Comment Lula utilise "l'épouvantail" Donald Trump pour contrer Bolsonaro jr
Rendez-vous est pris mardi prochain, le 22 septembre, au siège des Nations unies à l'occasion de la 81e Assemblée générale. Ce jour-là, Luiz Inacio Lula da Silva, alias Lula, le président brésilien, âgé de 80 ans, qui brigue un quatrième mandat, a promis de s'adresser directement et publiquement à son collègue américain Donald Trump, de quelques mois son cadet, pour lui demander de ne pas interférer dans le processus électoral en cours dans son pays.
Au Brésil, les électeurs ont rendez-vous avec les urnes le 4 octobre prochain pour le premier tour de la présidentielle. Un second tour, plus que probable, est annoncé pour le 25 octobre.
Lula, le socialiste, a remporté le scrutin en 2002, 2006 et 2022. Il y a quatre ans, il s'est imposé au bout d'un second tour extrêmement serré face à Jair Bolsonaro, le président sortant, par 50,9 % contre 49,1 %.
Comment Trump pourrait tenter de déstabiliser le président Lula, avec qui les relations sont plus que tenduesQuatre ans plus tard, cinq candidats se retrouvent sur la grille de départ. Mais les deux mêmes noms trônent en tête de tous les sondages, au coude-à-coude. Cette fois, Lula affrontera Flavio Bolsonaro, 45 ans. Le fils de l'ancien président a pris la tête du Parti libéral après la condamnation de son père à 27 ans de prison pour tentative de coup d'État à travers un assaut de ses partisans sur le siège du pouvoir brésilien, à Brasilia, suite à sa défaite électorale.
Vague droitière
La question sécuritaire est au centre de la campagne brésilienne, comme elle l'a été dans tous les scrutins en Amérique latine ces derniers mois du Chili au Pérou en passant par la Colombie, le Honduras ou le Costa Rica.
À chaque fois, le camp de la droite conservatrice ou de l'extrême droite l'a emporté face au candidat de la gauche avec des succès pour Nasry Asfura au Honduras, José Antonio Kast au Chili, Laure Fernandez au Costa Rica, Keiko Fujimori au Pérou ou Abelardo de la Espriella en Colombie.
Le candidat de l'extrême droite surfe sur une tendance anti-parti en Amérique latineUne vague soutenue par l'Administration Trump qui a remis au goût du jour et réinterprété la doctrine Monroe pour tenter de refaire de l'ensemble des États du continent américain sa chasse gardée.
Utiliser Trump comme un épouvantail
Lula, en politicien roué, n'entend pas être la prochaine victime de cette "trumpisation" de l'Amérique latine. Comme un adepte de l'aïkido, le président brésilien entend "utiliser le mouvement, la vitesse et l'agressivité de l'attaquant pour le faire chuter".
Le candidat socialiste brésilien a fait de la proximité de Flavio Bolsonaro (et tout le clan familial) avec le puissant et menaçant Donald Trump un argument politique majeur axé sur la souveraineté nationale et le rejet de l'ingérence.
Meloni, Milei, Orban, les modèles du futur président chilienLula a développé trois grands thèmes pour tenter de discréditer cette association Trump-Bolsonaro.
- La dénonciation de l'ingérence et des pressions économiques. Lula et son gouvernement accusent depuis des semaines l'administration américaine d'utiliser l'arme économique dans le seul but de favoriser le clan Bolsonaro. Lula a beau jeu de dénoncer les taxes douanières imposées par les États-Unis (liées initialement aux poursuites menées contre Jair Bolsonaro) comme une tentative de déstabilisation politique et une forme d'ingérence électorale.
- L'attaque contre le fondement politique des Bolsonaro. Lula tente de tacler la fondation du mouvement politique de son adversaire qui aime marteler la devise "Dieu, patrie, famille", en présentant Flavio Bolsonaro comme un simple relais local d'une puissance étrangère. Ces derniers temps, Flavio Bolsonaro a multiplié les apparitions au côté de dirigeants de la droite extrême du continent américain. Ces selfies permettent à Lula de se présenter, lui, comme le garant de l'indépendance du Brésil.
- Argument transpartisan. Avec cette posture nationale et le refus de céder un pouce de terrain aux États-Unis, Lula veut ratisser au-delà de la gauche traditionnelle. La défense des ressources naturelles stratégiques et de l'industrie de défense nationale parle aux milieux d'affaires brésiliens.
Une approche en trois points qui pourrait être déterminante pour un second tour où toutes les voix vont compter et où on imagine mal Donald Trump ne pas s'inviter dans la dernière ligne droite.
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