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Décryptage. « Des cibles moins risquées » : pourquoi le grand banditisme vise les bijoux historiques des musées

Depuis le braquage du Louvre en octobre 2025, et selon les analyses d’Europol, les pays européens font face à une hausse des cambriolages de bijoux de valeurs financière et historique importantes. Même en province, parfois sur des cibles plus réduites, les musées semblent devenir la cible privilégiée du crime organisé.

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Aujourd’hui à 19:20 | mis à jour aujourd’hui à 19:20

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Le Louvre est resté fermé le lendemain du cambriolage en plein jour des joyaux volés dans le musée le plus visité au monde. Photo Sipa/Jeanne Accorsini
Le Louvre est resté fermé le lendemain du cambriolage en plein jour des joyaux volés dans le musée le plus visité au monde. Photo Sipa/Jeanne Accorsini

Série noire de cambriolages dans les musées européens. Le 27 août, en Espagne, des voleurs ont fait main basse sur une collection nationale de 59 pièces archéologiques étrusques, en or, vieilles de plus de 3 000 ans. À Vienne, en Autriche, le même jour, des voleurs s’emparent d’un célèbre collier de diamants de la maison Van Cleef & Arpels, une pièce d’une valeur pouvant aller de 10 à 15 millions d’euros selon Alexandre Léger, expert agréé CEA en joaillerie (professionnel reconnu par la Compagnie des Experts en Arts et Antiquités).

Depuis le traumatisme du braquage du Louvre, en octobre 2025, la liste des institutions pillées ne cesse de s’allonger. En France, le Muséum national d’Histoire naturelle a été la cible d’un vol où six kilos de pépites d’or ont été dérobés. En juillet 2026, le célèbre torque de Vix - un collier en or celte unique au monde et véritable chef-d‘œuvre de l’archéologie - a été arraché à son musée en plein jour à Châtillon-sur-Seine (Côte-d'Or). Plus au nord, le Drents Museum aux Pays-Bas a subi un braquage visant des pièces historiques en or daciques.

Dans son dernier rapport, publié le 24 août, Europol constate cette augmentation spectaculaire des braquages au sein des musées de l’Union européenne. Selon l’agence européenne de police criminelle, deux facteurs concomitants expliquent cette bascule : d’une part, l’envolée historique des cours des métaux précieux sur les marchés mondiaux ; d’autre part, l'émergence de nouveaux réseaux de malfaiteurs spécialisés, capables de planifier des braquages au cœur des capitales européennes. Pour Alexandre Léger, la situation actuelle est le résultat d’une logique économique implacable : la criminalité s’est simplement déplacée vers les maillons faibles en sécurité. « Les bijouteries sont de plus en plus protégées, il en est de même pour les fourgons de banque. Il s’agissait des cibles plus traditionnelles des groupes criminels. Dans un tel contexte, les vitrines des musées sont devenues des cibles infiniment moins risquées et plus rentables. »

Les bijoux de luxe : une cible privilégiée pour faciliter le recel

Si les œuvres d’art comme les peintures sont difficiles à revendre en raison de leur traçabilité, les bijoux partent avec un handicap majeur qui fait le bonheur des receleurs. « Le bijou est le seul objet d’art qui est transformable sans qu’il perde sa valeur. On peut le fondre, le décomposer et le revendre, pièce par pièce », souligne l'expert en joaillerie. Des œuvres d’orfèvrerie antiques finissent dans des creusets clandestins, détruites à jamais pour leur simple poids en métal ou pour la valeur brute de leurs gemmes. Comme le déplore Alexandre Léger : « Au-delà de la valeur pécuniaire liée aux bijoux, certains vols nous font perdre jusqu’à 3 000 ans d’histoire, par notre simple incapacité à arrêter ces cambriolages. C’est inacceptable. » Pour le spécialiste, l’architecture de la sécurité doit être entièrement repensée : « Il ne faut pas seulement sécuriser la vitrine, mais aussi la salle d’exposition, le musée et ses abords. Il faut sécuriser le tout, de façon structurelle. »

Face à l’urgence et au manque de moyens immédiats pour fortifier des centaines de musées sur le territoire, Alexandre Léger préconise une mesure de crise radicale : « Si les pouvoirs publics se veulent responsables, ils devraient récupérer tous les bijoux exposés, ceux dans les réserves, et les cacher pendant cinq à six ans dans la Souterraine, la réserve d’or de la Banque de France, et effectuer les travaux nécessaires à la sécurisation totale du musée. » Cependant, la question demeure : quel gouvernement aurait le courage d’assumer la fermeture des vitrines ouvertes au public pour protéger le patrimoine historique ? En mai dernier, la commission d’enquête de l’Assemblée préconisait une dizaine de mesures pour pallier les failles de de sûreté dans les établissements culturels, appelant notamment à renforcer les moyens financiers en faveur de la sécurisation des musée.

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