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De jeunes hommes, souffrant d'addictions ou de troubles mentaux... Quels profils figurent parmi les 184 personnes interpellées pour des incendies depuis début juillet ?

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Depuis le 6 juillet, 184 personnes ont été arrêtées pour des départs de feu, a annoncé, mardi, le ministre de l'Intérieur. Cinq ont été condamnées à de la prison ferme et 15 sont en détention provisoire dans l'attente de leur jugement.

France Télévisions

Publié le 29/07/2026 05:56

Mis à jour le 29/07/2026 07:23

Temps de lecture : 6min

Un pompier éteint le feu de la forêt de Fontainebleau, à Noisy-sur-Ecole (Seine-et-Marne), le 16 juillet 2026. (LOU BENOIST / AFP)
Un pompier éteint le feu de la forêt de Fontainebleau, à Noisy-sur-Ecole (Seine-et-Marne), le 16 juillet 2026. (LOU BENOIST / AFP)

Il est soupçonné d'être à l'origine d'une série de départs de feu de végétation qui ont détruit plusieurs hectares de maquis et de forêt à Brignoles, Cabasse et Vins-sur-Caramy, dans le Var. Un homme de 23 ans a été mis en examen pour "destruction par incendie" et placé en détention provisoire, a confirmé, mardi 28 juillet, lors d'un point-presse, la procureure adjointe de Draguignan, Laurence Barriquand. Il encourt 15 ans de réclusion criminelle et 150 000 euros d'amende, car il n'y a pas de blessé pour l'instant, mais la peine pourrait s'alourdir le cas échéant, a précisé la magistrate. Elle n'a pas souhaité en dire davantage, "pour la sérénité de l'enquête".

Son cas est loin d'être isolé : alors que les flammes ravagent des milliers d'hectares en France depuis le début de l'été, le ministre de l'Intérieur a annoncé sur le réseau social X, mardi après-midi, 184 interpellations pour des incendies depuis le 6 juillet. Signe d'une réponse pénale rapide et sévère, cinq condamnations à de la prison ferme ont été prononcées et 15 personnes placées en détention provisoire dans l'attente de leur jugement, a détaillé Laurent Nuñez, la veille, lors du compte-rendu du Conseil des ministres. Les enquêtes se poursuivent afin d'identifier les auteurs des départs de feu, a ajouté le ministre, sans donner davantage de précisions sur leurs profils.

Voici les éléments que franceinfo a pu rassembler, à partir des informations données par les procureurs et relayées dans la presse régionale.

Des addictions et des troubles psychiques chez des incendiaires condamnés à de la prison ferme

Dans le courant du mois de juillet, certaines personnes interpellées ont pu être jugées et immédiatement condamnées. C'est le cas d'un quadragénaire, qui a écopé, le 17 juillet, de trois ans de prison dont deux ferme, pour trois récents départs de feu dans la forêt vosgienne de Raon-L'Etape. "Seuls quelques mètres carrés de végétation sont partis en fumée", souligne L'Est républicain, qui rapporte cette affaire. Néanmoins, le tribunal d'Epinal (Vosges) a suivi le ministère public, lequel a insisté sur la "gravité" des faits.

D'après L'Est républicain, cet homme vivait dans cette forêt depuis le printemps afin d'entamer plus facilement un sevrage de sa consommation de drogues. Dans la nuit du 14 au 15 juillet, "il a brûlé des touffes d'herbes pour rendre sa couche plus agréable". La psychiatre qui l'a expertisé "a concédé une fascination pour le feu", sans conclure à une pyromanie. Car, loin des idées préconçues, ce terme, souvent utilisé à tort, définit un trouble psychiatrique qui repose sur une définition précise et restrictive. Il doit, pour être diagnostiqué, remplir six critères cumulatifs, dont la fascination pour le feu, mais pas seulement. La pyromanie est donc rare parmi les personnes condamnées pour des allumages d'incendies.

D'autres troubles sont relevés chez les incendiaires. Ainsi, un homme de 36 ans autiste et alcoolique a été condamné le 20 juillet à 18 mois de prison, dont six mois ferme avec incarcération immédiate, par le tribunal de Perpignan qui a retenu l'altération de son discernement, c'est-à-dire une lucidité diminuée et une perte de contrôle au moment des faits. Il avait mis le feu à l'aide d'un sac rempli de déchets, d'un aérosol et d'un briquet, brûlant 100 m² de végétation à Saint-Estève, dans les Pyrénées-Orientales, rapporte France 3 Occitanie. La consommation d'alcool est aussi pointée chez un homme de 39 ans interpellé dans le Var le 25 juillet, et jugé mercredi pour un incendie volontaire, et un autre d'une trentaine d'années, condamné mardi à quatre ans de prison dont 18 mois avec sursis pour avoir déclenché deux incendies avec des mégots à quelques kilomètres de Biscarrosse (Landes), et agressé sexuellement des gendarmes.

