France: Canicule: les refuges pour faune sauvage n'arrivent plus à suivre
Publié4. août 2026, 13:01
FranceCanicule: les refuges pour faune sauvage n'arrivent plus à suivre
Les structures d'accueil d'animaux sauvages françaises sont confrontées à un afflux de patients hors norme en raison des vagues de chaleur extrêmes. Jusqu'à saturation.

«On craint que ça soit de pire en pire chaque année.» Alors que la France enchaîne les épisodes caniculaires, le refuge pour faune sauvage du Tichodrome, dans les Alpes (sud-est), fait face à un afflux de patients «hors norme». Plus de 540 animaux sont arrivés en juin dans cette petite structure associative perchée dans la montagne à 20 km au sud de Grenoble, un quart de plus qu’en juin 2025 et deux fois plus qu’en juin 2018.
Les appels téléphoniques ont eux aussi explosé, contraignant le centre à temporairement restreindre l’accueil et fermer son standard. En cette fin juillet, le flux a ralenti, mais ils sont encore près de 200 pensionnaires, dont de nombreux oiseaux et des mammifères, hérissons, renards ou écureuils.
Les poussins se jettent hors du nid surchauffé
Un pic d’animaux qui arrive en été, c’est «quelque chose d’habituel». Mais nous parlons cette année de «proportions totalement inhabituelles», résume la directrice du centre, Mireille Lattier, désignant les dizaines de cages, volières ou cartons troués qui accueillent les bêtes à poils ou à plumes, partout où il y a de la place dans la maison et dans le jardin.
En cause, la longue vague caniculaire de juin, qui a coïncidé avec la période de reproduction de nombreuses espèces. Un moment de grande vulnérabilité. «Beaucoup d’espèces nichent sous les toits, dans le bâti, typiquement le martinet noir, mais aussi les moineaux. Et ils souffrent non seulement de la chaleur, mais de la sécheresse», explique Mireille Lattier. Les poussins se jettent hors de leur nid surchauffé avant de savoir voler.
«À un moment, humainement et logistiquement parlant, on sera à court, on n’y arrivera plus»
Pour ces espèces déjà en déclin, la canicule se traduit par une «hécatombe» d’oiseaux morts, mais aussi une multiplication d’individus «en mauvais état», se désole Marjorie Guillem, soigneuse au centre. Mais les autres espèces ne sont pas épargnées non plus et «on craint que ça soit de pire en pire chaque année. Et, à un moment, humainement et logistiquement parlant, on sera à court, on n’y arrivera plus», s’alarme la jeune femme.
«Si chaque été ressemble à celui-ci, oui, ça va vraiment être compliqué», abonde Mireille Lattier. Elle redoute un effet ciseau entre des phénomènes climatiques de plus en plus intenses et la «fragilité» structurelle des centres de soins, dont les financements reposent beaucoup sur des dons et restent en grande partie «aléatoires».
Le Tichodrome est loin d’être le seul centre d’accueil des animaux sauvages en difficulté: sur la centaine existant sur le territoire français, «70-80% ont été contraints de fermer pour saturation pendant la phase de canicule de juin», selon leur fédération, le Réseau des centres de soins de la faune sauvage. «Le mois de juin a été terrible (...) Ça n’était jamais arrivé dans l’histoire que la majorité des centres soient tous obligés de fermer en même temps», indique sa directrice, Manon Tissidre.
«On reçoit des animaux qui sont de moins en moins sauvables»
Selon elle, la question à ce stade n’est plus la canicule, ni les incendies, ni les tempêtes de l’hiver sur le littoral qui ont coûté la vie à au moins 30'000 macareux, mais le fait que ces centres sont «dans un état de crise permanente, parce que les moyens sont toujours insuffisants par rapport à la demande, même quand tout va bien».
«On sent qu’il y a une accélération dramatique de l’érosion de la biodiversité, sans commune mesure. En plus, on reçoit des animaux qui sont de moins en moins sauvables», souligne Manon Tissidre, évoquant des équipes au «désespoir».
Les centres de soins ne peuvent en aucun cas compenser à eux seuls le changement climatique et la dégradation globale des habitats des animaux: «On essaye d’éponger un tsunami avec une petite éponge», conclut-elle, dénonçant «une énorme carence sur le plan de la décision politique».

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