Cet été, je lis : Poil de Carotte, « Cette fois nous ne serons pas dérangés »
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Après bien des épreuves, Rémi revient à Chavanon avec Mattia, son compagnon de route. Il retrouve mère Barberin et lui réserve une surprise qui témoigne du chemin parcouru depuis son départ.- Un héros qui a grandi Au début du roman, Rémi subit les décisions des adultes : séparé de mère Barberin, il ignore ses origines et dépend de ceux qu’il rencontre. Les épreuves et les apprentissages le transforment peu à peu. Lorsqu’il revient à Chavanon, il sait travailler, économiser, faire des projets et agir pour ceux qu’il aime. La vache offerte à mère Barberin témoigne de cette autonomie conquise : Rémi est désormais capable de donner à celle qui l’avait autrefois recueilli.
- Une famille à construire La quête de ses origines traverse tout le roman, mais Rémi découvre aussi d’autres formes de liens. Vitalis a été son maître et son protecteur ; Mattia devient son compagnon de route et son « frère ». Ensemble, les deux garçons travaillent, affrontent les difficultés et prennent des décisions. Dans Sans famille, grandir ne consiste donc pas seulement à découvrir d’où l’on vient : Rémi apprend aussi à reconnaître ceux auxquels l’affection, la fidélité et les épreuves partagées l’ont attaché.
- Un succès mondial Couronné par l’Académie française, Sans famille connaît rapidement un immense succès. Traduit dans de nombreuses langues, le roman est lu bien au-delà de la France et sert même à l’apprentissage du français dans certains pays. Depuis sa publication en 1878, les aventures de Rémi ont inspiré de nombreuses adaptations au théâtre, au cinéma, à la télévision, en bande dessinée et en dessin animé.
Tout à coup ses mains furent agitées par un tremblement :
— Mon Dieu, murmura-t-elle, mon Dieu, est-ce possible, Rémi !
Je me levai et courant à elle, je la pris dans mes bras.
— Maman !
— Mon garçon, c’est mon garçon !
Il nous fallut plusieurs minutes pour nous remettre et pour nous essuyer les yeux.
— Bien sûr, dit-elle, que si je n’avais pas toujours pensé à toi je ne t’aurais pas reconnu ; es-tu changé, grandi, forci !
Un reniflement étouffé me rappela que Mattia était caché derrière le lit, je l’appelai ; il se releva.
— Celui-là c’est Mattia, dis-je, mon frère.
— Ah ! tu as donc retrouvé tes parents ? s’écria mère Barberin.
— Non, je veux dire que c’est mon camarade, mon ami, et voilà Capi, mon camarade aussi et mon ami ; salue la mère de ton maître, Capi !
[...]
Le moment était venu.
— Et l’étable à vache, dis-je, a-t-elle changé depuis le départ de la pauvre Roussette, qui était comme moi et qui ne voulait pas s’en aller ?
— Non, bien sûr, j’y mets mes fagots.
Comme nous étions justement devant l’étable mère Barberin en poussa la porte, et instantanément notre vache, qui avait faim, et qui croyait sans doute qu’on lui apportait à manger, se mit à meugler.
— Une vache, une vache dans l’étable ! s’écria mère Barberin.
Alors n’y tenant plus, Mattia et moi, nous éclatâmes de rire.
Mère Barberin nous regarda bien étonnée, mais c’était une chose si invraisemblable que l’installation de cette vache dans l’étable, que malgré nos rires, elle ne comprit pas.
— C’est une surprise, dis-je, une surprise que nous te faisons, et elle vaut bien celle des topinambours, n’est-ce pas ?
— Une surprise, répéta-t-elle, une surprise !
— Je n’ai pas voulu revenir les mains vides chez mère Barberin, qui a été si bonne pour son petit Rémi, l’enfant abandonné ; alors, en cherchant ce qui pourrait être le plus utile, j’ai pensé que ce serait une vache pour remplacer la Roussette, et à la foire d’Ussel nous avons acheté celle-là avec l’argent que nous avons gagné, Mattia et moi.
— Oh ! le bon enfant, le cher garçon ! s’écria mère Barberin en m’embrassant.
Puis nous entrâmes dans l’étable pour que mère Barberin pût examiner notre vache, qui maintenant était sa vache. À chaque découverte que mère Barberin faisait, elle poussait des exclamations de contentement et d’admiration :
— Quelle belle vache !
Tout à coup elle s’arrêta et me regardant :
— Ah çà ! tu es donc devenu riche ?
— Je crois bien, dit Mattia en riant, il nous reste cinquante-huit sous.
Et mère Barberin répéta son refrain, mais avec une variante :
— Les bons garçons !
Cela me fut une douce joie de voir qu’elle pensait à Mattia, et qu’elle nous réunissait dans son cœur.
Pendant ce temps, notre vache continuait de meugler.
— Elle demande qu’on veuille bien la traire, dit Mattia.
Sans en écouter davantage je courus à la maison chercher le seau de fer-blanc bien récuré, dans lequel on trayait autrefois la Roussette et que j’avais vu accroché à sa place ordinaire, bien que depuis longtemps il n’y eût plus de vache à l’étable chez mère Barberin. En revenant je l’emplis d’eau, afin qu’on pût laver la mamelle de notre vache, qui était pleine de poussière.
Quelle satisfaction pour mère Barberin quand elle vit son seau aux trois quarts rempli d’un beau lait mousseux.
— Je crois qu’elle donnera plus de lait que la Roussette, dit-elle.
— Et quel bon lait, dit Mattia, il sent la fleur d’oranger.
Mère Barberin regarda Mattia avec curiosité, se demandant bien manifestement ce que c’était que la fleur d’oranger.
— C’est une bonne chose qu’on boit à l’hôpital quand on est malade, dit Mattia qui aimait à ne pas garder ses connaissances pour lui tout seul.
La vache traite, on la lâcha dans la cour pour qu’elle pût paître, et nous rentrâmes à la maison où, en venant chercher le seau, j’avais préparé sur la table, en belle place, notre beurre et notre farine.
Quand mère Barberin aperçut cette nouvelle surprise elle recommença ses exclamations, mais je crus que la franchise m’obligeait à les interrompre :
— Celle-là, dis-je, est pour nous au moins autant que pour toi ; nous mourons de faim et nous avons envie de manger des crêpes ; te rappelles-tu comment nous avons été interrompus le dernier mardi-gras que j’ai passé ici, et comment le beurre que tu avais emprunté pour me faire des crêpes a servi à fricasser des oignons dans la poêle : cette fois, nous ne serons pas dérangés.
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Par la rédaction Publié le 12/07/2026 à 00:28
Temps de lecture: 1 min
Au temps de Rémi, une vache représentait une véritable richesse pour une famille rurale : elle donnait du lait, dont on pouvait tirer crème et beurre. On comprend mieux la joie de mère Barberin ! Au Musée de la Vie Rurale de Steenwerck, découvrez la ferme, l’étable, les outils agricoles, les métiers et la vie quotidienne d’un village d’autrefois.
Site officiel du musée : https ://www.musee-steenwerck.com
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