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Cet ouvrage vous permettra de tout comprendre sur le tremblement de terre de 1887 qui avait en partie détruit la Côte d’Azur (et de mieux prévenir le risque sismique)

Mercredi 23 février 1887. De part et d’autre de la frontière franco-italienne, cette date a profondément marqué les esprits. Ce jour-là, de bon matin, le séisme le plus destructeur des trois derniers siècles frappait l’est des Alpes-Maritimes. À Menton, l’horloge de la Poste, rue Partouneaux, se fige à l’heure de la principale secousse : 5 h 58. Deux grosses répliques suivront.

Alors que l’aléa sismique est toujours prégnant sur le territoire, une fine connaissance de cet épisode douloureux apparaît fondamentale en matière de gestion des risques.

C’est dans cette optique qu’un livre détaillé sur le sujet, Le Grand tremblement de terre de la Riviera, vient de paraître aux éditions (breilloises) du Cabri. Résultat de 30 ans de recherches de l’Azuréen André Laurenti.

Avec cette monographie, le Cagnois, décédé en juillet 2024, affichait un objectif clair : « Cet ouvrage permettra, je l’espère, une meilleure appréhension de la gestion du risque sismique, de l’aménagement du territoire et de l’environnement le mieux adapté aux défis de demain, s’il n’est pas trop tard. »

André Laurenti était à l’origine du site azurseisme.com – sur lequel il avait déjà publié un article très fourni à propos du séisme ligure, assorti d’une cartographie de tous les sites touchés. Une rigueur que l’on retrouve dans son livre posthume, avec 363 sources mentionnées dans la bibliographie.

« L’auteur restitue l’impact considérable de cette catastrophe, en décrivant les effets désastreux en Italie et en France, montrant avec beaucoup de précision ce que fut la situation dans certains villages et comment les communautés s’organisèrent face à ce fléau », résume-t-on en quatrième de couverture.

« Je connaissais André Laurenti depuis des années, on avait sympathisé. Son livre traite du dernier tremblement de terre important ici, marqué par des dégâts terribles. Et un mystère : pourquoi certains endroits ont-ils été plus vulnérables ? », commente l’éditeur, Michel Braun. Aidé par le laboratoire Géoazur et des collectionneurs locaux pour mettre en forme cet ouvrage.

« Véritable ouragan »

À Menton, au lendemain de la catastrophe, les gendarmes estiment à 200 le nombre d’habitations à reconstruire.
À Menton, au lendemain de la catastrophe, les gendarmes estiment à 200 le nombre d’habitations à reconstruire.
Photo fonds Didier Moullin - Collection André Laurenti

Le séisme ligure a une particularité : il est le premier à avoir eu une résonance médiatique et iconographique à échelle européenne. Menton et Castillon figurent, en France, parmi les communes les plus touchées.

En Italie, Diano Marina essuie le plus lourd tribut. Dans cette petite station balnéaire, l’intensité du tremblement de terre est alors estimée à X – le maximum – sur l’échelle de Rossi Forel par le scientifique Camille Flammarion. On y dénombre 190 morts…

La catastrophe intervient en pleine « Belle époque », caractérisée par l’essor des hivernants sur la Côte d’Azur. Le carnaval de Nice vient de s’achever, synonyme d’affluence considérable. Ce contexte aurait poussé à minimiser la gravité de l’événement côté français. Aucune mission de terrain, aucune étude monographique n’est réalisée.

Aussi André Laurenti s’est-il attaché, rétrospectivement, à consigner tous les dégâts subis sur une zone de près de 150 km de long.

Si l’on se penche sur le cas de Menton – située à 45 km de l’épicentre – les quartiers récents sont alors les plus impactés. Dans un périmètre délimité par la voie de chemin de fer, au nord, ainsi que la place Saint-Roch et la vallée du Borrigo.

Déployés sur le terrain, les gendarmes estiment à 200 les maisons qui devront être reconstruites. La mairie (sise place Clemenceau) et l’église Saint-Michel sont touchées. Dans une lettre adressée au préfet, le maire pèse ses mots : « Un véritable ouragan s’est déchaîné sur Menton ».

