“Cocaïne rose”, shampoing au GHB, etc.: voici les drogues qui circulent à Tomorrowland
Que contiennent réellement les drogues qui circulent à Tomorrowland? À proximité du site du festival, cette question fait l’objet d’intenses recherches de la part d’experts de l’Institut national de criminalistique et de criminologie (INCC), installés dans leur laboratoire mobile de dépistage de drogues. Dans certains cas, les résultats sont surprenants.
Luna-Marie Noyelle, Kevin Dupont
Source: HLN
25 juillet 2026, 21:53
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Au cours du premier week-end de Tomorrowland, 192 festivaliers ont été pris en flagrant délit de possession de drogue et 13 personnes ont été arrêtées pour trafic. Les trois drogues les plus fréquemment détectées sont la MDMA, la cocaïne et la kétamine. Dès le deuxième week-end, les premiers échantillons suspects ont déjà été analysés. “Au cours des deux derniers jours, nous avons à nouveau identifié plusieurs comprimés de MDMA à forte dose”, explique Joy Eliaerts, responsable du Laboratoire d’analyse médico-légale des stupéfiants de l’INCC.
Toutes les drogues saisies à Tomorrowland sont acheminées tout près du site du festival, chez Eliaerts et ses trois collègues experts judiciaires, dans le laboratoire mobile de l’Institut national de criminalistique et de criminologie (INCC).
Bien plus qu’un simple test de couleurs
L’INCC est présent depuis 2024 dans des festivals tels que Tomorrowland et Extrema Outdoor Belgium. Depuis lors, la technologie a déjà considérablement évolué. Alors qu’auparavant, les experts travaillaient principalement à l’aide de tests de couleur rapides mais peu révélateurs, ils sont aujourd’hui en mesure de déterminer sur place, avec beaucoup plus de précision, quelles substances ont été saisies. “Ce que nous ne pouvions autrefois faire qu’en laboratoire, nous pouvons désormais le réaliser en grande partie sur place. C’est vraiment une évolution considérable.”
Au cours du premier week-end, l’équipe a prélevé 471 échantillons et en a analysé 358. Dans 81% d’entre eux, une substance dopante interdite a été détectée.
Lorsqu’un échantillon arrive au laboratoire mobile, tout commence par un enregistrement minutieux. “Pour les comprimés, par exemple, nous examinons le logo, la forme et le poids”, explique Joy Eliaerts. “Pour les poudres, nous notons la couleur et la texture.”
C’est alors que commence le véritable travail d’analyse. Pour cela, le laboratoire mobile dispose de plusieurs dispositifs portables. Pour les comprimés, les experts utilisent notamment un appareil à infrarouge. “Nous plaçons un capteur sur les comprimés. Cela nous permet de déterminer très rapidement s’ils contiennent de la MDMA et quelle en est la dose.”
Les poudres et les cristaux sont analysés à l’aide d’un appareil Raman, une technique qui permet la plupart du temps de ne pas ouvrir l’emballage. “Nous pouvons effectuer les mesures directement à travers le plastique. C’est non seulement plus rapide, mais aussi plus sûr, car cela nous permet de manipuler les substances le moins possible.” Pour les échantillons plus complexes, l’équipe utilise une troisième technique: la spectroscopie dans l’infrarouge moyen. Celle-ci permet d’identifier des substances que les autres appareils ne reconnaissent pas immédiatement.
Tous les résultats sont enregistrés dans une vaste base de données regroupant toutes les substances connues. “Lorsque nous analysons un échantillon inconnu, nous le comparons aux profils déjà enregistrés dans notre base de données”, explique Joy Eliaerts. “S’il y a une correspondance, nous pouvons immédiatement le signaler à la police.”
Bruxelles en attente
Tous les échantillons ne peuvent pas être analysés intégralement sur place. Les substances inconnues et les mélanges complexes, en particulier, sont toujours envoyés au laboratoire de l’INCC à Bruxelles, qui reste en état d’alerte.
