taraskuzio.com

De Tunis à Tubize en passant par Reims, l'improbable destin de Yosri Bouali : "Grâce à la Belgique, je ravive mon rêve de l'arbitrage professionnel"

"C'est mon choix. Mon destin. Je l'assume." Promesse de l'arbitrage en Tunisie – où on lui a confié la direction du bouillant derby de Tunis à 23 ans seulement – et plus jeune arbitre international du pays, Yosri Bouali (33 ans) a tout quitté. Installé en France depuis avril 2025, il rêve de revenir au sommet de l'arbitrage… en Pro League. Récit d'un parcours sinueux.

Après Schaerbeek - Beerschot en Coupe de Belgique, vous avez arbitré RWDM - Union U23 en D1 FFA le week-end passé. Comment en êtes-vous arrivé là ?

Le point de départ de cette aventure est familial. Il y a un peu plus d'un an, en avril 2025, j'ai quitté la Tunisie pour rejoindre ma femme, enceinte, à Reims. J'étais promis à un bel avenir dans l'arbitrage en Tunisie où j'avais battu tous les records de précocité. Mais la famille est ma priorité. J'ai accepté de repartir à zéro.

Yosri Bouali a arbitré RWDM - Union U23 en D1 FFA
Yosri Bouali a arbitré RWDM - Union U23 en D1 FFA ©DR

Vous viviez de l'arbitrage en Tunisie ?

J'exerçais un mi-temps comme arbitre et un mi-temps comme employé dans l'administratif à la fédération. J'avais donc l'occasion de m'entraîner, de m'entretenir… J'ai commencé l'arbitrage très jeune et j'ai gravi tous les échelons jusqu'à l'obtention de mon badge FIFA en 2019.

Pourquoi ne pas arbitrer en France ?

J'ai rencontré des difficultés administratives et, sans manquer de respect au niveau National 2 ou Régional en France, j'ai eu du mal à accepter de retomber si bas. C'est assez ennuyant. J'ai ensuite eu des contacts en Belgique. J'ai expliqué mon parcours à Monsieur (Jonathan) Lardot (NdlR : responsable de l'arbitrage). Il m'a tendu la main et c'est un nouveau déclic pour moi.

C'est-à-dire ?

Quitter la Tunisie, c'est mon choix. Mon destin. Je l'assume. Aujourd'hui, grâce à la Belgique, je ravive mon rêve de l'arbitrage professionnel. J'en suis encore très loin, j'y vais étape par étape, mais je suis déjà reconnaissant de l'opportunité qui m'est donnée.

guillement

Pour l'instant, je fais régulièrement les trajets entre Reims et Tubize, mais je suis prêt à ces sacrifices.

Concrètement, comment s'organisent vos semaines ?

J'habite toujours en France mais on projette de s'installer en Belgique l'année prochaine. Pour l'instant, je fais donc régulièrement les trajets entre Reims et Tubize pour certains entraînements ou les tests physiques (NdlR : qu'il devra repasser le 15 octobre après un premier essai infructueux). C'est fatigant, mais l'arbitrage, c'est ma passion. Je suis prêt à ces sacrifices. À ce niveau, on ne gagne pas beaucoup d'argent, et vu le prix du carburant, tout passe dans le réservoir (sourire). En parallèle, j'ai accepté un job dans un magasin. Les week-ends cette saison, je devrais régulièrement arbitrer des matchs de D1 FFA et je suis candidat à la montée au niveau Pro League (NdlR : ils sont 5 pour l'aile francophone et 2 pour l'aile flamande). Pour cela, il faut que je fasse mes preuves sur le terrain et que j'obtienne de bons rapports. Mon coach Philippe Vinche (NdlR : ancien arbitre) me suit et m'aide énormément.

Arbitre Tunisien Yosri Bouali
Yosri Bouali (2e en orange en partant de la gauche) lors de la finale de la Coupe de Tunisie, au stade olympique de Tunis, en 2022. ©DR

Votre parcours renseigne une suspension temporaire par la Fédération tunisienne, en 2024. Que s'est-il passé ?

À l'époque, dans une émission radio, j'avais osé revendiquer certaines choses – que j'estimais basiques et logiques – pour le bien de l'arbitrage tunisien : être payé à l'heure et à temps, disposer de conditions d'entraînement et de déplacement correctes… Une cause noble, me semblait-il. Mais cela n'a pas été apprécié par la Fédération et le bureau d'arbitrage.

Quelle a été la suite ?

Au début, on devait être plusieurs à mener ce combat mais je me suis rapidement retrouvé esseulé. Lorsque le bureau d'arbitrage en place a changé – ce sont des mandats de 4 ans –, les lignes ont bougé. Nos revendications ont été entendues et on a reçu tous nos arriérés. Tout cela n'a pas été vain, j'en suis fier.


Un Burundais va suivre

Un autre arbitre africain va prochainement tenter de (re) monter les échelons en Belgique après une première partie de carrière prometteuse au pays. Son nom : Pacifique Ndabihawenimana.

Il s'agit d'un Burundais de 41 ans. Il a notamment dirigé des rencontres de Ligue des champions africaine, mais aussi et surtout de la Coupe d'Afrique des nations, dont le quart de finale Gambie - Cameroun en 2022.

Sur le site de l'Union belge, il est renseigné affilié au club de Tubize-Braine. Il devrait lui aussi débuter en D1 FFA.

Pour accéder à cet article, veuillez vous connecter au réseau internet.