A Caen (Calvados), le tribunal a aussi retenu l'altération du discernement d'un homme de 57 ans atteint de schizophrénie dysthymique, qui a reconnu être l'auteur de quatre incendies dans le bocage virois, en Normandie. Il a ainsi écopé d'une peine de trois ans d'emprisonnement, dont dix-huit mois ferme avec incarcération immédiate, relate Ouest-France, qui précise qu'il a, entre autres, mis le feu à un champ de blé de deux hectares et, dix jours plus tard, à un hangar agricole. "On parlait en boucle des feux de Fontainebleau à la télévision. Je n'étais pas bien, je ne prenais plus mes médicaments, c'était comme une pulsion de mort", a-t-il déclaré pour expliquer ses gestes, selon le quotidien régional.

Des hommes jeunes, parfois pompiers volontaires

Concernant l'incendie de Fontainebleau (Seine-et-Marne), qui a ravagé plus de 2 000 hectares mi-juillet, quatre personnes sont mises en examen, dont deux ouvriers laissés libres sous contrôle judiciaire. Ces derniers sont soupçonnés d'avoir involontairement déclenché le feu aux abords de l'autoroute A6 qui s'était ensuite propagé à la forêt, selon la procureure de Fontainebleau. Un sapeur-pompier volontaire et un étudiant en droit, tous deux âgés de 18 ans, sont, eux, accusés d'avoir mis le feu à deux endroits délibérément. Ils ont donc été écroués.

Ce profil de sapeur-pompier volontaire, s'il est loin d'être majoritaire, est présent dans d'autres affaires. Ainsi, l'un d'eux a été condamné à trois ans de prison avec sursis, le 22 juillet, par le tribunal des Sables-d'Olonne (Vendée), pour des incendies volontaires au début de l'été. Il a également l'interdiction définitive d'exercer la mission de pompier, souligne ICI Loire Océan. Alors que les services départementaux d'incendie et de secours (Sdis) organisent des entretiens psychologiques, voire des questionnaires pour tenter de détecter ces profils de "pyromanes", le Sdis de Vendée a condamné "avec fermeté ces agissements".

Dans le Bas-Rhin, un jeune homme interpellé le 1er juillet avait, lui aussi, 18 ans tout pile. Il a revendiqué plusieurs départs d'incendies volontaires, dans des parcelles agricoles et près d'une aire de jeux. Selon Les Dernières Nouvelles d'Alsace, il devait être jugé en comparution immédiate, mais le tribunal de Saverne a demandé une expertise psychiatrique. L'audience a donc été renvoyée au 7 septembre. En attendant, il a été placé en détention provisoire, comme c'est le cas de plusieurs suspects incarcérés, qui seront jugés à l'automne, voire début 2027. La quasi-totalité sont des hommes, comme le soulignent les experts. A l'issue de nos recherches, un seul profil de femme incendiaire a émergé, en Haute-Loire.

Quelques adolescents en attente de leur procès

Dans le Var, le procureur de Toulon a confirmé, lundi, l'interpellation, le 25 juillet, d'un adolescent, pour au moins un incendie volontaire. Le mineur de 15 ans a reconnu avoir provoqué "accidentellement" un incendie, le 10 juillet, "avec une cigarette mal éteinte", puis, le lendemain, avoir mis le feu "à des épines de pins à l'aide d'un briquet", dans la forêt de Valcros, "à proximité de son domicile". "Environ 600 m² de végétation avaient brûlé, provoquant l'intervention notamment de deux hélicoptères bombardiers d'eau", a souligné le procureur, qui précise que cet adolescent, "doté d'une personnalité fragile", a été présenté à un juge des enfants lundi après-midi. Il sera jugé par un tribunal pour enfants le 22 octobre et, en attendant, a l'obligation "de suivre des soins".

D'autres adolescents soupçonnés d'avoir déclenché des feux ont été arrêtés. Un mineur de 15 ans a été interpellé à Sainte-Eulalie, en Gironde, le 25 juillet, "alors qu'il venait de mettre le feu à des broussailles à proximité du foyer où il était placé", a annoncé le procureur de Bordeaux, mardi soir. Poursuivi pour des faits d'incendie volontaire, il a été incarcéré. En Ardèche, un mineur de 17 ans sera jugé le 9 septembre pour "dégradations par moyens dangereux" et "mise en danger de la vie d'autrui", deux mois après un incendie à Saint-Georges-les-Bains. Ce feu a parcouru 120 hectares en 48 heures et nécessité l'évacuation de 67 personnes. L'adolescent a, dans l'attente de son jugement, été placé sous contrôle judiciaire, avec interdiction de revenir en Ardèche et obligation de soins psychologiques.

Contacté mardi après-midi, le ministère de l'Intérieur n'était pas en mesure de préciser quelle proportion exacte représentent les mineurs parmi les 184 personnes interpellées.