Consommation. Canicule : le boom des couvertures de survie pour faire baisser la température chez soi
À chaque épisode de canicule, les réseaux sociaux regorgent d’astuces pour tenter de faire baisser la température chez soi. Parmi elles, une solution aussi simple qu’économique s’est imposée ces dernières semaines : la couverture de survie. Vendue entre un et trois euros seulement, selon les marques et enseignes, elle a envahi les fenêtres des maisons, des appartements, mais aussi des écoles, des hôpitaux et des Ehpad. Si cette méthode peut offrir un léger répit face à la chaleur, les spécialistes mettent en garde contre ses limites… et ses conséquences environnementales.
Habituellement réservées aux secouristes, aux randonneurs ou aux situations d’urgence, les couvertures de survie servent désormais de bouclier contre le soleil. Conçue à l’origine pour limiter les pertes de chaleur du corps humain, la couverture de survie est fabriquée en plastique PET (téréphtalate d‘éthylène) recouvert d’une fine couche métallique, généralement en aluminium. Pour lutter contre la chaleur, son principe est simple : la face argentée réfléchit une grande partie du rayonnement infrarouge du soleil avant qu’il ne traverse les vitres. Installée correctement, elle limite donc l'échauffement des pièces les plus exposées.
De plus en plus de fenêtres sont ornées de couvertures de survie lors de fortes chaleurs. Photo d'illustration Sipa/Xavier Francolon
Sur les réseaux sociaux, les tutoriels se sont multipliés ces dernières semaines, vantant une solution simple et peu coûteuse pour empêcher la chaleur d’envahir les logements, au point que la tendance gagne même les bureaux de l’Assemblée nationale, faute de climatisation. Un engouement qui s’est immédiatement traduit dans les magasins. Ceux de Decathlon indiquent « une hausse de plus de 80 % par rapport à juillet 2025 ». S’il ne dispose pas de chiffres exacts sur les couvertures de survie, le groupe Carrefour fait part d’une clientèle passée « totalement en mode canicule », avec des rayons vides dans certains magasins.
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Une efficacité réelle… mais limitée
De nombreux adeptes convaincus affirment avoir gagné entre cinq et huit degrés dans les pièces protégées. Ces chiffres restent toutefois à prendre avec précaution. Aucune étude scientifique ne confirme précisément ces gains de température. L’efficacité dépend en réalité de nombreux paramètres : orientation des fenêtres, exposition au soleil, isolation du logement, météo ou encore température extérieure.
Surtout, cette solution atteint rapidement ses limites lorsque la chaleur devient extrême. Au-delà d’environ 30 °C, la couverture de survie ne suffit plus à empêcher la montée des températures à l’intérieur. Elle agit uniquement sur le rayonnement solaire et ne bloque pas totalement les transferts de chaleur à travers le vitrage. Elle sera également peu utile sur des fenêtres orientées au nord ou déjà ombragées, puisqu’il n’y a alors pratiquement aucun rayonnement à réfléchir.
Des précautions à respecter
Les spécialistes rappellent donc qu’elle ne remplace ni une bonne isolation, ni des volets roulants, des stores extérieurs, qui demeurent les solutions les plus efficaces. « La couverture de survie est un outil génial pour se protéger en cas d’urgence, mais ce n’est pas une solution sur le long terme », insiste Pascal Le Normand, designer énergétique au sein de l’entreprise Incub.
Surtout, « la couverture doit être retirée dès que les températures redeviennent supportables ou lorsqu’un épisode orageux ou de fortes rafales est annoncé ». Avec le temps, le plastique peut se fragiliser, se déchirer, s’envoler ou se désagréger en de multiples fragments. En milieu urbain, ces résidus sont facilement entraînés par les eaux de pluie vers les réseaux d’évacuation puis les milieux naturels, contribuant à la pollution plastique.
« C’est un vrai problème environnemental », alerte Pascal Le Normand, qui conseille de plier les couvertures une fois la canicule terminée afin de pouvoir les réutiliser lors des prochains épisodes de chaleur, plutôt que de les jeter systématiquement. Et de recommander d’autres solutions plus pérennes, comme le blanc de Meudon appliqué sur les vitrages, des volets isolants ou des protections solaires extérieures, bien plus efficaces face à des canicules appelées à devenir de plus en plus fréquentes.