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DÉCRYPTAGE. Donald Trump débarqué en secret d'Air Force One : une exfiltration "inacceptable..." Pourquoi l'opération suscite une crise politique aux États-Unis ?

l'essentiel Un changement d’avion en toute discrétion, un appareil leurre, un Congrès et une douzaine de journalistes tenus dans l’ignorance... L’exfiltration de Donald Trump depuis la Turquie début juillet n’en finit pas de faire des vagues. Si la Maison-Blanche invoque une menace iranienne, le secret entourant l’opération suscite indignation et interrogations.

C'est une opération secrète, révélée au grand jour par la presse américaine, qui suscite du grabuge. Le 8 juillet dernier, alors qu'il quittait le sommet de l'Otan en Turquie, Donald Trump a secrètement changé d'avion face à une "menace" iranienne. Un incident révélé par le Washington Post ce lundi 10 août, et confirmé par la Maison-Blanche le lendemain.

Les révélations du journal américain sur l'opération de sécurité rocambolesque qui s'est déroulée sur le tarmac de l'aéroport d'Ankara soulèvent des questions sur la sécurité du président américain, la crédibilité de la menace qui pesait sur lui, mais surtout sur la communication de la Maison-Blanche.

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De hauts responsables et une douzaine de journalistes dans l'ignorance restés à bord du premier avion

Ce jour-là, pour quitter le sommet de l'Otan en Turquie, le président des États-Unis a été exfiltré dans un conteneur de ravitaillement, tandis qu'Air Force One a décollé avec à son bord une douzaine de journalistes persuadés, à tort, de voyager avec Donald Trump. Ce dernier a finalement pris place à bord d'un autre appareil, accompagné de proches collaborateurs ainsi que de son ministre de la Défense, Pete Hegseth.

President Trump was secretly moved off Air Force One in Turkey last month after the NATO summit with the help of an airport catering truck. When asked why, Trump said the Secret Service directed him to switch to another plane.

“They wanted me to go on a different flight, a… pic.twitter.com/dxrZReipFu

— CBS News (@CBSNews) August 12, 2026

Le secrétaire d'État Marco Rubio et le ministre des Finances Scott Bessent sont eux restés à bord de l'appareil présidentiel. Un choix qui interroge si un danger était réellement présent puisque d'après la Constitution américaine, le secrétaire d'État et le ministre des Finances sont respectivement n°3 et n°4 dans l'ordre de succession à la présidence, derrière le vice-président et avant les membres les plus hauts placés de chaque chambre du Congrès.

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Sont également restés à bord de l'appareil sans être informés de la situation, la douzaine de journalistes voyageant à l'arrière, dans une cabine qui ne communique pas avec l'espace réservé au président, et qui n'ont rien deviné du subterfuge. La sécurité leur avait d'ailleurs demandé de baisser les stores des hublots, une consigne très inhabituelle en dehors des zones de combat. Une fois arrivé sur la base militaire de Mildenhall, dans l'est de l'Angleterre, un peu avant cet avion leurre, Donald Trump y est remonté, là aussi secrètement et sans que le Washington Post n'ait pu apprendre comment.

Un secret inhabituel

Ce n'est pas la première fois dans l'histoire qu'un président américain prend ainsi des précautions exceptionnelles, mais le secret entourant cette opération est inhabituel. Il est très rare que des présidents américains voyagent sans être accompagnés de membres de la presse de la Maison-Blanche, agissant comme représentants du public américain. En 2000, Bill Clinton avait déjà utilisé cette technique d'un avion leurre pour se rendre d'Inde au Pakistan. Selon le Washington Post, la présidente de l'Association des correspondants à la Maison-Blanche de l'époque avait été avertie. En 2023, une visite de Joe Biden en Ukraine avait également été entourée du plus grand secret. Le président démocrate avait été accompagné de deux journalistes.

Stephen Miller declined to answer questions after his TV hit this afternoon, including whether he was aware that President Trump wasn't on Air Force One as they flew back from Turkey. pic.twitter.com/TgDHUTDESC

— Kaitlan Collins (@kaitlancollins) August 13, 2026

Ainsi, l'affaire a rapidement pris une tournure politique, le Congrès n'ayant pas été informé de l'exfiltration. "Il est inacceptable que le Congrès ait été laissé dans l'ignorance et ait appris l'existence de cette grave menace par la presse", a réagi mardi le chef de l'opposition démocrate au Sénat Chuck Schumer, exigeant que le Parlement soit immédiatement informé de ce qu'il s'est passé. 

L'administration Trump a également été critiquée pour ne pas avoir informé les journalistes présents à bord de la menace existante. Selon José Zamora, directeur régional pour les Amériques du Comité pour la protection des journalistes, c'est elle qui "a la responsabilité de veiller à ce que les journalistes couvrant l’actualité du président ne soient pas exposés inutilement à des dangers". "Les journalistes devraient être informés des menaces crédibles pour leur sécurité afin de pouvoir prendre des décisions éclairées", a-t-il réagi dans un communiqué.

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"Un peu tiré par les cheveux"

L'opposition démocrate fait désormais pression sur l'administration Trump pour qu'elle fournisse davantage de précisions sur l'opération alors que la crédibilité même de la menace est remise en question. "Je suis très curieux de savoir dans quelle mesure les renseignements fournis par Israël étaient non seulement crédibles, mais aussi vérifiables de manière indépendante", a déclaré le sénateur démocrate Chris Van Hollen dans les colonnes du Washington Post. "Je ne doute pas que l'Iran aimerait voir le président partir, mais tout cela semble un peu tiré par les cheveux." Selon un responsable américain, cité par le Wall Street Journal, c'est en effet Israël qui a informé les États-Unis d'une menace iranienne d'attaque par missile sol-air portable contre l'avion.

Donald Trump, tentant visiblement de minimiser l'épisode, a affirmé ne pas avoir été surpris : "Je suis l'objet de beaucoup de menaces dont vous n'avez pas connaissance." "Je fais ce qu'ils me disent", a-t-il ajouté en parlant de son "Secret Service".