Coward sort ce mercredi en salles, le Carolo Emmanuel Macchia y tient son 1er (grand) rôle: "C'est plus qu'un film", à tous les niveaux (interview)
Coward de Lukas Dhont est un film impressionnant. Drame, romance, film de guerre surtout avec des passages de comédie musicale, il aborde une facette méconnue de la 1re guerre mondiale, quand des éclopés formaient une troupe pour divertir les soldats, les aider à tenir. Un monde d'hommes dans lequel une histoire d'amour naît, incarnée par deux jeunes prodiges, le Français Valentin Campagne et Emmanuel Macchia, dont c'est le tout premier rôle, et il est grand.

Revenu de Londres en passant par Namur et Bruxelles (après Toronto, Lyon, Hambourg et bien sûr Cannes, où le duo s'est partagé le prix d'interprétation !), le jeune acteur carolo était bien présent à Moustier pour répondre aux questions du présentateur du festival, Philippe Reynaert, et aux nôtres.

Bonjour Emmanuel, vous avez été repéré à l'improviste, sur le campus gembloutois, où vous suiviez des études d'architecture du paysage. Mais comment Lukas Dhont avait-il atterri à Gembloux ?
Il dit qu'il cherchait quelqu'un ayant un rapport spécial à la terre. Notre rencontre s'est jouée à quelques minutes. Je sortais du réfectoire avec mes amis d'internat. Heureusement, nous avions traîné, à faire des blagues, nous n'avions pas cours. J'étais avec mon meilleur ami Elliot quand nous avons vu un monsieur avec une longue barbe, semblant perdu. Me voyant rire, il est venu me parler. C'était le directeur de casting Sébastien Moradiellos. En retrait, Lukas m'observait, analysait tout ce que je faisais. J'étais mal à l'aise. Jusqu'à ce qu'on me propose de passer un casting pour un film sur la 1re Guerre mondiale. C'est en rentrant à l'internat, avec le petit papier qu'on m'avait donné, que j'ai tapé Lukas Dhont sur Google. " Merde. C'était le mec qui a fait Close. " Ce film était sur ma liste.

Car vous êtes cinéphile!
Avec ma famille, à Jamioulx, nous aimons les soirées cinéma. Chaque vendredi, mon père choisissait un film. Aujourd'hui, c'est mon tour, j'essaie de leur faire découvrir des styles de cinéma variés. Je suis dyspraxique, dyslexique, j'avais certaines différences et difficultés à l'école. Mon rêve, c'était d'être fort à l'école et beaucoup de films m'ont aidé à comprendre des choses sur la vie, à ne pas me sentir seul, à trouver ma place et à me représenter en tant que jeune. Beautiful Boy, Moonlight, Good Will Hunting.

Vous avez entrepris des humanités artistiques, à l'Institut d'Enseignement Technique (IET) à Charleroi, mais aviez-vous déjà fait du théâtre ?
Non, jamais. Je savais qu'il faudrait que j'en fasse pour combattre ma forte timidité, sans jamais oser le faire. Il me fallait une expérience comme Coward! Ça m'a rattrapé. J'ai l'impression que faire ce film était important pour moi. Il va à son tour aider les gens, les faire se sentir représentés.
Après de nombreux castings, il y a eu trois mois d'entraînement : chant, danse mais aussi militaire. J'ai appris comment on marchait, s'habillait, parlait, répondait aux ordres, transportait les cadavres ou réparait les barbelés, il y a 110 ans. Malgré la documentation, la reconstitution, j'ai aussi essayé de jouer Pierre, comme un jeune de 2026 qui se retrouverait à la guerre. L'histoire que nous racontons est vraie mais a été effacée Il n'y a plus personne pour en parler, il reste des écrits mais, malheureusement, les gens sélectionnent. Que des spectacles existaient pour divertir les troupes, on ne voulait pas en parler.

Quel baptême de feu, et de jeu! Vous vous retrouvez en pleine 1re Guerre mondiale, avec de l'action, à mettre votre corps, votre intimité en jeu.
C'était très fort. Dans ce monde de compétition entre acteurs, j'étais le seul sur le plateau à n'avoir jamais joué. Nous avons repoussé nos limites sur tous les plans, comme la nudité. Pourtant, je n'aimais pas mon corps, j'ai une malformation au niveau du torse. Quand j'ai appris que je devrais la montrer à l'écran, j'ai dit à Lukas que je ne voulais pas faire le film, je n'étais pas prêt. Mais, finalement, moi, plus jeune, si j'avais vu ça à l'écran, ça m'aurait fait un bien fou.

