"Ce radar est une machine à cash" : à l'entrée nord de Toulouse, où passent 40 000 véhicules chaque jour, ce boîtier limité à 50 km/h arrose de PV les automobilistes dans les deux sens
l'essentiel Près du rond-point de Sesquières, à l’entrée nord de Toulouse, le radar urbain de l’avenue des États-Unis contrôle les deux sens de circulation sans émettre de flash lumineux. Aucun panneau ne l’annonce sur place. Sur cet axe où passent près de 40 000 véhicules chaque jour, des automobilistes racontent avoir reçu plusieurs contraventions à quelques jours d’intervalle. En service depuis avril 2024, ce dispositif discret nourrit chez certains le sentiment d’un piège et les accusations de "machine à cash".
Sous le pont du rond-point de Sesquières, au nord de Toulouse, le grondement des moteurs résonne. Les poids lourds traversent cette porte d’entrée de la Ville rose, entre bas-côtés jonchés de détritus et enseignes commerciales. Grand Frais, KFC, Animalis, bureaux d’assurances… Ici, tout semble avoir été dimensionné pour la voiture.
Le vaste giratoire, ancien point de ralliement des Gilets jaunes en 2018, laisse quelques arbres et arbustes émerger de son terre-plein de terre battue.
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Sur l’avenue des États-Unis, une grande artère en 2x2 voies prolonge ce décor routier. À hauteur du Chronodrive, un équipement se remarque moins que les devantures : le radar urbain. Aucun panneau ne l’annonce sur place. Aucun éclair lumineux ne trahit ses prises de vue. Pour les conducteurs sanctionnés, la découverte peut se faire quelques jours plus tard, à réception de l’avis de contravention.
"En deux semaines d’intervalle, deux fois 90 € d’amende sur ce radar", s’emporte Sacha, un automobiliste. "Rien n’est clair sur la route par rapport aux vitesses", poursuit le Toulousain, qui juge la situation "inadmissible".
À l’aller comme au retour
Sur cet axe limité à 50 km/h, le boîtier mis en service en avril 2024 contrôle les deux sens de circulation. Il photographie les véhicules par l’avant vers Toulouse, par l’arrière vers Lespinasse. En descente, ce qui n'est pas. Son flash infrarouge est invisible à l’œil nu. Passer devant sans apercevoir de lumière ne signifie donc pas avoir échappé au contrôle.
"Je viens d’en recevoir trois cette semaine, dont deux prises le même jour", témoignait Neirdah en septembre 2024, évoquant des dépassements de "+2 km/h à l’aller, +1 au retour". "Il va vite être rentabilisé ce radar, je crois. Pas de flash en plus."
Ni la préfecture de Haute-Garonne, ni le ministère de l'Intérieur ne communique le nombre de contraventions délivrées par chaque radar, depuis plus de 10 ans. Mais dès la mise en service de ce radar urbain, un autre contributeur racontait avoir reçu deux amendes en trois jours. Quelques jours plus tard, un autre évoquait "quatre amendes dans la semaine". Et le flot des PV ne s'est certainement pas tari depuis.
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Devant l’appareil, le trafic représente un volume considérable : près de 40 000 véhicules, dont 3 000 poids lourds, passent chaque jour à cette entrée de Toulouse, selon les derniers comptages de Toulouse Métropole, réalisés en mai 2025.
Un contrôle discret, des recettes nationales
Installé en mars 2022, le radar verbalise depuis le 2 avril 2024. Quatre autres appareils entraient alors en service à Toulouse : les radars de vitesse du 23, avenue Georges-Pompidou (Jolimont) et du 24, boulevard Matabiau (Chalets), et ceux affectés aux feux rouges au 104, boulevard Pierre-et-Marie-Curie (Barrière de Paris) et au 298, avenue de Grande-Bretagne (Cartoucherie).
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Lors de ce lancement, la préfecture annonçait "un petit panneau entre 20 et 50 mètres en amont des radars urbains", selon la configuration des lieux. Une signalisation qui n’est pas présente à Sesquières. De quoi nourrir le sentiment de piège et le procès en "machine à cash".
Le déploiement des radars relève de l’État, sur des sites proposés par le préfet, concertés à Toulouse avec la Métropole, selon l’accidentalité et la présence d’usagers vulnérables.
L’État encaisse les amendes, réparties nationalement : fonctionnement du contrôle automatisé, infrastructures de transport, aménagements des collectivités, prise en charge des blessés et, pour une fraction, désendettement de l’État. L’argent ne revient donc pas directement à Toulouse. Sur l’avenue, le radar poursuit son contrôle sans éclat, au milieu du vacarme des moteurs.