"Ce jour-là, j’ai ressenti un sentiment de liberté" : le topless, une histoire qui n’est pas terminée
Les chiffres sur la pratique du topless n’ont jamais été aussi bas, notamment chez les femmes de moins de 35 ans. Pourtant, certaines parmi elles continuent à faire tomber leur haut sur la plage. Témoignages de jeunes femmes qui perpétuent cette pratique sur le sable héraultais.
La première fois qu’elle l’a fait, Carla s’en souvient bien. "C’était il y a six ans, au lac du Crès", se remémore la jeune Montpelliéraine. Cette après-midi-là, il n’y avait personne, alors elle a osé se mettre seins nus. "C’était pour moi une petite transgression. En tant que femme, j’ai toujours cru qu’il fallait absolument porter un haut ", affirme-t-elle avant d’ajouter, "ce jour-là j’ai ressenti un sentiment de liberté". Aujourd’hui, que ce soit à la plage comme à la rivière, cette jeune femme de 25 ans ne porte que rarement un haut de maillot de bain.
Se libérer du haut
Si faire du topless sur la plage fut une normalité, aujourd’hui, rares sont les femmes de moins de 35 ans qui poseront naturellement leur haut. Selon une étude de l’Ifop, les chiffres n’ont jamais été aussi bas : 19 % des Françaises affirment encore le faire. "J’ai longtemps eu peur du regard des autres", confie Carla. Ce cap, elle l’a surtout franchi entourée d’amies qui font du topless avec elle.
C’est aussi le cas de Sacha, originaire de Grenoble. Lorsqu’elle arrive à Montpellier pour faire des études en Art, elle décide s’y mettre, entourée de ses meilleures amies. "Ça n’est pas pour des raisons politiques, mais vraiment parce que c’est confortable", soutient la jeune femme de 22 ans en ajoutant : "Je ne veux pas forcément montrer mes seins, ni les cacher, je déteste juste les soutiens-gorge !", affirme-t-elle.
Une habitude qui se transmet
Pourtant, Sacha reconnaît qu’elle ne le fait pas dans certaines circonstances. "Avec ma famille par exemple, c’est impossible, ça me mettrait très mal à l’aise", avoue l’étudiante en Art. À l’inverse, pour Noémie, 24 ans, le topless n’a jamais été une transgression. "Dans ma famille, les seins n’ont jamais été sexualisés", lance la jeune femme. Pour cette scénographe, la pratique s’est transmise de génération en génération. Après avoir vu sa grand-mère puis sa mère le faire, elle tombe à son tour le haut à chaque baignade.
Une génération de plus en plus pudique ?
Elle aussi observe une baisse du topless sur les plages. "Je vois plutôt des mères, mais très peu de femmes de mon âge. Je pense qu’il y a un retour à la pudeur qui nous vient des réseaux sociaux. Mais c’est peut-être aussi lié aux complexes ?", se questionne Noémie. Comment expliquer que cette pratique, longtemps associée à une forme de liberté du corps féminin, soit aujourd’hui moins pratiquée par les jeunes femmes ?
Pour Vincezo Susca, professeur à l’Université de Montpellier Paul-Valéry, "la nudité est devenue galvaudée", analyse-t-il. Co-auteur du livre "Pornoculture" avec Claudia Attimoneli, le sociologue affirme que la généralisation du nu, ces dernières décennies, est en train d’atteindre un point de saturation. En conséquence : un retour à la pudeur se met en place.
Paradoxalement, d’après le sociologue, "se couvrir devient un geste plus sexualisant". Comme un relais, si le topless disparaît, la mode du string sur la plage l’a remplacé : on recouvre les seins, mais de moins en moins les fesses, "c’est une nouvelle dynamique culturelle", confirme Vincenzo Susca.
Derrière cette évolution des pratiques, l’expérience individuelle reste contrastée. Sur la plage, Carla ne se demande plus si elle doit garder son haut. Elle l’enlève quand elle en a l’envie : sans y voir ni provocation ni revendication. Six ans après avoir vécu son premier topless comme "une petite transgression", le geste est, pour elle, devenu banal.
Seins nus : attention aux UV !
Le topless n’est pas dangereux en soi. Le risque vient surtout de l’exposition au soleil des zones habituellement couvertes par le maillot de bain. Les rayons ultraviolets (UV) sont le principal facteur de risque des cancers de la peau. Une exposition excessive peut provoquer des lésions irréversibles de l’ADN et favoriser, à terme, l’apparition de mélanomes ou de carcinomes.
Les coups de soleil sont particulièrement à éviter : les expositions intenses et intermittentes, notamment celles qui provoquent des brûlures, augmentent le risque de mélanome. Et contrairement à une idée reçue, bronzer ne protège pas la peau : le bronzage est déjà une réaction de défense face aux UV.
Alors, faut-il renoncer au topless ? Pas nécessairement, mais mieux vaut éviter de s’exposer aux heures où les UV sont les plus intenses, rechercher l’ombre et protéger les zones découvertes. L’Institut national du cancer recommande notamment de limiter l’exposition entre 12 heures et 16 heures en métropole et d’utiliser une protection solaire en complément des vêtements et de l’ombre.