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"Je ne suis pas aveugle, ni bête" : O'Gara mitigé malgré la victoire bonifiée de La Rochelle

Dans un contexte chargé d’émotion en raison du tragique décès du deuxième ligne des Lions Hyron Andrews survenu la veille de la rencontre, le Stade rochelais s’est imposé, point de bonus offensif en prime, face à la franchise sud-africaine malgré une performance "moyenne" dixit son manager Ronan O’Gara. Le technicien irlandais, très en verve malgré son émotion, n'a pas manqué de rappeler ce qu'il avait vécu, lui aussi, il y a dix ans...

Ronan, après ces deux jours très particuliers et ce match, dans quel état d’esprit vous trouvez-vous ?

J'ai essayé de préparer l'équipe pour ce match, mais c'était vraiment bizarre. La journée d'hier (vendredi) a été très dure. Ce n'est pas tant compliqué pour moi personnellement, mais c'est profondément triste. Je n'aurais jamais pensé devoir jouer un match après avoir appris une telle nouvelle. Mais il a fallu faire avec. Aujourd’hui, il n'y avait pas d'étincelle sur le terrain ni dans les tribunes. Il y a des choses bien plus importantes que le rugby. Nos pensées vont avant tout à la famille d'Hyron. C’est un rappel brutal de la fragilité de la vie.

Comment le groupe des Lions et votre staff ont-ils vécu ces 24 dernières heures ?

C'était extrêmement difficile pour eux, d'autant qu'ils doivent enchaîner avec Édimbourg puis Glasgow. Quand un tel drame survient, cela ne vous frappe pas forcément sur le coup, mais le choc ressenti résonne avec le temps. J’ai passé du temps avec eux hier après-midi, on a échangé autour d'une bière. Il y avait Morné Steyn (ndlr : ancien ouvreur des Springboks et du Stade français, consultant du jeu au pied dans le staff des Lions). On s’est rappelé quelques souvenirs d’une tournée des Lions Britanniques en 2009, j’avais notamment lancé la carrière de Morné (Rires). Plus sérieusement, voir soixante mecs, les joueurs du Stade Rochelais et les joueurs des Lions réunis dans le même vestiaire après le match pour partager cette peine, c'est fort. Notre club a de grands hommes, que ce soit chez les joueurs ou dans le staff. Personne n'est resté étranger à cette douleur. Cela montre les valeurs que ce club est capable de transmettre, et c'est ce qui compte le plus pour la vie après le rugby.

Cette tragédie fait aussi écho à des souvenirs personnels douloureux pour vous…

Oui, les dix ans de la disparition d'Anthony Foley étaient déjà présents dans ma tête. Axel était l'homme d'un seul club, tout comme moi au Munster. Je pensais aussi aux événements tragiques que j'ai pu traverser par le passé, comme le Bataclan quand j'étais à Paris ou l'attentat de Christchurch. Tout cela remet les choses en perspective. Cela montre à quel point tout est fragile. C'est peut-être aussi une leçon pour moi : je ne devrais pas prendre la vie autant au sérieux comme je peux le faire.

D'un point de vue purement comptable, prendre 5 points dans un tel contexte reste une satisfaction ?

On a eu énormément de chance de prendre ces cinq points. Je ne suis pas aveugle ni bête, mais je les prends ! L'an dernier, ce genre de match, on aurait pu le perdre. Sur le plan comptable, nous sommes lancés avant un grand rendez-vous dimanche prochain. Mais aujourd'hui, la priorité était de penser à la famille d'Hayron, de bien se reposer et de recharger les batteries.

Vous avez effectué de nombreux changements à la pause après une première mi-temps difficile où vos joueurs ont souvent perdu les collisions…

Pour être gentil, nous avons été moyens lors du premier acte. Les mecs qui débutent doivent apporter un véritable impact. En première période, il nous a manqué cette "grinta", cette agressivité nécessaire pour aller mettre le nez là où personne ne veut le mettre. En seconde mi-temps, l'attitude a été bien meilleure, même si tout n'était pas parfait. Il faut aussi comprendre que les joueurs étaient tous perturbés par la nouvelle de la veille.

Un mot sur la prestation de Valentin Bouju : vous surprend-t-il encore ?

Je ne devrais pas être surpris, mais je suis soufflé, c'est du très haut niveau ! Ce qui m'a le plus plu, c'est sa prise d'initiative : jouer rapidement un bras cassé après 77 minutes de jeu alors que tout le monde tirait la langue. Il a vu l'espace et il y est allé. Dommage que Tolu (Latu) ne commette un en-avant. Mais j'adore cette prise de responsabilité. Valentin a une énorme marge de progression, et il sait aussi très bien botter ! C’est la prochaine étape.

Cette émergence de Bouju est-elle une bonne nouvelle pour la concurrence avec Nolann Le Garrec ?

Absolument. Nolann n'a que 24 ans, mais il a la maturité d'un joueur de 34 ans. Son état d'esprit est extraordinaire. Mais pour prétendre au plus haut niveau et viser l'équipe de France — où la concurrence avec Dupont et Lucu est féroce —, il faut avoir au moins deux grands joueurs par poste. Valentin apporte une vraie émulation.

Nolann Le Garrec sera-t-il remis de blessure et aligné la semaine prochaine contre l'UBB ?

Aucune idée ! (Sourire) De toute façon, je ne l'écoute plus ! Il m'a eu une fois, pas deux. Il est médecin, avocat et joueur de rugby, mais il est surtout très fort en droit ! Plus sérieusement, il a besoin d'être à 100 %. Vouloir revenir une ou deux semaines trop tôt, c'est prendre le risque de rater deux mois derrière. Fabien Galthié y perdrait, et moi aussi !