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Comment Angèle et Tristan Salvati ont repensé leur processus de création pour Instinct, leur nouvel album

À l'occasion de la sortie de son troisième album Instinct, la chanteuse Angèle et son producteur Tristan Salvati ouvrent les portes de leur studio pour raconter la genèse de ce nouveau projet.

À l'occasion de la sortie de son troisième album "Instinct", Angèle et son collaborateur de toujours, le réalisateur et multi-instrumentiste Tristan Salvati, nous ouvrent les portes de leur studio parisien près de Pigalle. De leur rencontre atypique à Bruxelles aux sessions d'enregistrement entre New York, la Suède et Gand, retour sur les coulisses d'un disque marqué par une liberté et une expérimentation faite à l'instinct.

Une rencontre bruxelloise sous le signe de l'instinct

L'histoire de leur collaboration commence bien avant le succès retentissant du premier album d'Angèle, "Brol". Alors qu'elle a 21 ans, qu'elle se produit dans des bars bruxellois et partage des reprises sur Instagram, Angèle retient l'attention de Tristan Salvati grâce à une photo originale où elle pose avec des spaghettis sur la tête. Interpellé par la légende annonceuse — 'Prépare un album qui va te faire danser' — et séduit par son aura, le producteur prend tout de suite contact avec sa manageuse, Sylvie Farme, après avoir croisé Claire Laffut et la photographe Charlotte Abramof.

Leur premier rendez-vous se tient au café Belga, sur la place Flagey à Bruxelles. Tristan Salvati se remémore "une rencontre chaotique" où, en pleine gueule de bois, il commande un plat de pâtes bolognaises tout en tentant de convaincre la jeune artiste. Malgré ces débuts rocambolesques, la symbiose musicale s'impose immédiatement lors de leur première session à Paris. En travaillant sur la production du morceau 'Je veux tes yeux', les deux créateurs réalisent qu'ils sont sur la même longueur d'onde, sinon fusionnels créativement.

Angèle se remémore cette rencontre singulière au café Belga et la naissance immédiate de leur alchimie musicale : "Tristan, j'ai entendu parler, lu la première fois via une artiste qui s'appelle Claire Laffut, qui est une compatriote avec qui Tristan travaillait à l'époque, que je croise place Flagey à Bruxelles avec Charlotte Abramof, photographe. Sylvie m'apprend qu'elle nous a écrit la veille, que Tristan a vu sur Instagram mes petites covers où je faisais des petites vidéos, il avait vu la photo où j'ai des spaghettis sur la tête, qu'il a bien aimé, et donc pourquoi pas le rencontrer. Le lendemain, on se rencontre place Flagey, de nouveau dans un bar-restaurant, le café Belga qui était vraiment mon QG. Tristan arrive, il a fait une petite soirée un peu arrosée la veille. Il demande un bolo mais il ne sait pas ce que c'est, donc des grosses pâtes bolognaises bien fumantes. Il commence à transpirer. La rencontre est tellement chaotique. Une semaine plus tard, à Paris, on fait de la musique, on ouvre la prod de 'Je veux tes yeux'. En cinq minutes, il prend une ampleur et on commence à vraiment capter que nos cerveaux sont sur la même longueur d'onde, qu'on a les mêmes goûts, qu'on a les mêmes envies et ça ne s'est jamais arrêté depuis".

Tristan Salvati confirme le déclic provoqué par le tempérament et l'univers visuel d'Angèle dès ses débuts : "C'est cette fameuse photo avec les spaghettis, et en voyant la photo, il y avait une petite légende sur son Instagram qui disait 'Prépare un album qui va te faire danser'. Donc je me suis dit que si cette fille avec cette aura-là fait de la musique, ça peut être génial. C'est vraiment son image, et pas uniquement sa musique qui m'a interpellé, on parle plus d'aura que de la proposition".

"Instinct" : un processus de création itinérant et expérimental

Pour ce troisième album, Angèle confie avoir tenu à s'affranchir des règles établies et d'explorer une pop plus radicale, parfois dissonante. S'étirant sur une longue période, le processus de création s'est décliné en trois phases complémentaires.

La phase d'incubation en solitaire : À l'issue de sa tournée, Angèle s'isole en voyage avec son ordinateur et du matériel de composition. Durant plus de six mois, elle façonne des démos qu'elle soumet régulièrement à Tristan Salvati lequel joue vraiment le rôle d'un "coach" et un premier filtre. Doté de l'oreille absolue et d'un savoir-faire instrumental bien à lui, il l'oriente vers de nouvelles structures, notamment en lui suggérant de transformer le morceau pop 'On verra' en version piano-voix.

Le travail de studio à deux : Le duo choisit de quitter leur studio habituel pour s'installer dans d'autres villes, notamment à New York, afin d'immerger leur production dans de nouvelles atmosphères.

L'ouverture à d'autres producteurs : Pour la première fois de sa carrière, Angèle ouvre son processus créatif à des intervenants extérieurs. Le duo collabore ainsi avec le groupe Justice (accueillis en studio autour d'un plateau de charcuterie pour écouter What you want), le duo Soulwax à Gand, Oscar Sheller à New York, ainsi qu'Elvira et Oscar Holter dans les studios de Max Martin en Suède pour composer le titre Au revoir.

À écouter

France Inter

50 min

S'affranchir des cadres et laisser la musique advenir

L'énergie de New York et l'enregistrement aux célèbres studios Electric Lady ont fortement marqué l'identité du disque, influençant le climat de titres comme Une seule vie. Tristan Salvati explique que cette longue période de maturation a permis de construire l'album sans imposer de rôles prédéfinis, donnant naissance à des morceaux aux formats étirés, oscillant entre des productions très chargées et un dépouillement assumé : "Ça a permis justement de s'affranchir de certains codes qu'on aurait eus si on avait commencé la production sur un titre qui avait été fait la veille. Là, le fait de passer du temps avec ces titres où elle l'avait vraiment expérimenté de son côté, ça nous a permis de construire et de conceptualiser l'album un peu autrement et à la fois de prendre des risques, à la fois aussi de laisser la musique un peu être reine à des endroits, ce qui a mené à des morceaux vachement rallongés, parfois c'est très produit, parfois c'est pas produit, il y a des contrastes".

Pour le réalisateur, qui avait pressenti le potentiel d'Angèle dès leur rencontre bruxelloise, cet album concrétise une démarche où l'instinct et la liberté musicale reprennent le dessus sur les contraintes de format.

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À écouter

France Inter

55 min