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Comment le guide suprême iranien parvient-il à rester introuvable pour les États-Unis?

Le guide suprême iranien Mojbata Khamenei n’est plus apparu en public depuis l’attaque menée le 28 février sur Téhéran par les États-Unis et Israël. © HLN Fotomontage / EPA / Gtty

Depuis 158 jours, Mojtaba Khamenei a disparu des radars. Pas de photo, pas de message vidéo, ni même d’enregistrement audio. Alors qu’il est, sur le papier, le guide suprême de l’Iran depuis déjà cinq mois, les services de renseignement israéliens et américains se montrent de plus en plus frustrés de ne pas le trouver.

Rédaction

Source: HLN

6 août 2026, 13:48

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Où se cache Mojtaba Khamenei? Cette question constitue actuellement l’une des principales préoccupations tant du Mossad que de la CIA, selon des sources bien informées, alors que Donald Trump réfléchit à la manière de poursuivre la guerre contre l’Iran. Il serait même déjà difficile pour les deux agences de renseignement de confirmer simplement que le guide suprême iranien est encore en vie.

Ce jeu de piste semble en effet beaucoup plus complexe que celui qui avait permis de retrouver le père et prédécesseur du dirigeant iranien, Ali Khamenei. Pour assassiner ce dernier, Israël et les États-Unis ont eu recours à un arsenal impressionnant de moyens cybernétiques. Des caméras de surveillance routière à Téhéran ont été piratées afin d’identifier les véhicules de ses gardes du corps et de ses proches. Puis ces données ont été recoupées par la NSA américaine et l’Unité 8200 israélienne, ce qui a permis de localiser le Guide suprême ainsi que plusieurs hauts responsables militaires et des officiers des services de renseignement. Tous ont trouvé la mort lors de l’attaque.

Aujourd’hui, cette tactique s’avère inefficace pour localiser Mojtaba. Cela fait déjà 158 jours qu’il n’a pas utilisé de téléphone, d’ordinateur portable ou tout autre appareil émettant un signal numérique. Il éviterait ainsi de laisser toute trace électronique, par crainte que des satellites ou des services de surveillance ne puissent le localiser.

Messages

De ce fait, la CIA et le Mossad dépendent presque entièrement du renseignement humain, c’est-à-dire de sources présentes sur le terrain en Iran. Il s’agirait de la seule façon de localiser le guide suprême. Problème: le lien entre Mojtaba Khamenei et le monde extérieur se résumerait à des notes manuscrites transmises par une chaîne de messagers. Aucun d’entre eux ne connaît la source exacte du message, ni à qui celui-ci est destiné. La CIA et le Mossad espèrent toutefois pouvoir remonter la piste jusqu’au guide suprême.

Cette opération rappelle la traque d’Oussama ben Laden, qui a finalement été localisé de cette manière après que la CIA eut suivi l’un de ses messagers pendant des années.

Une lettre manuscrite d’Oussama ben Laden, retrouvée lors du raid américain contre sa cachette au Pakistan en 2011. Selon des sources des services de sécurité, le guide suprême iranien Ali Khamenei communiquerait lui aussi aujourd’hui principalement par le biais de notes manuscrites et de messagers. © EPA

Le guide suprême est-il encore en vie?

Reste à savoir si Mojtaba Khamenei a survécu à l’attaque du 28 février. Au sein des services de renseignement américains et israéliens, une hypothèse circule selon laquelle il serait décédé des suites de ses blessures, soit le jour du bombardement, soit peu après. Selon cette théorie, les Gardiens de la Révolution tiendraient sa mort secrète afin de préserver l’illusion d’une continuité du pouvoir.

Il n’existe toutefois aucune preuve tangible à l’appui de cette hypothèse. Le secrétaire d’État américain, Marco Rubio, a même déclaré début juin que Khamenei était toujours en vie “et jouait un rôle de plus en plus actif”.

Quoi qu’il en soit, il est certain qu’il n’en est pas sorti indemne et qu’il est au moins grièvement blessé. Les rumeurs les plus folles circulent au sujet de son rétablissement, allant d’un long traitement médical en Russie à un rétablissement étonnamment rapide dans son propre pays.

