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Cuba: malgré le blocus, des importations record en provenance des États-Unis

Interception de carburant destiné à Cuba, mais forte progression du commerce avec l'île : les États-Unis ne relâchent pas leur pression sur le gouvernement castriste tout en y vendant des biens américains pour des millions de dollars. Une stratégie assumée par Donald Trump pour venir à bout du régime, mais qui connaît ses limites.  

Publié le : 08/10/2026 - 19:01

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Du carburant destiné à Cuba a été intercepté à Port Everglades (Floride) et au port de Houston (Texas), ont annoncé les autorités américaines, le mercredi 7 octobre 2026. Valeur totale des cargaisons : environ trois millions de dollars. Le carburant devait être expédié au gouvernement castriste, via Enetec, une société privée sous le coup de sanctions depuis juillet dernier. Cela prouve que les États-Unis ne relâchent pas leur pression sur l'île. Mais dans le même temps, les exportations américaines vers Cuba sont en forte progression ces derniers mois.

Elles devraient même battre des records cette année. Pendant que Washington menace de sanctions les pays qui commercent avec La Havane, Cuba a importé pour 674 millions de dollars de marchandises étasuniennes entre janvier et juillet, soit presqu'autant qu'en 2025, selon des chiffres fournis par l'administration Trump. Rien qu'en juillet, l'île a acheté pour 149 millions de dollars de biens américains, soit le montant mensuel le plus élevé enregistré depuis 1992.

Des importations destinées à soutenir le secteur privé

Des carburants, des panneaux solaires, des appareils électroménager, mais aussi de la nourriture comme du poulet ou du riz entrent à Cuba depuis les États-Unis de façon tout à fait légale, malgré l'embargo qui dure depuis plus de 60 ans, le blocus énergétique et toutes les sanctions. Car, au fur et à mesure des années, les États-Unis ont adopté des dérogations. Les échanges commerciaux entre les deux pays ne sont donc pas une nouveauté.

En revanche, la différence réside dans le fait qu'ils se font désormais avec des entreprises privées, et non plus avec des sociétés d'État. « Il ne s'agit pas d'une contradiction. C'est une stratégie que Marco Rubio a dévoilée dès le début. Il a dit que les États-Unis voulaient faire du commerce avec les entreprises privées qui se battent pour se libérer des chaînes du communisme, mais refusaient d'avoir affaire aux entreprises publiques qui appartiennent à Gaesa, ce conglomérat aux mains de l'armée, explique Elias Amor, économiste et membre de l'Union libérale cubaine, parti politique en exil en Espagne. C'est difficile parce que le secteur public est à l'origine de près de 70% du PIB de Cuba. Mais certains entrepreneurs privés y arrivent et le secteur privé commence à vraiment se développer sans l'aide du gouvernement communiste. L'objectif des États-Unis, c'est de faire pression sur le régime cubain pour qu'il se rende compte qu'il n'a pas d'avenir. »

De son côté, le régime cubain a dû, peu à peu, lâcher du lest et privatiser des pans entiers de l'économie. Les entreprises privées ont ainsi le droit d'exporter et d'importer, notamment du carburant, et d'avoir plus de 100 salariés.

« Pousser le gouvernement cubain à bout »

Cette stratégie américaine, qui vise à miser sur le secteur privé, a fini par donner un peu d'oxygène au gouvernement cubain, ce qui a poussé Donald Trump à changer d'approche apparemment. La semaine dernière, Washington a annoncé de nouvelles sanctions qui visent, cette fois, également les entrepreneurs privés cubains : ils ne peuvent plus détenir de compte bancaire aux États-Unis. Des restrictions sur les transactions financières internationales ont également été imposés.

Tout cela va rendre beaucoup plus difficiles les activités d'import-export. « S'appuyer sur le secteur privé pour impulser un changement à Cuba, comme le pensait Barack Obama, est une stratégie de moyen terme, voire de long terme. Or, Donald Trump est dans une stratégie de court terme », explique Jérôme Leleu, économiste spécialiste de Cuba. Le président étatsunien essaie de « pousser à bout le gouvernement et la population cubaine, en aggravant considérablement la situation économique, sociale et humanitaire, pour obtenir un changement de régime rapide. Le fait que le secteur privé compense les manques de l'État permet à l'économie cubaine de "survivre", ce qui pourrait finalement permettre au régime de se maintenir au pouvoir encore un peu et cela va à l'encontre des intérêts de l'administration étasunienne », poursuit Jérôme Leleu.

Aujourd'hui, les deux tiers des Cubains vivent dans la pauvreté, selon des estimations récentes de chercheurs cubains indépendants cités par l'Agence France Presse. La répression sur l'île est telle que certains experts ne croient pas à la possibilité d'un soulèvement généralisé de la population.

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