Coup de frein de l'INAMI sur les tests de laboratoire : "la pression exercée par les patients est difficile à gérer"
L'INAMi transmettra prochainement aux médecins de nouvelles directives en matière de prescriptions de biologie clinique. Objectif: éviter les analyses inutiles (au niveau des tests sanguins principalement) qui grèvent le budget de l'assurance des soins de santé. Les examens de laboratoire (sang, urine, selle…) sont fréquemment utilisés en soins ambulatoires que ce soit pour le dépistage, le diagnostic ou le suivi.
Une part importante de ces prescriptions concerne des examens de laboratoire, ou des examens répétés, pour lesquels les preuves scientifiques disponibles sont limitées, rappelle l'Institut national d'assurance maladie-invalidité (INAMI).
Un exemple: alors que 9 analyses sont recommandées pour le suivi des diabétiques de type 2, la moyenne des prescriptions en comportait 13.
Un coût annuel de 670 millions d'euros
Cette surconsommation a un coût: dans le secteur ambulatoire, 16 millions de prescriptions de tests de laboratoire sont exécutées chaque année, ce qui représente un budget de plus de 670 millions d'euros. La part des médecins généralistes s'élève à plus de 350 millions d'euros par an (55%).
Si l'impact financier est moindre pour le patient, la multiplication de tests peut générer de l'anxiété voire des traitements inadaptés.
Entre 2021, les remboursements INAMI pour le traitement de la thyroïde (15 millions d'euros) étaient trois fois plus élevés qu'en 2005 alors qu'aucune augmentation de la prévalence n'était signalée. Conséquences: pour une partie des 650 000 personnes qui prennent quotidiennement des hormones thyroïdiennes, ce traitement était inutile.
Une deuxième salve de recommandations
Limiter le nombre des tests thyroïdiens demandés par les médecins généralistes est d'ailleurs un des objectifs de l'INAMI qui finalise une deuxième série de directives et de règles de décision pour aider les praticiens à déterminer quand un examen est utile. La fatigue, le check-up (dans différents groupes d'âge), la grossesse, les tests hépatiques seront également mieux encadrés.
Un premier volet de recommandations, publié en janvier 2026, portait sur le diabète de type 2, le dépistage cardiovasculaire, l'hypertension, les MST et l'insuffisance rénale. Ces recommandations tiennent compte de l'âge, des facteurs de risque et des antécédents médicaux.
La pression des patients jeunes
Pour le Dr Lawrence Cuvelier, président du GBO (syndicat des médecins généralistes francophones), faire baisser la surconsommation d'examens est difficile car elle est multifactorielle."Il ne faut pas mettre toute la responsabilité sur les médecins car la pression exercée par les patients, surtout les jeunes, est importante et particulièrement compliquée à gérer pour les jeunes médecins. C'est avant tout un problème de mauvaise littératie (NDLR: les connaissances et compétences des individus à évaluer et utiliser l'information médicale), ils sont persuadés que l'on voit tout dans une prise de sang. C'est très fatigant de toujours devoir répéter aux patients que si leur taux de cholestérol était bon lors de la dernière prise de sang faite il y a un an, il n'y a aucune raison de le tester à nouveau, excepté bien sûr lorsqu'il y a des facteurs de risque".
L'INAMI préconise un dépistage du cholestérol tous les 5 ans si le dernier test était normal. Tous les 2 ans pour les plus de 50 ans.
La peur de "passer à côté de quelque chose"
À la pression exercée par les patients, s'ajoute celle du médecin "qui redoute de passer à côté de quelque chose.Je pense que c'est surtout la répétition des examens qui est compliquée à gérer, en particulier lorsqu'un patient qui se voit refuser un examen par un médecin, en consulte un autre. Cela arrive fréquemment."
Enfin, certains laboratoires privés ont des politiques commerciales, démarchant les médecins afin qu'ils étendent les analyses demandées.
Un profil des prescriptions serait plus utile
Les directives de l'INAMI aident-elles vraiment les médecins à prescrire mieux et moins ?"Ce que l'on demande surtout à l'INAMI, c'est de renvoyer aux médecins leur profil de prescriptions afin qu'ils puissent voir dans quels quartiles, ils se situent. On le fait déjà pour les prescriptions d'antibiotiques", explique le président du GBO. Il avance une autre piste, celle d'augmenter les tests réalisés par les généralistes depuis leur cabinet de consultation (mononucléose, coagulation...), comme cela se fait dans d'autres pays.
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