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DECRYPTAGE. Affaire Jubillar, la reconstitution : lunettes, témoignage du jeune Louis... comment l'enquête va être confrontée aux aveux du mari

l'essentiel Cédric Jubillar, accusé du meurtre de sa femme Delphine, en décembre 2020, dans le Tarn, a avoué l’avoir étranglée, après plus de cinq ans de mensonges. Cependant, ses déclarations contredisent les témoignages et les indices matériels. La reconstitution judiciaire prévue pourrait éclaircir ces incohérences que La Dépêche décrypte une par une.

La nouvelle version de Cédric Jubillar, passé aux aveux le 15 juillet dernier, permettra-t-elle de connaître la vérité sur le véritable déroulé de cette nuit du 15 au 16 décembre 2020, à Cagnac-les-Mines ? Pour le mari de Delphine qui reconnaît l'avoir étranglée, après plus de cinq ans de mensonges, la reconstitution judiciaire de ce vendredi 2 octobre 2026 doit permettre de lever toutes les zones d'ombre.

Le témoignage de Louis, le fils du couple

C'est lors de sa troisième audition chez les juges d'instruction, à Toulouse, le 26 novembre 2021 (son père est en détention provisoire depuis le 18 juin 2021) que cet enfant, alors âgé de six ans lorsque sa mère disparaît, fait des révélations. Pour la première fois, il dit avoir vu et entendu, par l'entrebâillement de la porte du couloir, ses parents se disputer, ce mardi soir 15 décembre 2020. Selon la chronologie établie par les enquêteurs, il est parti se coucher entre 22 h 55 et 22 h 59, juste avant la fin de l'émission sur M6, "La France a un incroyable talent". C'est dans ce créneau horaire qu'il aurait été témoin d'un accrochage, "je me souviens qu'ils se poussaient", dit-il devant les juges.

L'intérieur de la maison des Jubillar./ Infographie DDM.
L'intérieur de la maison des Jubillar./ Infographie DDM.

Dans ses aveux du 15 juillet dernier, devant la présidente de la cour d'assises, Valérie Noël, Cédric Jubillar, 39 ans, livre sa version des faits. Selon lui, il s'est réveillé entre 1 h et 1 h 30 du matin, dans la nuit du 15 au 16 décembre pour rejoindre le salon. Son épouse Delphine se trouve sur le canapé. Des insultes auraient fusé et Cédric Jubillar raconte une scène d'étranglement dans la cuisine. Mais le créneau horaire ne correspond pas à celui retenu par l'accusation pour objectiver la dispute. Par ailleurs, le champ de vision de Louis, caché derrière une porte, lui permet-il de voir ses parents se disputer s'ils se trouvent, comme le précise aujourd'hui Cédric Jubillar, dans la partie cuisine ?

Les cris dans la nuit

Ce même créneau horaire, autour de 23 heures, le 15 décembre 2020, est mis à mal par les aveux de Cédric Jubillar. Deux voisines distantes d'une centaine de mètres de la maison des Jubillar, rue Yves-Montand, à Cagnac-les-Mines, ont toujours affirmé avoir entendu des cris "de peur et d'effroi" mêlés à des aboiements de chiens (les deux Shar-Peï du couple Jubillar ?), aux alentours de 23 h 07, lors du solo de guitare du personnage principal du film, "Retour vers le futur 2", sur TF1.

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Ces témoignages, reliés à celui de Louis, vont dans le même sens : ils objectivent une dispute au sein du couple, point de départ de l'agression fatale, peu après 23 heures. Le récit de l'artisan plaquiste est tout autre. Tout se serait passé dans la maison de telle sorte qu'il est impossible pour ces voisines, postées devant la porte d'entrée de leur pavillon, d'entendre des cris provenant d'un espace clos. Et là aussi, le créneau horaire ne colle pas avec le scénario relaté par l'artisan plaquiste.

Les lunettes cassées

Les lunettes de l'infirmière retrouvées cassées en plusieurs morceaux dans la maison ont toujours incarné la trace irréfutable d'une violente dispute ce soir-là. Une partie de cet accessoire de vue est retrouvée sur la table de la cuisine. Une branche déclipsée est découverte le 6 janvier 2021, lors de la grosse opération de fouilles des gendarmes, sous le canapé du salon. Elle serait tombée de l'accoudoir. La reconstitution de ce vendredi 2 octobre pourrait apporter de nouvelles précisions sur la façon dont ces lunettes se sont brisées même si elles étaient déjà bien abîmées.

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Le changement de sens de la voiture

Selon plusieurs témoins et résidents de la rue Yves-Montand, la Peugeot 207 bleue du couple Jubillar a changé de sens de stationnement durant la nuit du 15 au 16 décembre 2020. Or, Cédric Jubillar, dans son nouveau récit, est formel. Il dit avoir quitté la rue, après avoir chargé le corps de sa femme dans le coffre, sans allumer le moteur, en profitant de la pente. Selon lui, la voiture était garée capot vers le bas. En revenant de Mailhoc, endroit où il reconnaît avoir enfoui la dépouille de son épouse, il aurait garé la voiture dans le même sens, toujours capot vers la descente.

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L'activation du téléphone de Delphine

Les experts l'ont toujours affirmé : une manipulation humaine est à l'origine de l'activation du téléphone de Delphine Jubillar, à 6 h 52, le 16 décembre 2020. Cédric Jubillar assure s'être débarrassé du téléphone de sa femme, de son blouson et de sa paire de bottines, dans une poubelle, à 50 mètres de leur habitation. C'est en revenant dans la maison, de retour de Mailhoc, avant l'appel à la gendarmerie, à 4 h 09, qu'il dit s'être séparé de ces affaires après s'être assuré que les enfants dormaient toujours. Comment ce téléphone, jamais retrouvé, a-t-il pu être activé à 6 h 52 et par qui ?

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Mailhoc et les tas de terreau

Comment Cédric Jubillar s'y est-il pris pour creuser, à mains nues, une cavité avant d'enfouir le corps de sa femme, sans laisser de traces ? Tout ceci au cœur d'une nuit froide, sans être vu ni repéré... Avait-il choisi cet endroit, au préalable, situé à 14 km de Cagnac-les-Mines ? Avait-il tout prémédité ?

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Tous ces éléments constitutifs du large faisceau d'indices "grave et concordant", sont donc mis à mal par la nouvelle version du mari. La pression des juges et des enquêteurs, l'hypermédiatisation de l'affaire et l'engrenage du déni sont les principaux arguments avancés par l'artisan plaquiste pour expliquer son enfermement dans le mensonge. D'autant que, selon lui, le scénario qu'on lui a toujours opposé ne correspondait pas à la réalité.