Chômage : comment France Travail veut contrôler les demandeurs d’emploi les plus susceptibles de frauder grâce à une IA
l'essentiel Déterminer quels demandeurs d’emploi doivent être contrôlés en priorité : c’est l’objectif d’un algorithme actuellement expérimenté par France Travail, révèle Radio France. Un dispositif qui promet de mieux repérer les recherches d’emploi jugées insuffisantes, mais qui soulève déjà de nombreuses critiques.
Un CV non publié, aucun entretien récent ou encore l’absence d’activité déclarée... Ces informations pourraient bientôt contribuer à déterminer quels demandeurs d’emploi contrôler en priorité. Selon une enquête de la cellule investigation de Radio France, menée en partenariat avec La Quadrature du Net, France Travail teste actuellement un algorithme destiné à sélectionner automatiquement les dossiers nécessitant un "examen approfondi".
Baptisé "Ciblage du contrôle de la recherche d’emploi", cet outil a été présenté le 10 décembre dernier au comité d’éthique chargé de l’intelligence artificielle au sein de France Travail, anciennement Pôle emploi. L’objectif serait de mieux cibler les contrôles en orientant les agents vers une liste de dossiers considérés par l’intelligence artificielle comme les plus susceptibles de révéler une recherche d’emploi insuffisante.
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26 variables analysées
Pour établir ces listes, le modèle s’appuie sur les résultats de dizaines de milliers de contrôles déjà réalisés. L’algorithme analyse 26 variables détenues par France Travail parmi lesquelles on retrouve : le niveau d’information, le métier recherché, l’ancienneté de l’inscription, les activités déclarées ou encore la visibilité du profil du demandeur d’emploi.
Par exemple, le fait d’avoir publié ou non son CV, le nombre d’entretiens réalisés, les absences à des rendez-vous, les reports de prestations ou encore les refus d’offres peuvent également entrer dans le calcul. La recherche d’un emploi dans un secteur en tension fait aussi partie des critères retenus. À partir de ces données, l’algorithme identifie les dossiers jugés prioritaires et les transmet aux agents chargés du contrôle. France Travail assure toutefois que l’outil ne décide pas lui-même d’une sanction : l’examen de la situation reste entre les mains d’un contrôleur.
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Un risque de cibler les plus précaires
Si France Travail met en avant un outil destiné à rendre les contrôles plus "efficaces", son utilisation suscite déjà de vives critiques. La Quadrature du Net, association de défense et de promotion des droits et libertés sur Internet, réclame l’abandon du dispositif. Elle estime qu’il repose sur un système de "profilage" des demandeurs d’emploi susceptible de renforcer des discriminations.
Le document présenté au comité d’éthique montre d’ailleurs que l’établissement était conscient de ce risque. Les auteurs y soulignent que l’algorithme pourrait conduire à une "surreprésentation des demandeurs d’emploi ayant les plus faibles indemnités" dans les listes de contrôle. Une dérive attribuée au fait que ces personnes sont davantage concernées par les contrôles menés jusqu’à présent. Or ce sont à partir de ces données que le modèle d'IA employé a été entraîné.
France Travail explique avoir mis en place un mécanisme de correction afin de "réduire ce biais" et de "garantir une représentation homogène" des différentes catégories de demandeurs d’emploi parmi les dossiers proposés aux contrôleurs. L’organisme affirme également qu’un suivi régulier sera réalisé pour vérifier que "le modèle ne crée pas de nouvelles disparités" au fil de son déploiement. Des garanties qui ne convainquent toutefois pas La Quadrature du Net, qui dénonce un manque de transparence dans les critères de sélection.