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Chasse aux Marais d'Harchies : l'arrêté du Préfet du Nord (France) choque huit associations de protection de la nature belges et françaises

En mai 2026, huit associations de protection de la nature belges et françaises s'unissaient pour demander aux autorités françaises de mettre fin au massacre des oiseaux des Marais d'Harchies, un site d'intérêt biologique majeur situé à la frontière franco-belge.

Une grande mobilisation citoyenne s'en était suivie, avec la participation de milliers de citoyens à la consultation publique ouverte par le Préfet du Nord.

Via un communiqué envoyé ce mercredi, au nom des associations, la Ligue Royale Belge pour la Protection des Oiseaux (LRBPO) nous fait savoir que l'arrêté sur la chasse 2026-2027 vient d'être adopté. "Force est de constater que les demandes n'ont pas été entendues ; les huit associations lancent un appel à manifestation".

"Un arrêté sur la chasse qui ignore totalement la demande des citoyens"

Le massacre des oiseaux des Marais d'Harchies ("qui décime plus de 500 oiseaux rien que le soir de l'ouverture de la chasse") aura lieu une année de plus, déplorent les associations. "C'est ce que le Préfet du Nord, autorité compétente sur le territoire concerné, vient de sceller en adoptant son arrêté sur la chasse 2026-2027. Cet arrêté présente deux petites évolutions : le raccourcissement de la période pendant laquelle l'agrainage est autorisé (nourrissage artificiel des canards en France pour qu'ils s'habituent à passer la frontière pour se nourrir – désormais interdit à partir du 1er août) et l'intégration des normes nationales de quotas de chasse des anatidés".

Mais cela ne suffira cependant pas pour empêcher le massacre, estiment les associations. "Cette mesure n'intègre absolument pas la demande qui avait été formulée par les associations et citoyens : interdire tout acte de chasse à moins de 1500 mètres des Marais".

"On peut parler de chasses illégales"

Et si l'arrêté correspond bien à la législation française, cette dernière, et donc l'arrêté, se situent toujours en porte-à-faux total avec les législations européennes de protection des oiseaux et des habitats. "Si nous savions que la demande ne serait certainement pas totalement entendue, nous espérions que le Préfet réponde a minima à notre proposition de nous mettre autour de la table pour envisager des pistes de solution", indique Sophie Installe, juriste à la LRBPO.

"Malgré une participation historique des citoyens belges et français à la consultation publique, le Préfet n'a même pas souhaité entamer cet échange. Il n'a pas davantage donné suite à l'invitation de la ministre wallonne de la nature et de la chasse, Anne-Catherine Dalcq. Nous sommes confrontés à une autorité opaque, fermée à toute possibilité de concertation."

Huit associations veulent faire interdire la chasse aux oiseaux près des Marais d'Harchies et lancent un appel aux citoyens : "Ça suffit !"

Les associations appellent à la manifestation

Après avoir saisi les autorités internationales en avril (Commission européenne et Secrétariat de la Convention de Ramsar) pour dénoncer la situation, avoir alerté de nombreux décideurs belges sur la situation pour tenter d'obtenir leur appui et avoir lancé un mouvement citoyen de masse pour participer à la consultation publique du Préfet du Nord en juin, les huit associations passent aujourd'hui à une nouvelle étape dans leur plan d'action : une manifestation.

Les citoyens sont invités à rejoindre le mouvement le vendredi 21 août, soir d'ouverture de la chasse, afin de matérialiser l'opposition à ces pratiques. S'il est trop tard pour cette année, les associations souhaitent maintenir la pression pour obtenir une interdiction dès l'année prochaine. "Cela fait 70 ans que cela dure. A l'heure où la biodiversité connaît une crise majeure, où nos forêts brûlent, nous ne pouvons plus accepter que la biodiversité qui se développe dans une zone humide d'une telle richesse soit détruite par des pratiques insensées", ajoute Alain Malengreau, ornithologue bénévole chez Natagora et expert de terrain.

"Massacre inadmissible aux marais d'Harchies": la Ligue Royale Belge pour la Protection des Oiseaux saisit les autorités européennes

Un site d'intérêt biologique majeur, gravement impacté par les activités de chasse

Les Marais d'Harchies, 550 hectares situés à la frontière française dans la commune belge de Bernissart, sont classés Zone de Protection Spéciale (ZPS) et reconnus comme Zone Humide d'Importance Internationale (ZHII) au titre de la Convention de Ramsar.

Ce site est un lieu de halte migratoire majeur et un terrain d'hivernage essentiel pour de nombreuses espèces d'oiseaux d'eau, dont le Canard siffleur et le Fuligule milouin.

L'investissement public dans ce site est considérable : entre 2022 et 2024, la Région wallonne y a consacré 1,4 million d'euros en travaux de restauration, et l'Union européenne vient d'y allouer plusieurs millions d'euros supplémentaires dans le cadre du programme LIFE Vallée Atlantique.

Pourtant, chaque année, dès l'ouverture de la chasse, des titulaires de permis français se postent à la frontière, sur les étangs de Saint-Aybert, et tirent sur les oiseaux attirés depuis les marais, réduisant à peau de chagrin les efforts de conservation déployés, dans lesquels la France investit pourtant via les budgets européens.

Les chiffres parlent d'eux-mêmes, insistent les associations. "En 2025, la veille de l'ouverture de la chasse, 560 anatidés avaient été recensés sur le site. Le lendemain, il n'en restait que 68 : 492 canards avaient disparu en moins de 24 heures. Le soir de l'ouverture, près de 1000 coups de feu sont tirés en 1h30, tuant environ 500 oiseaux".


Les associations signataires

Voici la liste des associations signataires qui entendent activer tous les leviers disponibles jusqu'à obtenir gain de cause. Associations signataires : ­LRBPO (Ligue Royale Belge pour la Protection des Oiseaux), Natagora, Gaia, CNB (Cercles des Naturalistes de Belgique), Ardenne & Gaume, LPO Hauts-de-France, GON (Groupement Ornithologique et Naturaliste agréé Hauts-de-France).

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