David Lisnard : "Ceux qui disent vouloir renverser la table, je trouve qu’ils sont ingrats avec la table qui les nourrit depuis 20 ans"
Le maire de Cannes et président de l’Association des maires de France, David Lisnard, candidat à la présidentielle, est présent ces mercredi 5 et jeudi 6 août dans l’Hérault.
Si vous deviez résumer votre projet présidentiel, que diriez-vous ?
L’État-providence est mort. L’énorme éléphant dans la pièce qu’il faut regarder en face, c’est la dépense sociale. On est à 970 milliards de dépense sociale, c’est un tiers de la richesse produite. On n’a jamais autant dépensé.
Il faut tailler très sévèrement dans la dépense publique, qu’il faut baisser de 200 milliards par an sur une fin de quinquennat, ce qui n’est pas possible tout de suite parce qu’il y a des réalités humaines à traiter. Et pourtant c’est beaucoup trop raisonnable. Il faudrait être à 300 milliards, mais je n’ai pas encore résolu tous les problèmes de l’équation.
Il y a eu une inflation d’entités étatiques. Il y en a 1 153 d’après le Sénat, des directions comme la Dreal, des agences comme l’ARS, des observatoires, des hauts-commissariats, des hauts machins…
Qui correspondent à combien d’agents ?
440 000 agents de la fonction publique. Il faut profiter de la pyramide des âges pour ne pas remplacer des postes. Il faut moins de fonctionnaires dans l’administration, mais plus de greffiers, plus de professeurs. Surtout, il faut qu’ils soient mieux payés ! En tout, c’est plus de 100 milliards d’euros de dépenses supplémentaires à cause de la suradministration française par rapport à la moyenne européenne. On raisonne comme si on était dans les Trente Glorieuses, et après on fait du rabot, on ajuste. Le rabot et l’impôt, c’est le degré zéro de la bonne gestion budgétaire. C’est la fausse rigueur. C’est ce qui alimente le problème. On augmente les impôts. Donc on tue la production, on tue le pouvoir d’achat. On réduit le moteur et on augmente le poids de la caisse. Moi, je veux réduire le poids de la caisse.
Je voudrais que le droit commun, ce soit ce qu’on a fait pour Notre-Dame ou les J.O. Pourquoi l’État, lorsqu’il est face aux réalités qu’il impose aux autres, s’en exonère ? Dès qu’il a été dans des réalités de maître d’ouvrage, il s’est assis sur le code de l’environnement, sur le code de la commande publique, sur le code de l’urbanisme. Il faut de vraies règles environnementales. Peu de règles, mais vraiment respectées.
Sur la surabondance de normes, il y a aussi l’idée que des industriels ou les agro-industriels s’engouffrent dans des espaces flous et qu’on rajoute des normes pour les contrer…
La règle est très simple. C’est de lutter contre toute pollution. Donc il faut évidemment des règles contre ce que l’expérience a révélé comme portant atteinte à l’écosystème. Moi, je suis un grand écologiste. Il n’y a pas de problème là-dessus. Le problème, c’est quand vous interdisez une substance sans fondement scientifique, sur des croyances.
Alors prenons la loi Duplomb et la question de l’acétamipride, l’insecticide soupçonné d’être cancérigène. Vous auriez été député, vous auriez voté la loi ?
Oui, je l’aurais votée. Tout produit concentré est une nuisance. Comme toujours c’est une question de quantité. Pour la loi Duplomb, je suis peut-être orienté dans mes choix mais j’ai lu ce qu’ont écrit vos consœurs et confrères de L’Opinion et du Point, il a été démontré que l’acétamipride n’était pas cancérigène dans les seuils européens. L’environnement est beaucoup trop sérieux pour le laisser à l’idéologie gauchiste.
Votre programme est libéral, ou très libéral. Le dernier candidat libéral en France, c’était Alain Madelin, en 2002…
Ah, je croyais que c’était Macron (rires, NDLR). Ça me fait plaisir qu’enfin, cette supercherie soit éventée. On est bien d’accord, c’était pas Macron. C’était vraiment un étatiste, énarque, conformiste, bureaucrate qui a fait tellement de mal au pays…
Alain Madelin avait fait 3,91 %. Est-ce qu’en France, un pays très étatiste, il y a la place pour une candidature libérale, ou en tout cas pour cette offre politique ?