S’il est effectivement encore en vie, il reste tapis dans l’ombre. Selon des sources des services de renseignement, Khamenei se cacherait dans un réseau de tunnels souterrains à Téhéran ou dans un bunker militaire près de Qom. Il ne sortirait à la surface que la nuit, de peur que les satellites espions américains ne le repèrent à la lumière du jour.

Sosies et rencontres secrètes

Cette méfiance se traduit par des mesures de sécurité qui semblent tout droit sorties d’un roman d’espionnage. Selon un ancien officier du Mossad cité par The Times, la nourriture lui serait acheminée via différentes cachettes, sans que les coursiers sachent exactement qui ils approvisionnent: le véritable guide suprême ou un sosie? Une tactique déjà utilisée autrefois par Saddam Hussein.

L’entrée de la cachette de Saddam Hussein près de Tikrit, où il a été arrêté par les États-Unis en 2003. © EPA

Même le président iranien Masoud Pezeshkian semble n’avoir pratiquement aucun accès direct à Mojtaba Khamenei. Le président est chargé de la gestion quotidienne du pays, mais les grandes décisions politiques, militaires et de sécurité relèvent de la compétence du guide suprême. Selon Iran International, après des insistances répétées, le président Masoud Pezeshkian a été conduit dans un lieu tenu secret à Téhéran, où il ne se serait entretenu que quelques minutes avec un homme présenté comme étant Mojtaba Khamenei.

Le président iranien Masoud Pezeshkian lors des funérailles de l’ayatollah Ali Khamenei. © Photo News

La rencontre se serait déroulée dans une voiture aux vitres teintées. Les deux hommes n’étaient pas autorisés à se voir ni à se serrer la main. Selon des sources proches du président, Pezeshkian s’est même demandé par la suite si la voix qu’il avait entendue était bien celle du guide suprême. Il convient toutefois d’apporter ici une nuance: Iran International est une chaîne d’information en persan basée à Londres, financée par l’Arabie saoudite et critique à l’égard du gouvernement iranien.

L’entourage du président a donné publiquement une version tout à fait différente de cette rencontre. Selon le président lui-même, celle-ci a duré près de deux heures et demie et s’est déroulée “dans une atmosphère ouverte, chaleureuse et confidentielle”. Selon cette version, il n’était pas question d’une conversation dans une voiture aux vitres teintées ni de doutes quant à l’identité du guide suprême.

Absent aux funérailles de son père

S’il y avait un moment où Mojtaba Khamenei aurait pu s’affirmer en tant que nouveau guide suprême, c’était bien lors des funérailles de son propre père. Pourtant, même à cette occasion, le dirigeant du pays est resté aux abonnés absents. Ali Khamenei a été inhumé plus de quatre mois après son décès lors d’une cérémonie privée à Mashhad, sans son fils.

Pour autant, cette absence ne doit pas nécessairement être considérée comme suspecte. En tant que cible principale des services de renseignement israéliens et américains, il serait particulièrement dangereux pour lui de se montrer lors d’une cérémonie publique de grande envergure.

L’Iran à la dérive

Ce silence affecte toutefois les organes vitaux du régime. Si l’absence du guide suprême ne provoquerait pas en tant que tel la chute de la République islamique, celle-ci pourrait se retrouver à la dérive. Sous Ali Khamenei, le guide suprême jouait le rôle d’arbitre entre des blocs rivaux. Lorsque ceux-ci entraient en conflit, c’est lui qui tranchait.

Mojtaba Khamenei restant dans l’ombre, le régime est privé de sa clé de voûte. Chaque camp présente de plus en plus souvent sa propre position comme émanant de “la volonté du guide suprême”, sans que personne ne puisse vérifier s’il a réellement pris ou approuvé ces décisions. Il devient donc de plus en plus difficile de savoir qui tire réellement les ficelles en Iran. Plus il reste absent de la scène publique, plus le risque est grand que l’Iran se retrouve non pas sans dirigeant, mais sans direction claire.

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