Le décor de Coward est d'une ampleur incroyable. Dans quelles conditions, tourniez-vous ?
Dans les vraies conditions, avec quasiment aucun effet spécial. Ce n'est que du réel. Les décors ont vraiment été construits sur les lieux de la 1re Guerre mondiale. C'est troublant, tu te retrouves à jouer de nuit dans des conditions extrêmes, dans des tranchées remplies d'eau glacée, de boue. Quelque chose se crée dans le groupe, nous sommes tous dans cette merde-là, même le chef-op'… Ce n'est plus du jeu, c'est ce que nous vivions sur le moment.

Il y a du chant live, aussi, à cent dans un cratère, pétant un câble, criant, parce que depuis quatre heures, cette scène ne fonctionne pas.
Il y a de vrais moments de gêne aussi. Notamment, dans l'hôpital (NDLR. avec des gueules cassées, des membres amputés). Très peu de prothèses ont été utilisées. Ce ne sont quasiment que des vrais blessés de guerre, des grands brûlés. Après huit heures de tournage, tu te retrouves à devoir jouer certaines émotions, à chanter en face d'eux,
Si ce qui est écrit dans le script avait l'air simple, l'homme que tu es au matin est différent de celui que tu es en fin de la journée.
Y'a-t-il eu des moments pendant le tournage où vous vous êtes dit "je ne vais pas y arriver"?
Oui, chaque jour. Chaque jour, chaque scène. Quand tu n'arrives pas à pleurer dans ta propre vie privée et qu'on te demande de pleurer, qu'on te filme et qu'il y a 100 personnes qui te regardent, dans chaque détail, c'est compliqué de lâcher prise. C'est un dépassement sur tous les niveaux, sur toutes les émotions.
Comme la scène avec les Pierrots, quand j'échange mon rôle avec Francis, que je dois à mon tour être extraverti et faire rire tout le monde pendant 8 heures, c'est un challenge. Puis, physiquement, être dans les tranchées. Il y a des scènes où je porte des obus pendant 6 heures et à un certain moment, je me dis que je ne peux plus. Mais je pense que ce sont les meilleures prises, au final.
Il y a des moments gores aussi quand on doit transporter des hommes mutilés.
Transporter les cadavres, c'est quelque chose. Parce qu'il y a des faux cadavres, mais des fois, ce sont des vrais danseurs ou chorégraphes pour faire plus réaliste, le poids. Porter un gars de 80 kg, c'est physique, mais en plus avec un maquillage de mort, À un certain moment, tu te poses la question : est-ce vrai ? C'est trop bizarre comme sentiment. Je ne fais pas de cauchemars mais je me souviendrai toute ma vie de certaines scènes, de certains moments du tournage.

Vos parents ont-ils vu ce film ?
Oui, ils l'ont vu via un lien, avant Cannes. Il l'avaient vu à Cannes. Puis, nous l'avons vu, avec toute la famille, il n'y a pas longtemps. Ils sont hyper touchés. C'est une autre partie de moi qu'ils voient, une autre sensibilité, une fragilité. Je ne pense pas qu'ils m'aient vu pleurer dans ma vie. Me voir pleurer à l'écran, alors. Mes amis ne l'ont pas encore vu, ça va aussi être quelque chose. Ça parle aussi aux plus jeunes de ma famille, ça me fait beaucoup de bien. Je me dis que j'ai fait ce film pour une raison, et que ça a marché. Surtout quand on me dit : "si c'était la guerre, je voudrais être Pierre ! "
La suite, quelle est-elle ?
Continuer à faire des films qui parlent aux gens ! Là, pour le moment, je passe plusieurs castings pour jouer dans de très grands films, avec de très grandes vedettes américaines. Je ne peux pas dire les noms des réalisateurs mais certains m'ont contacté. Il faudra voir si ça se finance, côté français notamment, parce qu'avec ce qui se passe actuellement, ça peut être compliqué. Mais oui, il y a plein d'opportunités de tous les côtés.
Mais j'ai aussi envie de me découvrir en tant que jeune.
Tout en faisant des formations d'acting?
Oui, bien sûr. Je sais qu'il me manque certains paramètres du jeu. Quand je bougerai sur Paris, j'irai prendre des cours, je prendrai des coachs.
On n'est pas obligé de bouger à Paris, clairement pas. Mais, j'ai envie de découvrir énormément de choses dans l'art, en général. Et je sais que Paris, avec tous ses musées, ses expositions, le cinéma… c'est la ville où il faut être. Ça fait sens d'y être quand on a vingt ans, si on a la chance de pouvoir y aller.
Vous avez stoppé vos études à Gembloux (pour passer des castings et une formation d'acting) mais y êtes-vous retourné ?
Oui, pour retrouver mes amis lors des 6 heures brouettes, C'est quelque chose! Je ne suis pas allé dans la brouette, mais je les ai supportés.
Dès ce 21/10 dans les salles belges.
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