Ces 4 tendances déco des années 1960 et 1970 font un retour inattendu
Ces 4 tendances déco des années 1960 et 1970, longtemps jugées « démodées » font leur retour inattendu.
Dans les années 1960, moderniser une maison signifiait l’équiper de matériaux nouveaux, faciles à nettoyer, résistants et fabriqués industriellement. Le pavé de verre, la mosaïque, les revêtements colorés ou encore les meubles modulaires incarnaient alors le progrès et répondaient aux aspirations d’une nouvelle classe moyenne urbaine. Les modes de vie avaient profondément changé et, avec eux, les manières d’habiter. Mais rien n’est éternel. Au fil des décennies, bon nombre de ces éléments ont fini par être associés à une esthétique datée, voire démodée. Ces matériaux ont pourtant progressivement retrouvé leur place dans nos intérieurs, à mesure que les goûts ont évolué et que certaines tendances déco du passé ont été redécouvertes.
Le pavé de verre : lumière et intimité
Le pavé de verre apparaît en Suisse à la fin du XIXe siècle comme une solution permettant de faire entrer la lumière naturelle dans les pièces sans renoncer à une séparation solide. En 1886, l’architecte suisse Gustave Falconnier met au point des pièces creuses en verre soufflé, telles des « briques de verre », qui permettent de construire des murs entiers translucides. Ce n’est toutefois qu’au cours des années 1920 que sa production devient mécanisée, permettant ainsi une fabrication en série, et que le pavé se retrouve associé à l’architecture moderne. Cette tendance se développe plus tard, notamment au cours des années 1950 et 1960, avec l’industrialisation de la construction. Des matériaux jusque-là associés à l’avant-garde architecturale commencent alors à être intégrés dans des bâtiments plus courants et accessibles.

Murs construits avec des blocs de verre. Lieu non précisé, États-Unis, vers 1935.
© Keystone View Company/FPG/ArchiveLa publicité de l’époque en témoigne elle aussi. Dans un numéro du magazine espagnol Arquitectura de 1962, les pavés de verre Primalit sont présentés comme un système fonctionnel, capable de diffuser la lumière tout en améliorant l’isolation thermique et acoustique. Dans ces mêmes pages, Listiral, un verre imprimé et texturé, est davantage associé à des qualités esthétiques et décoratives. Le verre ne constitue donc plus seulement un élément de fermeture : il devient un véritable symbole de la modernité domestique. Mais cette diffusion massive finit aussi par modifier sa perception. À mesure qu’une génération entière grandit entourée de verre, celui-ci perd progressivement son caractère futuriste et en vient à renvoyer à une époque désormais révolue. Lors des rénovations ultérieures, il est souvent supprimé au profit de matériaux jugés plus contemporains. Plus d’un demi-siècle plus tard, il fait pourtant son retour dans les projets contemporains, pour les mêmes raisons qu’à ses débuts.
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Un mur en pavés de verre filtre la lumière du couloir et reprend l’un des éléments les plus caractéristiques de l’architecture des années 1960 et 1970.
© Giulio Ghirardi
Les pavés délimitent l’espace sans le fermer et laissent passer la lumière entre les différentes pièces.
© Giulio GhirardiLa mosaïque de verre : la couleur en petites pièces
La mosaïque est loin d’être une invention récente. Les Grecs et les Romains l’utilisaient déjà pour décorer les sols, les murs et les plafonds. La mosaïque de verre que nous connaissons aujourd’hui apparaît toutefois bien plus tard, avec la production industrielle de petites tesselles vitrifiées. Résistante, imperméable et disponible dans une multitude de couleurs, elle devient au XXe siècle un matériau particulièrement adapté aux revêtements. Son essor coïncide avec les années de développement économique. Dès 1959, le magazine Arquitectura la présente comme un « nouveau matériau », destiné aussi bien à la décoration qu’aux revêtements. Dans les années 1960 et 1970, la mosaïque de verre se diffuse largement : sur les façades, dans les salles de bains et les cuisines, mais aussi autour des piscines. À force de se généraliser, elle finit cependant par devenir un véritable marqueur d’une époque, au point de paraître démodée quelques décennies plus tard. Aujourd’hui, elle revient dans les intérieurs. Architectes et décorateurs redécouvrent ses couleurs, son éclat et la possibilité de composer des surfaces très graphiques, donnant à ce matériau longtemps associé à une époque en particulier une nouvelle place dans les projets contemporains.

Adam et Ève. La Chute, 1140-1170. Artiste byzantin.
© Heritage Images/Getty Images
La mosaïque de verre rose recouvre les murs, les courbes et le sol comme une seule et même surface continue.
JOSE HEVIA BLACH
De petits carreaux de mosaïque recouvrent les murs et la baignoire, enveloppant entièrement la chambre d’où l’on admire la vue sur Bruxelles.
PIET-ALBERT GOETHALSLes surfaces colorées : l’essor du stratifié
Dans ce cas précis, son origine est industrielle plutôt que domestique. Les premiers stratifiés apparaissent au début du XXe siècle, lorsque les ingénieurs américains Daniel J. O’Conor et Herbert A. Faber cherchent un isolant électrique capable de remplacer le mica. En 1913, ils fondent la Formica Products Company et mettent au point un matériau composé de couches de papier imprégnées de résine et pressées à haute pression. Son nom vient d’ailleurs de cette fonction initiale : « for mica », c’est-à-dire « à la place du mica ». Quelques années plus tard, le procédé évolue et permet d’ajouter une feuille décorative imprimée à la surface du matériau. Dès les années 1930, le stratifié commence à être utilisé dans les bars, les cafés, les trains et les paquebots transatlantiques, où sa résistance, sa surface lisse et sa facilité d’entretien en font un matériau particulièrement pratique.

