Culture. Horaires élargis, numérique, nouveaux services… pourquoi les bibliothèques n’ont jamais eu autant de succès
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Horaires élargis, numérique, nouveaux services… pourquoi les bibliothèques n’ont …
Longtemps perçues comme de simples lieux dédiés à la lecture, les bibliothèques et médiathèques municipales et communales connaissent aujourd’hui un véritable regain d’intérêt.
Delphine Bancaud -
Aujourd’hui à 07:00
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Des lieux refuge de plus en plus appréciés. Selon le baromètre Credoc 2025 pour le ministère de la Culture , 37 % des Français sont allés en bibliothèque ou en médiathèque en 2024, contre 32 % en 2019. Autre signe de vitalité : le nombre d’inscrits continue à progresser : près de 7 millions d’usagers détenaient leur carte en 2025 (+11,4 % par rapport à 2024) dans une des 15 500 bibliothèques françaises, selon les chiffres parus au Journal officiel du 9 octobre 2025. Les emprunts suivent la même tendance, avec une progression de 11,3 % depuis 2019. Les livres jeunesse restent les grands favoris (39 % des emprunts), devant les bandes dessinées (33 %) et la fiction adulte (20 %), d’après le baromètre 2025 des prêts et des acquisitions dans les bibliothèques de lecture publique.
Un succès qui est le fruit d’une profonde transformation engagée ces dernières années. « L’extension des horaires, notamment en soirée et le week-end, voulue par Emmanuel Macron lors de son premier quinquennat, a porté ses fruits. Elle a permis aux actifs de profiter davantage de ces équipements », souligne le porte-parole du ministère de la Culture.
Des espaces repensés
Les espaces ont également été entièrement repensés pour répondre à de nouveaux usages. Salles de télétravail, coins détente, espaces de conférences, mobilier plus ergonomique, meilleure isolation acoustique… Les bibliothèques sont devenues plus accueillantes. L’accent a aussi été mis sur le numérique : « Avec l’accès à des ordinateurs connectés, le développement des bornes de prêt et de retours automatiques, la possibilité d’utiliser des imprimantes 3D, la mise à disposition de collections numérisées, l’accès à tous les médias aux personnes handicapées… », observe Mélanie Dulong de Rosnay, directrice de recherche au CNRS. « Les bibliothèques ont toujours joué un rôle important pour favoriser la prise en main des pratiques numériques », rappelle la Rue de Valois.
Loin d’être uniquement des temples de la lecture, ces structures ont aussi considérablement enrichi leur offre : « On peut y emprunter des vinyles, des DVD, des jeux vidéo, des instruments de musique ou encore des jeux de société. Mais aussi participer à des ateliers créatifs ou des conférences », explique le ministère de la Culture. Pour Mélanie Dulong de Rosnay, « les bibliothèques et médiathèques sont devenues de véritables tiers-lieux où l’on peut travailler, étudier, accéder à un ordinateur, mais aussi participer à des activités artistiques ou de médiation culturelle ».
Être toujours plus accessibles
Pour attirer un plus large public, les bibliothèques et médiathèques ont aussi beaucoup développé les opérations hors les murs : 55 % des bibliothèques ont mené des opérations de ce type en 2024, que ce soit à la plage, dans des jardins, dans des centres sociaux, des maisons de retraite, des centres éducatifs fermés… « En 2024, on comptait aussi 176 bibliobus desservant des quartiers, des villages ou des écoles pour tenter de toucher des personnes qui ne fréquentent pas spontanément ces lieux culturels ou qui ont des difficultés à s’y rendre », indique la Rue de Valois.
L’effort de démocratisation passe aussi par la gratuité qui s’est développée ces dernières années. Selon le ministère de la Culture, « 60 % des bibliothèques et des médiathèques ont rendu le prêt à domicile gratuit ». Une évolution rendue possible grâce au soutien des collectivités locales, qui consacrent chaque année près de 1,7 milliard d’euros au fonctionnement de ces équipements selon l’Observatoire des finances et de la gestion publique locale.
Reste aux bibliothèques et médiathèques de nombreux défis à relever. « Malgré leur succès, elles n’ont pas réussi à freiner la baisse de la lecture en France. La question se pose désormais : faut-il poursuivre la diversification des services ou recentrer davantage les moyens sur la promotion du livre ? », interroge le porte-parole du ministère de la Culture. À cette interrogation s’ajoute une contrainte budgétaire grandissante. La diminution des ressources des collectivités locales pourrait conduire certains établissements à revoir une partie de leurs activités ou à restreindre leurs acquisitions.
Les bibliothèques universitaires cartonnent aussi
Elles aussi connaissent un véritable engouement. Loin d’être de simples lieux de consultation d’ouvrages, les bibliothèques universitaires sont devenues des espaces de travail incontournables pour les étudiants. Selon le ministère de l’Enseignement supérieur, 584 bibliothèques universitaires maillent aujourd’hui le territoire et proposent au total 174 547 places.
Les étudiants y viennent pour se concentrer, réviser, travailler en groupe ou simplement disposer d’un environnement plus adapté que leur logement, souvent trop exigu. Depuis la fin de la crise sanitaire, leur fréquentation ne cesse de progresser. Entre 2023 et 2024, le nombre d’entrées a augmenté de 11 %, passant de 66 à 73 millions de visites. En 2024, chaque étudiant s’est ainsi rendu en moyenne 38 fois dans une bibliothèque universitaire. Cette hausse est notamment portée par les établissements qui ont bénéficié de nouveaux équipements. « L’augmentation du nombre d’entrées est particulièrement marquée dans certains établissements ayant livré de nouveaux équipements en 2023 et 2024, offrant une meilleure capacité d’accueil », souligne une étude du ministère de l’Enseignement supérieur. Car les bibliothèques universitaires ont profondément évolué pour répondre aux nouveaux usages. Les nombreux travaux immobiliers engagés ces dernières années ont permis de créer des espaces plus adaptés au travail collaboratif. Elles comptent désormais près de 24 000 places dédiées au travail en groupe, répondant à une demande croissante des étudiants. Autre évolution majeure : l’élargissement des horaires d’ouverture. En 2024, 84 bibliothèques disposant de 400 places assises ou plus étaient ouvertes au moins 65 heures par semaine. Une amplitude qui permet aux étudiants de mieux concilier leurs cours, leur vie sociale, leur job éventuel et leur travail personnel.