Je sais qu’on aime bien mettre des gens dans des tiroirs. Et en France, qui est le pays qui s’est le plus centralisé ces dernières années, qui a le record du monde de la dépense publique, qui a le record du monde des impôts et des charges, qui suradministre tout, dès qu’on conteste ça, on est vite libéral.
C’est une question d’équilibre, on est allé beaucoup trop loin dans l’encadrement administratif. Il faut gagner plus en cotisant moins, sortir de cet Etat-providence qui nous plombe, qui est un aspirateur à pauvreté.
Tous les candidats, du RN à la LFI en passant par les macronistes et LR, sont d’un conformisme étatiste affligeant. Ceux qui font monter LFI et le RN, c’est tous ces gens qui font du marketing avant chaque élection. Et puis une fois qu’ils sont élus, ils s’assoient dessus. Ils jouent sur la nostalgie, l’âge d’or.
En intention de vote, vous êtes à 1 % ou 2 %. Sans primaire à droite, comment faire pour percer ?
Il faut qu’il y ait une cristallisation. Mais je continue de dire qu’il faut une primaire. Tous ceux qui se disent ni RN ni de gauche – ça fait un spectre très large – doivent avoir conscience qu’il y a un éparpillement, que personne ne va au second tour. Edouard Philippe suit la trajectoire descendante qui était prévisible, Attal et Philippe vont se neutraliser dans une guerre intense, Bruno Retailleau ne décolle pas. Moi je ne suis pas dans le jeu des favoris, c’est un euphémisme.
Pour éviter la dispersion au premier tour qui est une demi-finale, il faut un quart de finale avec une primaire. Il faut éviter aussi la compromission, ceux qui reprennent les idées mais qui au final ne font rien. Il ne faut pas un arrangement de notables. Ils sont dans le microcosme qui nous dirige depuis quarante ans et qui est la principale cause de la montée du RN et de LFI. Ils pensent que le pouvoir leur est dû. Moi je ne cherche pas un poste, je veux qu’on redresse le pays.
Et si la primaire ne se fait pas…
On verra où on est en décembre-janvier ou janvier-février. D’ici là, à moi de continuer ce travail, de développer mon parti Nouvelle énergie.
Quel bilan tirez-vous des deux mandats d’Emmanuel Macron ?
Sur le plan économique, il y a eu de bonnes mesures au début, l’ordonnance travail et la flat tax. Le chômage a diminué, c’est vrai, sous son premier mandat. Mais il a diminué moins vite que la diminution moyenne européenne. Donc je ne reconnais même pas ça.
Le système est dingue. Et Emmanuel Macron ne s’est attaqué à rien. C’est pour ça que ceux qui disent aujourd’hui vouloir renverser la table, je trouve qu’ils sont ingrats avec la table qui les nourrit depuis 20 ans. Ils vont casser la vaisselle, mais ils ne vont rien renverser du tout. Ou alors ils renversent la table dans une maison qu’ils ont détruite. La maison France, ils ont contribué à la détruire. Le bilan régalien est catastrophique.
Est-ce que l’énorme souci des deux mandats Macron, ce n’est pas le discrédit de la parole politique ?
Oui, il n’y a pas que lui, mais vous avez complètement raison. La grandiloquence des mots a été proportionnelle à l’impuissance des actes. La parole publique est très dévalorisée. Tout ça n’a été qu’un grand bluff.
"Soyons heureux que Total fasse des profits"
Les riches contibuent-ils suffisamment ? "À un moment donné, ils diront "Écoutez, vous êtes bien gentils tous, mais on va aller être cotés ailleurs", comme pourraient le faire Total ou LVMH. Donc soyons heureux que Total fasse des profits. S’il y a des paradis fiscaux, c’est parce qu’il y a des enfers fiscaux. Et ce qui, moi, m’indispose, c’est qu’il y ait plus de pauvreté, pas qu’il y ait plus de riches."