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Dans le secteur médico-social, les travailleurs étrangers « essentiels » peinent à renouveler leurs titres de séjour

Les travailleurs étrangers employés comme aide à domicile ou dans les Ehpad font face à des difficultés croissantes pour renouveler leurs cartes de séjour, alertent des professionnels d’un secteur déjà en tension et confronté au défi du vieillissement de la population.

« Je ne dors plus depuis des mois », confie auprès de l’AFP Anne (prénom d’emprunt), 47 ans, aide-soignante à domicile en région parisienne, principalement auprès de personnes âgées. Originaire du Cameroun, elle ne parvient pas à prendre rendez-vous auprès de l’administration numérique des étrangers en France (Anef), afin de faire renouveler son titre de séjour, arrivé à expiration il y a quelques jours.

En vingt ans, « c’est la première fois que j’ai ce problème », déplore cette mère célibataire de deux enfants, habituée de cette procédure qu’elle réalise tous les un à deux ans.

Désormais en situation irrégulière, Anne doit être suspendue par son employeur et se retrouvera ainsi sans revenu. « Je tiens énormément à mon travail, c’est ma force », confie-t-elle, des sanglots dans la voix.

Et le cas d’Anne est loin d’être isolé. « J’ai de plus en plus de difficultés à faire renouveler les cartes de séjour de mes salariés », dont 75% sont étrangers hors Union européenne, explique Dafna Mouchenik, directrice du service d’aide à domicile parisien LogiVitae. « J’angoisse tout le temps », dit-elle, car si « on enlève les travailleurs immigrés de mon service, il n’y a plus d’activité et plus d’accompagnement ».

Suspendre ses salariés dans l’attente de nouveaux papiers, c’est aussi risquer de « perturber complètement » des personnes âgées ou handicapées « qui sont déjà fragilisées », poursuit-elle, plaidant pour une tacite reconduction des titres de séjour en cas d’emploi stable.

Romy Lasserre Saint-Maurice, directrice de l’Ehpad ACPPA-Péan à Paris, dresse le même constat. Dans son établissement, près de la moitié des salariés sont étrangers, de 19 nationalités différentes.

Dernièrement, « j’ai dû menacer de licencier une de mes collaboratrices pour que ses papiers soient renouvelés rapidement », raconte-t-elle. Des démarches « hyper chronophages » et énergivores, dit-elle.

Des préfectures surchargées

Pourquoi une telle dégradation des procédures de renouvellement ? « A cause de la surcharge des préfectures », estime Gérard Ré, secrétaire confédéral de la CGT en charge du droit des travailleurs migrants, qui pointe « un manque de moyens » et « d’effectifs ».

Pour y remédier, le ministre de l’Intérieur Laurent Nuñez a annoncé en mai un « plan global » pour éviter la rupture des droits des étrangers en attente du renouvellement de leur titre de séjour. Ces mesures, parmi lesquelles figurent l’embauche de 500 vacataires en préfectures, doivent permettre de réduire la durée de la procédure, en particulier lors d’une immigration professionnelle.

Par ailleurs, cette « augmentation des situations de rupture de droits » est causée par une politique « plus ferme sur les régularisations », dénonce Gérard Ré.

Ces situations sont « ubuesques », les travailleurs étrangers étant « très impliqués » et surtout « essentiels » compte tenu « des difficultés de recrutement » du secteur, renchérit Romy Lasserre Saint-Maurice, qui cherche à pourvoir un poste d’infirmier depuis trois ans.

Un secteur en tension

Le médico-social figure en effet parmi les secteurs dits « en tension », boudés par les demandeurs d’emploi malgré des besoins durables. Un manque d’attractivité notamment dû à de faibles salaires et à la dureté des conditions de travail, pointe un rapport de l’Inspection générale des affaires sociales (Igas) datant de février.

Mais « redonner envie aux Français de venir travailler dans ce secteur ne suffira pas », relève Didier Sapy, directeur général de la Fédération représentant les Ehpad associatifs (Fnaqpa). Selon lui, même si l’on remplit les écoles et centres de formation, « il n’y aura pas assez de travailleurs européens » pour faire face à la transition démographique.

Un quart des Français aura plus de 65 ans en 2030

Avec le vieillissement de la population, les besoins d’accompagnement des personnes âgées s’annoncent colossaux : un quart des Français aura plus de 65 ans en 2030, un tiers en 2050, où on comptera 4,8 millions de plus de 85 ans, soit le double qu’aujourd’hui.

« La mobilité internationale est indispensable si on veut s’occuper de nos aînés correctement », conclut Didier Sapy. Dans ce secteur déjà en tension, quelque 200.000 emplois devront être créés d’ici à 2050, selon la Drees, le service statistique des ministères sociaux.