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Constance François vit depuis six mois dans un espace "secret" de Versailles

On prétend que c'est là, dans ce tout petit cabinet de cinq mètres carrés, près d'une petite cheminée, que Marie Leczinska – l'épouse du roi Louis XV – s'adonnait à la lecture de pages de poésie. Un espace "secret", niché entre les appartements (plus exactement l'antichambre) du Roi et ceux de la Reine. On y entre avec maintes précautions, dont de ravissantes surchaussures, afin de ne pas troubler le travail en cours.

Il a débuté en février, quand Constance François, restauratrice du patrimoine, spécialisée dans les décors peints, y a pris ses quartiers. C'est son troisième chantier à Versailles (après la restauration de la chambre de la Reine où elle a nettoyé les dorures et la restitution de la bibliothèque du Dauphin) et, de loin, celui qui lui tient le plus à cœur. "J'avoue que ce type de décor, c'est incroyable. Un bois polychrome de style rocaille de cette époque c'est assez exceptionnel", dit-elle. Diplômée de l'École de Condé où elle a obtenu un master en restauration, Constance est entrée chez Arcoa, l'un des premiers ateliers français dédiés à la restauration des œuvres polychromes, il y a une dizaine d'années.

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Après que la maîtrise d'œuvres du château a décidé de procéder à la rénovation du cabinet des poètes, la jeune femme s'est donc mise au travail. "Chaque chantier débute par une étude préalable ; on fait des sondages stratigraphiques, des analyses en laboratoire et tout ça nous donne une idée sur les traitements à opérer", dit-elle. "Nous avons étudié tous les matériaux, analysé de quoi sont composés ces peintures et ces vernis. En fonction de ça, on a pu déterminer un protocole de restauration. Nous travaillons en collaboration avec la maîtrise d'ouvrage qui valide chaque étape. La restauration a commencé par le dévernissage, qui a été une étape extrêmement cruciale et importante."

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Les fameux "vernis Martin"

Car, au fil du temps, les panneaux de bois peints se sont altérés, tout comme les vernis (successifs) qui y ont été apposés. "Il reste des vernis d'origine ; notamment les fameux "vernis Martin" composés d'huile et de résine naturelle qui a été élaboré par les frères Martin dans le but d'imiter les laques asiatiques. C'est certes très beau mais, avec le temps, cela jaunit et devient difficilement réversible." Pour mesurer le travail effectué, quelques centimètres carrés de ce vernis très dur et très jaune ont été conservés sur un panneau.

Celui-là même sur lequel travaille aujourd'hui Constance. "On rebouche toutes les petites lacunes, tous les petits accidents. On utilise une technique ancestrale : c'est un enduit à base de charge carbonée – type blanc de Meudon – avec une colle de bois. Ensuite, on ne va pas repeindre entièrement. Le but n'est certainement pas de revenir à un état supposé d'origine ou neuf mais de révéler l'éclat des matières telles qu'elles sont actuellement."

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Le cabinet des poètes, qui jouit d'une petite porte-fenêtre qui donne elle-même sur une cour, ne sera pas ouvert au public après restauration. "Il y aura juste un petit plexi derrière lequel le public pourra admirer les peintures. Comme c'est une toute petite pièce, un nombre élevé de visiteurs peut entraîner une condensation, de l'humidité…" qui est l'un des principaux ennemis de la conservation des œuvres à Versailles. "Normalement tout est très protégé ; nos agents sont très attentifs. Ce qui peut dégrader les œuvres, c'est la lumière. La lumière naturelle, celle du soleil", dit encore Constance.

D'ici fin septembre, au plus tard début octobre, Constance rangera ses solvants et ses enduits. "Pour le dévernissage, nous avons prélevé un échantillon de vernis, qui a bien montré qu'il y avait plusieurs couches et le laboratoire nous a indiqué que le vernis était composé de résine, etc. En fonction de cela, on a élaboré un mélange spécifique, spécialement pour le cabinet des poètes", dit-elle, jetant un œil sur le bric-à-brac qui encombre son tout petit cabinet. Ensuite, elle rejoindra un de ces autres lieux magiques dont Versailles regorge. Elle ne sait pas encore lequel mais peu lui importe : elle est ici chez elle. Et quel chez elle…

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