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Ceuta, l'Europe au pied du mur

Soixante mille personnes. L'équivalent de 70 % de la population de Ceuta a franchi la frontière marocaine en quelques heures seulement. Parmi ces hommes, ces femmes, ces familles souvent poussés par le désespoir, 34 migrants sont morts en tentant de rejoindre l'enclave espagnole. Ces chiffres disent à eux seuls l'ampleur du drame. Mais les images de cette vague migratoire soudaine sont tout aussi saisissantes, tant ses récupérations politiques font frémir.

Ceuta, c'est l'Espagne, et donc l'Union européenne. Pour le Premier ministre espagnol, qui s'est illustré par sa politique visant à organiser une migration "légale, sûre et ordonnée" pour soutenir le développement économique de l'Espagne, ces dizaines de milliers d'arrivées irrégulières représentent "une attaque, une violation de l'intégrité territoriale" de son pays. Il n'a d'autre choix que de reprendre le contrôle de la frontière et de reconduire ces personnes sur le sol marocain.

Cette nécessaire fermeté est devenue une condition de la survie du projet européen, et des valeurs de l'Union. Personne ne devrait mourir pour franchir une frontière et chercher un avenir meilleur. Mais aucune politique migratoire ne peut reposer sur le principe que celui qui parvient à entrer dans l'Union pourra nécessairement y rester.

Ceuta: 60.000 migrants franchissent la frontière depuis le Maroc, des pays européens évoquent la suspension de l'Espagne de l'espace Schengen

L'Europe ne peut devenir une passoire. La solidarité envers les migrants légaux et les demandeurs d'asile ne pourra être acceptée par les Européens que s'ils ont l'assurance que leurs frontières extérieures restent solides et que les décisions de retour soient réellement exécutées. L'immigration touche désormais, qu'on le veuille ou non, à l'exigence fondamentale de la confiance démocratique. Chaque image d'une frontière débordée nourrit le sentiment d'une Europe impuissante et d'une immigration incontrôlée. Ceux qui instrumentalisent l'immigration comme arme politique le savent bien.

En la matière, l'Europe n'a pas à choisir entre humanité et fermeté. Elle doit sauver ceux qui risquent leur vie en mer, accueillir ceux qui ont droit à sa protection et combattre les entrées irrégulières, les filières de passeurs et les mafias qui les organisent. À Ceuta, l'Espagne doit donc reprendre le contrôle de son territoire, et comprendre l'origine de cette crise vraisemblablement circonscrite. Et l'Europe doit mesurer sa responsabilité. Si elle ne maîtrise pas ses frontières avec humanité et efficacité, d'autres promettront de s'en charger à leur manière…

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