Une publicité de 1955 pour le stratifié Formica montrant une famille dans la cuisine de sa maison.
© Picture Post/Getty ImagesAprès la Seconde Guerre mondiale, la construction massive de logements et l’essor d’une culture domestique tournée vers l’hygiène et le confort font des stratifiés un matériau incontournable. Le Formica est même présenté comme une « surface miracle », tandis que des designers tels que Raymond Loewy imaginent pour ce matériau des collections entières de couleurs et de motifs. En Europe, le produit fait son apparition à peu près à la même époque. Une publicité pour Aismalibar, publiée dans le magazine Arquitectura en 1960, montre des cuisines, des meubles et des murs recouverts de stratifiés rouges, bleus, verts ou marbrés. Ils sont présentés comme hygiéniques, lavables et résistants à l’eau, à la graisse et à l’alcool, et résumés par un slogan particulièrement évocateur : « La surface moderne. » Dans les années 1960, le caractère synthétique du matériau n’est pas quelque chose que l’on cherche à dissimuler : c’est précisément ce qui fait son attrait.

Cette cuisine d’exposition est équipée d’une hotte aspirante, d’un comptoir pour les repas et de placards roses.
© Hulton Archive/Getty ImagesAu cours des décennies suivantes, ce matériau ne disparaît pas, mais il perd progressivement de son prestige. Sa très grande diffusion fait qu’il commence à être associé au mobilier fabriqué en série et aux cuisines bon marché. On assiste alors à un tournant dans le design, qui privilégie les finitions en pierre, en bois et dans d’autres matériaux généralement perçus comme plus « naturels ». À la fin du XXe siècle, le stratifié, autrefois symbole de modernité, en vient à être associé à une esthétique kitsch et datée. Une tendance que l’on retrouve encore aujourd’hui, avec la mode des rénovations neutres et sans grand caractère.

La cuisine signée CUBRO rompt avec la domination du blanc grâce à son stratifié rose et remet la couleur à l’honneur.
Maru Serrano
Le stratifié vert foncé transforme toute la cuisine, conçue par Di Maro, en un bloc de couleur.
© Dario BorrutoLe terrazzo, un matériau réhabilité
Le terrazzo moderne trouve ses origines dans la Venise des XVe et XVIe siècles, où les maîtres marbriers réutilisent les chutes de marbre en les incrustant dans un mortier avant d’en polir la surface. Le métier de terrazzeri est alors bien établi. Au XIXe siècle, avec l’industrialisation, le ciment Portland fait son apparition et remplace progressivement les anciens mortiers, donnant naissance à des conglomérats de ciment qui facilitent sa production à plus grande échelle. Aux États-Unis, où le savoir-faire est introduit par des artisans italiens à la fin du XIXe siècle, le terrazzo connaît un véritable essor dans les années 1920 et 1930, car il s’intègre particulièrement bien aux intérieurs géométriques de l’Art déco.

L’entrée de style Art déco du théâtre Orinda, en Californie.
© San Francisco Chronicle/Hearst Newspapers/Getty ImagesEn Europe, l’âge d’or du carrelage préfabriqué en terrazzo coïncide avec la période de développement économique. À partir des années 1960, l’automatisation de sa fabrication permet de produire à grande échelle des carreaux résistants et esthétiques à moindre coût. Cette évolution accompagne le boom de la construction résidentielle, qui nécessite des kilomètres de revêtements de sol bon marché, durables et faciles à entretenir. On retrouve alors le terrazzo dans les appartements, les halls d’entrée, les écoles et les hôpitaux. Cette diffusion massive contribue également à sa mauvaise réputation au cours des décennies suivantes.
À partir des années 1980, d’autres revêtements de sol font leur apparition, comme la céramique, la pierre ou le parquet. Le terrazzo est alors associé aux logements qui n’ont pas encore été rénovés. Aujourd’hui, on l’adore : il revient avec encore plus de caractère, sous forme de granulats XL, de fonds colorés et de finitions qui le distinguent complètement d’un sol classique. Né de la réutilisation de chutes de marbre, il s’inscrit désormais dans la tendance des matériaux durables et recyclés.

Un sol en terrazzo s’étend sur toute la partie jour et devient l’un des éléments phares de l’espace.
© Piergiorgio Sorgetti
Le terrazzo est présent au sol et sur le plan de travail, apportant de la texture à une cuisine où domine la couleur pêche.
Pier CarthewArticle initialement publié dans AD Espagne.