Les résultats du laboratoire sont immédiatement communiqués au parquet, à la police et aux équipes médicales présentes sur le site du festival. Cela leur permet de réagir rapidement en cas de présence de substances dangereuses ou suspectes circulant sur le site.
“Si nous détectons ici une substance dangereuse, les services d’urgence et la police peuvent en tenir compte immédiatement”, déclare Joy Eliaerts. Cela peut s’avérer crucial lorsque des festivaliers se retrouvent à l’hôpital après avoir consommé ces substances. “Les médecins reçoivent parfois des patients présentant des symptômes très étranges. Si nous savons quelles substances circulent ici, ils peuvent établir plus rapidement des liens et réagir de manière appropriée.”
Mais que révèlent toutes ces analyses sur ce qui circule à Tomorrowland ? Pour commencer: il s’avère que les gens n’ont pas toujours sur eux ce qu’ils pensent avoir acheté. En témoignent les récits de ce que ces personnes déclarent à la police. “Nous constatons souvent qu’une personne affirme qu’il s’agit de cocaïne, alors que nos analyses révèlent qu’il s’agit en réalité de tout autre chose. Soit ils ne savent pas ce qu’ils achètent, soit les dealers vendent des produits trompeurs.” Un constat inquiétant, selon l’INCC.
Shampoing, chouchous et spray nasal
L’image classique de la drogue — celle d’une poudre blanche qui serait de la cocaïne — est ainsi de moins en moins fidèle à la réalité. “Le marché évolue à une vitesse fulgurante. Autrefois, lorsqu’on voyait une poudre blanche, on pouvait presque automatiquement supposer qu’il s’agissait de cocaïne. Aujourd’hui, il peut tout aussi bien s’agir de kétamine, de MDMA ou de quelque chose de complètement différent.”
Les chercheurs le constatent également à travers les différentes formes sous lesquelles les drogues apparaissent. Poudres, comprimés, gélules et liquides colorés se côtoient aujourd’hui sans distinction. “Il devient de plus en plus difficile de déterminer de quoi il s’agit rien qu’à l’aspect”, constate Joy Eliaerts.
Et puis, il y a aussi la créativité dont font preuve les festivaliers pour tenter de dissimuler leurs drogues. Le laboratoire mobile reçoit parfois des découvertes pour le moins surprenantes. “Nous avons déjà vu des flacons de shampoing qui contenaient en réalité du GHB”, raconte Joy Eliaerts. “Mais aussi des ballons remplis de liquide, des chouchous dans lesquels étaient cachées des drogues ou des sprays nasaux remplis de kétamine.”
Poudre rose
Dernièrement, les chercheurs s’intéressent tout particulièrement à ce qu’on appelle les “pink powders”: des poudres roses très voyantes dont la composition peut varier considérablement. “Parfois, ces poudres contiennent de la MDMA, parfois de la kétamine, parfois un mélange de plusieurs substances.”
“Bien que ces drogues soient souvent appelées ‘pink cocaine’ dans la littérature, pendant longtemps, elles ne contenaient absolument pas de cocaïne en Belgique. Il s’agissait généralement de mélanges de MDMA et de kétamine.” Désormais, la situation a visiblement bien changé. “Pour la première fois, nous observons également des échantillons dans lesquels de la cocaïne a effectivement été détectée.” Selon Joy Eliaerts, cette évolution est déjà observable depuis un certain temps dans d’autres pays européens.
Tendances venues de l’étranger
C’est précisément pour cette raison que Tomorrowland présente un tel intérêt pour les chercheurs. En raison de la diversité internationale du public, on y trouve parfois des drogues beaucoup moins courantes en Belgique. “On y voit par exemple passer de la méthamphétamine.”
Toute personne prise en flagrant délit de possession de drogue à Tomorrowland verra son week-end de festival prendre fin sur-le-champ. Un accord à l’amiable sera conclu, son bracelet du festival sera coupé et elle ne sera plus autorisée à entrer sur le site.