taraskuzio.com

Colère des lycéens : après un mois de crise, le gouvernement promet lundi « des réponses très concrètes »

Après un mois de mobilisation des lycéens et étudiants qui a fait tache d’huile, le gouvernement a promis de leur apporter lundi « des réponses très concrètes », qui devraient concerner Parcoursup, l’état des bâtiments ou encore le nombre de places à l’université.

Place, enfin, aux solutions politiques ? Attendus en fin d’après-midi en conférence de presse, les ministres Edouard Geffray (Éducation) et Philippe Baptiste (Enseignement supérieur) doivent livrer les conclusions du gouvernement.

Auparavant, Sébastien Lecornu aura successivement reçu dans l’après-midi à Matignon les organisations lycéennes puis étudiantes, espérant clore ainsi cinq semaines de crise entamées par des blocages d’établissements.

Depuis, la contestation sociale s’est étendue, jusqu’à déboucher le 17 octobre sur de vastes manifestations dans tout le pays émaillées, à leurs marges, de casses et pillages.

De quoi concentrer la focale de l’exécutif sur les problématiques de maintien de l’ordre, avec le ministre de l’Intérieur Laurent Nuñez en première ligne encore ce samedi lors d’une journée de cortèges sans heurts majeurs, malgré plusieurs centaines de milliers de personnes dans les rues. Quitte à occulter le reste des revendications, qu’il s’agisse de la jeunesse ou de ceux exprimant leur colère contre la vie chère.

Le chantier Parcoursup

Entre-temps, le gouvernement a ouvert le 5 octobre une plateforme destinée à répondre à la crise lycéenne, qui affichait vendredi, à sa clôture, quelque 100 000 contributions.

« Nous attendions d’avoir le fond nécessaire et toutes les remontées avant de faire des annonces », a justifié dimanche l’entourage de Sébastien Lecornu, qui laisse donc charge à ses ministres de les dévoiler lundi.

Critiqué de toutes parts après les débordements du 17 octobre, Emmanuel Macron s’est affiché à la manœuvre en fin de semaine dernière, recevant déjà les organisations lycéennes et ouvrant la porte à une « refonte en profondeur » de Parcoursup, un des grands objets de litige.

Face à l’énormité du chantier à six mois de la présidentielle, Sébastien Lecornu s’est montré un poil plus mesuré vendredi, promettant de « bouger » sur le sujet. « Il y a beaucoup de remarques qui sont faites sur la transparence, sur l’humanisation de la plateforme », a-t-il estimé, assurant qu’il allait « détailler un plan de réponses qui doit embarquer la question du nombre de professeurs, du nombre d’élèves par classes au lycée », mais aussi celle de l’état des bâtiments.

Des annonces – qui devraient se traduire en amendements dans le budget en cours d’examen – concernant les remplacements des professeurs ou les heures d’enseignement pourraient aussi être dévoilées, selon une source au sein de l’exécutif. Le Premier ministre devrait ensuite recevoir notamment les collectivités locales et parlementaires pour « de nouvelles discussions », a indiqué son entourage.

L’Union étudiante, La Fage, l’Unef et l’Union syndicale lycéenne (USL) revendiquent de leur côté 10 mesures principales, évaluées à 10 milliards d’euros, dont la fin de la sélection à l’université, la création de 250.000 places à l’université et une réforme des bourses.

« Dans le lit de la démocratie »

Les présidents d’université ont, eux, mis en garde dimanche : supprimer Parcoursup « n’est pas la solution magique » et il ne faut « pas confondre l’outil et la politique délibérée de réduction des moyens » qui « a créé de fortes tensions pour l’entrée dans l’enseignement supérieur ».

À l’approche d’une nouvelle journée d’action à l’appel des Gilets jaunes le 31 octobre, et surtout d’une journée nationale de grèves et de manifestations le 5 novembre à l’initiative des syndicats de salariés, l’exécutif espère endiguer le front de la jeunesse avec ces réponses.

« Sur le plan sécuritaire, on a plutôt redressé la barre. Mais il faut rester très vigilant », observe ainsi un proche du président. « Il faut essayer de donner un débouché politique en termes de mesures immédiates, qu’on peut prendre là maintenant, et aussi remettre tout le monde dans le lit de la démocratie », exhorte-t-il encore.

Un conseiller ministériel abonde : « Les lycéens ont été le premier étage de cet automne social et il faut commencer d’abord à répondre à leurs revendications. Il faut des choses claires, massives. »

Cependant, l’équation sociale reste toujours aussi ardue pour un pouvoir politique affaibli par l’approche de la présidentielle, son absence de majorité au Parlement et ses marges de manœuvre financières étroites qui ne lui offrent que peu de recours afin de répondre aux problèmes de pouvoir d’achat. De quoi pousser ses adversaires à instruire un procès récurrent en impuissance, que l’exécutif va tenter de démentir lundi.