David Clarinval, le "bon soldat du MR" qui va au casse-pipe et traverse les crises en accumulant les réformes
En cette fin de mois de juillet, David Clarinval est parti se reposer au Portugal. Un choix plutôt rare pour le vice-Premier ministre qui, habituellement, aime tenir la boutique fédérale durant la "saison des concombres", cette époque médiatique où les tensions politiques sont en berne. Normalement, il n'hésite pas à se porter volontaire pour reprendre les compétences de ses collègues, mais cette année, le Biévrois avait besoin de se refaire une santé.
Désigné en février 2025 au poste de ministre de l'Emploi, l'élu MR a hérité d'une fonction qui n'avait plus été aux mains des libéraux depuis 103 ans. Le dernier "bleu" à avoir géré ce portefeuille était Ernest Mahaim. Membre du Parti libéral, il est resté en poste moins de deux mois : du 24 octobre 1921 au 16 décembre 1921. 36 ministres différents se sont succédé depuis. Ils étaient tour à tour membres du parti catholique, du Parti ouvrier belge (POB), du PSB-BSP, du PSC-CVP, du SP, du CVP, du PS, du sp.a, du cdH et du CD & V.
Pause estivale pour le gouvernement : voici qui tiendra la boutique pendant que Bart De Wever ira au JaponCette absence de libéraux à ce poste est employée comme argument par le MR pour démontrer que s'il existe un immobilisme en matière d'emploi, il n'est pas de son fait. Leur président, Georges-Louis Bouchez, aime répéter que David Clarinval est le ministre de l'Arizona ayant abattu le plus grand nombre de réformes importantes. En avril, le Montois soulignait ainsi que les autres ministres dérivaient de 3,4 milliards d'euros par rapport aux objectifs de l'accord de gouvernement. "David Clarinval, lui, a fait 300 millions de mieux."
Neuf réformes
Les chiffres sont de son côté. En moins de deux ans, le ministre MR a réussi à faire adopter neuf réformes très importantes en matière d'emploi : limitation du chômage dans le temps, 650 heures de job étudiant, extension des flexi-jobs, travail de nuit, nouveau plafond de préavis, réintroduction de la période d'essai, fin du compte de formation fédéral (Federal Learning Account), assouplissements concernant les règlements de travail et, enfin, les 360 heures supplémentaires volontaires par an, dont 240 heures défiscalisées et jusqu'à 450 heures dans l'Horeca.
La profession de foire de Bart de Wever à Libramont : "Je suis content de voir l'innovation dans le secteur et l'optimisme" (Vidéo)À cela, il faut ajouter le projet d'annualisation du travail qui vient de passer en première lecture au gouvernement. Tout cela, pour la gauche et les syndicats, a valeur de "catalogue des horreurs". Pour eux, ces réformes vont accroître la misère en Belgique et démolir les conditions des travailleurs. Pour la droite et le patronat, ce sont des réformes "historiques".
"Le pays a commencé à engager des réformes il y a vingt-cinq ans, mais il s'est toujours heurté à des blocages. Pour la première fois dans notre histoire, le droit du travail devient moins rigide", se réjouit Pieter Timmermans. Le CEO de la Fédération des entreprises de Belgique dit apprécier fortement la méthode du ministre libéral qu'il décrit comme un "homme ouvert au débat et à la concertation". "Toutes ses réformes conservent un équilibre entre davantage de souplesse et la protection des travailleurs."
Horreur pour les syndicats
Des propos qu'il est impossible d'entendre du côté syndical. Marie-Hélène Ska décèle dans la vision de David Clarinval "un manque d'écoute préoccupant" et "un certain mépris pour celles et ceux qui vivent de leur travail". La secrétaire générale de la CSC juge que "le ministre de l'Emploi prend des vessies pour des lanternes" lorsqu'il affirme que les syndicats font peur aux gens.
Au mois de janvier, la FGTB avait accusé le ministre de proférer des "mensonges" lorsqu'il avait évoqué en direct le chiffre de 375 000 emplois vacants. Le ministre a, depuis, évoqué une autre façon de compter mais cette séquence lui a collé à la peau pendant longtemps.
"David Clarinval, c'est l'homme qui va au casse-pipe et qui prend les coups", observe Alexia Bertrand (Anders) qui l'a eu comme collègue dans la Vivaldi et qui le cuisine aujourd'hui à la Chambre depuis les bancs de l'opposition. "C'est le contraire du manipulateur, avec lui on sait toujours quelle heure il est, il n'utilise jamais de trucs et ficelles politiques et malgré cela, il tient tête. Il va essayer de faire de son mieux, parfois à ses dépens. Et ça peut parfois lui coûter cher. Mais en même temps, c'est quelqu'un qui est capable de s'excuser s'il se trompe, ce qui est assez rare en politique."
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Mathieu Bihet (MR) le décrit comme un "très gros bosseur". "Il connaît très bien ses dossiers", explique le ministre de l'Énergie. "En tant que vice-président, il maîtrise aussi bien les siens que ceux des autres. C'est quelqu'un qui sait faire des accords. Il sait où se trouvent les compromis et les deals possibles."
David Clarinval est connu pour ne pas aimer le conflit. Pourtant c'est toujours lui qui doit défendre les dossiers épineux au kern, souvent sous la pression intransigeante de son président de parti. "C'est un bon soldat du MR", est-il résumé en interne.
La réforme du chômage est sans doute le basculement le plus marquant opéré par le ministre de l'Emploi. À cet égard, Alexia Bertrand le compare à Jan Jambon (N-VA), le ministre des Pensions. "Ce sont deux élus qui scient des grosses planches, comme on dit en flamand".
Tout comme la réforme des pensions, celle des limitations des allocations de chômage fait l'objet d'une vive contestation. Mathieu Bihet balaie ces critiques. Selon lui, une grande partie de la population est demandeuse de ces réformes. "Les syndicats veulent jouer le match dans la rue mais cette mesure a été portée durant les élections par plusieurs partis qui sont aujourd'hui au pouvoir. Elle correspond à une demande électorale forte. L'opposition de la gauche est presque inévitable quand on porte des mesures qui changent le système et remettent en cause certains aspects du modèle existant."
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Un syndicaliste, qui a préféré garder l'anonymat, brosse le portrait d'un homme "incapable d'argumenter sur le fond" et ayant "une compréhension réelle des enjeux dont il s'occupe proche de zéro".
Au mois d'octobre dernier, suite à une polémique sur la nationalité des demandeurs d'emploi, la cheffe de groupe Ecolo-Groen, Sarah Schlitz, avait estimé que le ministre Clarinval faisait "honte à la Belgique".
"Honnêtement, je ne sais pas comment il fait", poursuit Mathieu Bihet. "En termes de fatigue, de pression et d'attaques médiatiques… c'est quelqu'un de très solide."
"Ce n'est pas celui qui a le plus d'éloquence, ce n'est pas celui qui va élaborer la solution la plus fine", relève Alexia Bertrand. "Mais c'est le gars qui a le plus réformé dans ce gouvernement. Il avance à coups de gros maillets. Et pour ça, chapeau."
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