"Cet homme n’est pas un monstre"... Il a poignardé l'amant de son ex-compagne : au cœur de la défense d'un accusé qui a tenté de tuer par jalousie
l'essentiel Pierre-Thomas Pons, 36 ans, a été reconnu coupable de tentative d'assassinat par la cour d'assises de Tarbes, mardi 13 octobre. En juillet 2023, à Séméac, il avait poignardé un ancien ami, Mickaël, par jalousie. La préméditation a été retenue, malgré la défense qui plaidait l'acquittement pour le chef de tentative d'assassinat. Il écope de 14 ans de réclusion criminelle. Comment s'est articulée la défense au cours de ce procès singulier ? Récit.
"Avant d’être un accusé, c’est un être humain", démarre Me Lorea Chipi lors de sa plaidoirie. Comment défendre l’indéfendable ? La question, que bien des robes noires ont entendue au cours de leur carrière, peut légitimement se poser dans la salle de la cour d’assises de Tarbes, ce mardi 13 octobre.
À lire aussi : "Rien ne laissait présager un tel passage à l'acte" : apprenant la relation entre son ex-compagne et son ami, il le poignarde sur son lieu de travail
Depuis lundi 12 octobre, Pierre-Thomas Pons, 36 ans et sans aucun antécédent judiciaire, comparaît pour tentative d’assassinat. En juillet 2023, à Séméac, celui que nous appelons Mickaël, un ancien ami, a survécu à une agression au couteau. Le mobile ? La découverte d’une relation entre l'ex-compagne de Pierre-Thomas et cet ancien ami.
Face à la gravité des faits reprochés, quelle place pour la défense ? Comment faire entendre la personnalité d’un homme sans pour autant balayer ce qui lui est reproché ?
Comprendre sans effacer les faits
Au deuxième jour du procès, les experts se succèdent, puis Pierre-Thomas est interrogé sur les faits, les rapports d’expertise, sa détention et son parcours de vie. Avant de décider s’il est coupable, la cour cherche aussi à examiner le chemin qui a conduit au drame, sans que la recherche d’explications ne devienne une justification.
Dans un procès, les expertises psychiatrique et psychologique constituent alors des éléments centraux pour comprendre. Mais, ici, les conclusions ne font état d’aucun trouble mental pathologique. Elles décrivent cependant chez l’accusé un fonctionnement marqué par une certaine rigidité psychique. Au moment des faits, son discernement n’était ni altéré, ni aboli.
À lire aussi : Une femme retrouvée morte à son domicile à Lourdes, une enquête en cours pour déterminer les causes du décès
Pour la défense, la difficulté est ailleurs. Les faits à eux seuls ne peuvent pas permettre de condamner. Plusieurs témoins ont été cités à témoigner. Parmi lesquels, la mère de Pierre-Thomas Pons, ce lundi 12 octobre. Elle aussi a tenté de défendre son fils face à l’acte impardonnable qu’il a commis en ce mois de juillet 2023.
À la barre, cette dernière désigne l'ex-compagne comme seule responsable de l'engrenage ayant mené au drame, c’est son avis. "Elle pouvait le quitter, mais il y a des manières de faire", commente-t-elle. Une déposition qui ne suffit pas pour convaincre les jurés.
Face aux auditions et après l'exposé de Me Antoine Tugas pour la partie civile, l'avocat général reprend la main. Il lui incombe la tâche de prouver que l’acte était prémédité. La tentative de meurtre ? Pas de difficulté, l’accusé ne conteste pas et les preuves l’accablent.
Mais est-il coupable d’assassinat ? "Ça bouillonne, ça mûrit. Un peu comme une cocotte-minute", soutient l’avocat général pour illustrer la préméditation d’un acte commis "sans hésitation et avec détermination." Le couteau pris avec lui, le détour réalisé pour rendre visite à la victime, l’attente sur place : tous les éléments sont rassemblés selon lui.
Il requiert 20 ans de réclusion criminelle.
Défendre, sans nier la gravité
Puis vient la plaidoirie de la défense. C’est là que se noue la tension de ce procès. Me Lorea Chipi le dit, elle ne peut ignorer la violence reprochée à Pierre-Thomas ni la place et le traumatisme de la victime, Mickaël, qui a survécu alors que son pronostic vital était engagé.
À lire aussi : "Ma vie a changé" : le récit glaçant d’une enfant de 11 ans face à son beau-père, accusé de 90 viols et agressions sexuelles devant la cour criminelle
Elle doit pourtant pouvoir examiner les faits, discuter les éléments du dossier et notamment de la personnalité de son client. "Pendant plus de 33 ans, il a su se tenir, comme un honnête citoyen (...) en quelques minutes, il a tout perdu", commence-t-elle.
"Défendre l’indéfendable" : voilà le dilemme éthique des avocats. Pourtant, ces derniers ne manquent jamais de le rappeler : ils ne défendent pas le crime, ils défendent l’Homme. "Avant d’être un accusé, c’est un être humain", martèle Me Lorea Chipi.
Dans une tirade adressée à la cour, elle ne cherche pas à banaliser la violence. Elle rappelle le parcours de Pierre-Thomas. "La souffrance a précédé le geste, elle ne l’excuse pas, elle l’explique." L'avocate tente ensuite d'instiller le doute sur le caractère préparé de la tentative d'homicide volontaire que constitue la tentative d'assassinat.
A-t-il hésité au moment de poignarder ? Depuis combien de temps attendait-il la victime ? Était-ce réfléchi ? "On ne sait pas", a déclaré l’avocate.
Ne pas savoir, c’est douter et les auxiliaires de justice le rappellent, parfois en latin : in dubio pro reo, le doute doit profiter à l'accusé.
"Il n’y a plus de rage en moi"
"Cet homme n’est pas un monstre, vous jugez une faiblesse", dixit Me Chipi. Elle demande l’acquittement pour le chef de tentative d’assassinat. Les faits seront-ils requalifiés en tentative de meurtre ?
La défense ne s’arrête pas là, l’accusé a le dernier mot. Celui-ci en profite pour réitérer ses regrets et précise : "Il n’y a plus de rage en moi". La cour se retire à 12 h 30 pour délibérer.
Elle ne revient qu’en milieu d’après-midi, avec son intime conviction : Pierre-Thomas Pons est coupable de tentative d’assassinat. La préméditation est retenue, il est condamné à 14 ans de réclusion criminelle.