On n’en avait pas connu de tel depuis vingt ans: l’éclairage d’un géologue azuréen sur le séisme qui a secoué la Côte d’Azur ce mardi soir

André Laurenti raconte comment le pain vient à manquer, la plupart des fours ayant été détruits. Comment l’aide tarde à venir, malgré les efforts décuplés de la municipalité. La gare et le collège ont beau être réquisitionnés, 5 000 personnes dorment dehors, en plein froid. L’auteur évoque des initiatives privées. Et notamment la grande solidarité de la communauté britannique.

Trois morts à Castillon

L’église de Bussana Vecchia porte encore les stigmates du séisme.
L’église de Bussana Vecchia porte encore les stigmates du séisme.
Photo Nice Matin

La Roya, curieusement, est peu touchée. Exception faite de la chapelle de la Miséricorde coupée en deux, à Breil. Ou du quartier Ciapagne, à Saorge.

Presque toutes les habitations sont lézardées à Castellar. Aucune victime n’est à déplorer, mais des bivouacs sont installés sur les places du village.

Le sort s’est bien plus acharné sur Castillon, où deux enfants et une femme perdent la vie. Dans une lettre, le maire indique que 4/5 des maisons ont été détruites. Plus de trente familles sont sans abri. En cause : des habitations pour la plupart rustiques et pas toujours entretenues.

L’auteur détaille aussi les conséquences pour Nice, la Vésubie, la vallée du Var, Monaco, les départements des Alpes-de-Haute-Provence et du Var. Pour l’Italie, aussi.

Le cas de Bussana Vecchia est intéressant. Dans le village – qui sera abandonné – la partie la plus frappée se trouve au nord-est. Un agrandissement de l’église lui aurait été fatal. Pourquoi la commune était-elle plus vulnérable ? André Laurenti avance trois raisons : la composition du sol, des matériaux de construction médiocres, ainsi que des réparations mal faites après les précédents séismes de 1818, 1831 et 1854.

Au rang des phénomènes induits par le séisme ligure, l’auteur évoque un petit tsunami. Annoncé par un abaissement du niveau de la mer plusieurs jours avant. Un capitaine américain qui mouillait dans les eaux de Menton témoigne ainsi d’un mouvement de descente subi par son navire – une baisse de deux pieds (60 cm) d’un coup !

Des photos de Menton et Diano Marina

André Laurenti a travaillé durant 30 ans sur le sujet des séismes sur la Côte d’Azur.
André Laurenti a travaillé durant 30 ans sur le sujet des séismes sur la Côte d’Azur.
B.P.

Caractéristiques techniques, principales causes des dégâts, fonctionnement actuel de la gestion de crise, investigations récentes et rappels des bons gestes complètent l’ouvrage.

Sans oublier les témoignages de personnalités : Maupassant à Antibes ; Nietzsche et Alphonse Karr à Nice ; le baron Godefroy de Villebois Mareuil à Menton ; Louis Pasteur et Clarence Bicknell à Bordighera.

Sans oublier, non plus, les incroyables photos prises par Jean Giletta à Nice. Et par Arthur Guesquin à Diano Marina et Menton – l’auteur ayant pu récupérer 48 plaques de verre de ce dernier grâce à Didier Moullin.

« Le séisme ligure est symptomatique du type d’événements qui pourrait à nouveau affecter la Riviera française et italienne. Ce qui rend particulièrement dangereux et préjudiciable un tel séisme est qu’il peut se reproduire sans prévenir », aborde André Laurenti en conclusion. Alertant sur le fait que la sururbanisation accentue les risques.

Géologue au laboratoire Géoazur, Christophe Larroque confirme dans la préface : « Cet ouvrage est une stimulation pour l’implication des administrations et des populations à prendre en charge une situation semblable dans l’avenir afin de tenter d’en limiter les conséquences. »