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C'est dans ta nature - Comment les chèvres ont séduit les humains

Il y a environ 12 000 ans, les humains ont domestiqué un bouquetin, pour les nombreuses ressources qu'offrait l'animal (sa peau, sa viande ou son lait). Les chèvres les plus dociles ont été sélectionnées pour accompagner la sédentarisation de l'espèce humaine. 

Et si c'était elle, la meilleure amie de l'Homme ? La chèvre est le deuxième animal domestiqué par les humains, bien après le chien (ou le loup), et à peu près au même moment que le mouton. C'était il y a environ 12 000 ans, au Moyen-Orient, où vivait et vit encore son ancêtre, l'égagre. « C'est un petit bouquetin qui vit dans les montagnes entre l'est de la Turquie et l'ouest de l'Iran. On est en marge du Croissant fertile et on a toujours des populations actuellement », précise François Pompanon, professeur à l'Université Grenoble Alpes.

La chèvre était une proie

Mais avant d'accompagner la sédentarisation des humains, rendue possible au Néolithique par l'agriculture, la chèvre sauvage était chassée. « L'animal était déjà à l'état sauvage en contact avec l'espèce humaine, simplement parce que c'était une proie pour les humains. Les troupeaux auraient été ensuite gérés à l'état semi-sauvage. Et petit à petit, certains individus auraient été pris à partir de ce stock-là pour commencer à habiter avec les humains. Et on se serait resserré sur des troupeaux de plus en plus contrôlés », poursuit le chercheur au Laboratoire d'Écologie Alpine qui a participé au séquençage à grande échelle du génome de la chèvre.

Chassée, puis domestiquée, la chèvre a su séduire Homo sapiens en raison de la grande diversité de ressources qu'elle offrait. La chèvre, à cet égard, est comme le cochon : tout est bon ! « Tout était déjà utilisé, depuis les excréments qui pouvaient être séchés pour faire du combustible, par exemple, jusqu'aux os, aux cornes, aux peaux. La viande était utilisée, ainsi que le lait. C'était une ressource importante, comme ça l'est encore dans de nombreux pays. » La chèvre a conquis le monde, en accompagnant les migrations humaines. Elle s'est adaptée à tous les climats. Il y aurait dans le monde aujourd'hui 1 milliard de chèvres.

Grande brouteuse

La domestication, c'est de la sélection. Et les humains ont choisi les chèvres les plus dociles : c'est inscrit aujourd'hui dans leurs gènes. « On a un déterminisme génétique de la distance de fuite, précise François Pompanon, spécialiste de la génétique de l'évolution et de la domestication. Pour l'expérimentation, on prend un animal, soit sauvage, soit domestique, on fait s'approcher une personne et on regarde à partir de quelle distance l'animal va fuir. Et on se rend compte, effectivement, que plus on a certains gènes présents chez les animaux domestiques, plus cette distance de fuite va être courte. »

Docile, la chèvre a pourtant parfois son petit caractère, comme la chèvre de Monsieur Seguin, qui s'était échappée, pour revenir à la vie sauvage, éprise de liberté – mais la liberté a un prix, celui de se faire dévorer par le loup. « Vous pensez si votre chèvre était heureuse, écrivait Alphonse Daudet dans Les Lettres de mon moulin. Plus de corde, plus de pieu, rien qui l'empêchait de gambader, de brouter à sa guise. » Brouter, elle sait faire, à tel point que les chèvres aujourd'hui sont aussi utilisées pour désherber et lutter contre les incendies. La chèvre a toujours le feu sacré.

La question de la semaine

«Pourquoi parfois la chèvre nous rend chèvre?»

Pas parce qu'on adore le fromage de chèvre... Nous « rendre chèvre », c'est nous rendre fou, nous exaspérer au plus haut point, une expression associée au comportement parfois imprévisible des caprins, capricieux – c'est la même racine latine. Les chèvres nous feraient donc tourner en bourrique (un âne, en langage familier). Et dans la langue française les chèvres sont de commodes boucs-émissaires... On se moque d'un sportif qui joue comme une chèvre – mais ce n'est sûrement pas le cas de Lionel Messi, surnommé le GOAT, l'acronyme, en anglais, du « Meilleur de tous les temps », alors que goat est aussi la traduction de chèvre). On appellera aussi « vieille bique » une femme aigrie – et cela fait longtemps qu'elle ne saute plus comme un cabri !