ils envie de changer de région ? Craignent-ils de la solitude ? On imagine avoir du temps pour voyager, profiter de ses proches, faire des activités et être plus libre. Mais la retraite s’accompagne aussi de questions : avec quels moyens pourra-t-on en profiter ? C’est ce que révèle le baromètre La Retraite et moi, réalisé par Odoxa pour Generali auprès d’actifs de plus de 45 ans et de retraités (*).

À l’échelle nationale, 28 % des futurs retraités disent attendre cette période avec envie. Mais plus d’un sur deux l’attend avec ambivalence ou inquiétude. Les différences régionales sont marquées : l’envie atteint 34 % dans le Grand Est, mais 31 % en Auvergne-Rhône-Alpes et 27 % en Bourgogne-Franche-Comté et chute à 22 % dans les Hauts-de-France. Un sentiment que ressent Évelyne, du Rhône, qui prendra sa retraite en février prochain : « Je suis partagée entre un sentiment d’abandonner mon travail que j’adore et la liberté que je vais retrouver », écrit-elle.

Inquiets sur les finances et la santé

Cette envie repose avant tout sur ce que la retraite permettrait de retrouver : du temps. 87 % des Français interrogés associent la retraite au fait de profiter de la vie et 86 % à un sentiment de liberté. Le soulagement de ne plus travailler arrive à 79 %, tandis que 78 % y voient l’occasion de se lancer dans de nouveaux projets. Et ils ne manquent pas : voyager arrive largement en tête des envies, cité par 69 % des futurs retraités, devant le temps passé avec les proches et les petits-enfants (53 %) et la pratique d’un sport ou d’une activité physique (49 %). Développer une passion personnelle est également cité par 48 % des répondants.

Derrière ces aspects positifs de la retraite, une inquiétude revient sans cesse chez les répondants à cette enquête : celle de l’argent. 65 % des futurs retraités craignent de manquer de moyens financiers. Cette inquiétude dépasse la peur de tomber malade (46 %), l’isolement (27 %) ou encore l’ennui et la déprime (22 %). « L’inquiétude liée aux finances ne concerne pas l’argent pour financer un voyage ou des loisirs, c’est surtout des finances qui permettront de faire face à un pépin de santé par exemple », souligne Céline Bracq, directrice générale d’Odoxa.

La retraite se prépare donc aussi avec une autre préoccupation majeure : la santé. Lorsqu’ils imaginent leur prochain lieu de vie, les futurs retraités placent d’ailleurs l’accès aux soins presque au même niveau que la proximité avec leurs proches, 43 % souhaitent vivre dans un endroit où l’on accède facilement aux soins médicaux, derrière la sécurité (48 %) et la proximité avec la famille ou les amis (48 %) et devant un lieu où la vie est moins chère (40 %). « L’accès aux soins fait partie des sujets d’inquiétude des Français, on sait que certains renoncent à des soins parce qu’ils se trouvent trop loin d’un spécialiste ou que l’attente est trop longue », analyse Céline Bracq. « Le plus important c’est de pouvoir profiter en bonne santé. Mais si un problème de santé survient et qu’il faut payer un Ehpad, je ne suis pas sûr que nos économies nous le permettraient », estime Jean-Noël, de la Loire.

Une retraite dans sa région

Pour autant, partir vivre ailleurs n’est pas une évidence, puisque les deux tiers des futurs retraités français interrogés pensent rester là où ils vivent déjà. La proportion est de 71 % en Auvergne-Rhône-Alpes et de 69 % en Bourgogne-Franche-Comté. Dans le Grand Est, elle atteint 70 %. L’idée d’une retraite passée au soleil, loin de son territoire d’origine, concerne donc une minorité : seuls 11 % des Français envisagent l’étranger et 22 % une autre région. « La plupart des Français, encore aujourd’hui, naissent, vivent et meurent dans leur région et souvent même dans leur département », rappelle la directrice d’Odoxa. Le choix du lieu de vie repose ainsi sur un mélange d’attachement et de considérations très concrètes : rester près des siens et de ses habitudes, se sentir en sécurité, pouvoir consulter facilement un médecin ou encore profiter d’un environnement agréable.

À l’approche de cette nouvelle étape de la vie, les futurs retraités réclament davantage d’accompagnement : 71 % des Français souhaitent notamment être mieux aidés pour anticiper financièrement leur retraite, devant un meilleur accès à la santé, au bien-être et à la prévention (59 %). Un manque d’accompagnement que regrette Évelyne, surprise par le montant de sa pension : « C’est vraiment ce point qui me fait peur pour l’avenir. »

Les inquiétudes ne sont toutefois pas les mêmes pour tout le monde. Chez les ouvriers et employés, elles sont davantage liées à la question du niveau de vie. Les cadres, eux, peuvent davantage redouter de perdre avec la retraite une partie de ce qui structure leur identité professionnelle : « 59 % des cadres déclarent que leur travail est une part de leur identité, contre 42 % des ouvriers », rappelle Céline Bracq. En revanche, 71 % des ouvriers craignent de manquer de ressources financières, contre 58 % des cadres. Une même retraite mais des projections différentes.

(*) Étude Odoxa pour Generali réalisée en ligne du 4 au 14 mars 2026 auprès de 3 056 actifs âgés de 45 ans et plus et de 565 retraités. Les échantillons sont représentatifs de la population française selon la méthode des quotas (sexe, âge, profession, région et catégorie d’agglomération).