Canicule : bactéries, métaux, température… L’eau du robinet est-elle toujours potable quand il fait si chaud ?
Alors que la cinquième vague de chaleur de l’année se poursuit dans l’Hexagone, l’eau du robinet sort parfois à une température désagréable. Elle est d’autant plus contrôlée lorsqu’elle est tiédie par la canicule, afin d’éviter tout risque de contamination microbiologique ou chimique. On vous explique.
Alors que la sécheresse sévit et que 40 000 logements subissent des coupures d’eau au robinet, de nombreux foyers constatent que l’eau qui sort manque de fraîcheur. Se servir un verre d’eau du robinet et découvrir, une fois dans la bouche, que l’eau est tiède… N’est pas très agréable, on en convient. D’autant plus que cet inconfort s’accompagne d’une augmentation des risques.
Face aux fortes chaleurs, les services sanitaires augmentent les contrôles et les traitements, au cas par cas, pour que l’eau du robinet reste potable. Directrice du Centre d’information sur l’eau (CIEAU), Nathalie Davoisne rassure : "Une eau plus chaude, ça ne signifie pas qu’elle est impropre à la consommation." Les autorités sanitaires recommandent de consommer une eau sous les 25 °C, au-delà, cette température constitue un signal de vigilance pour les services chargés de la qualité de l’eau. Les consommateurs sont invités à laisser couler un peu d’eau avant d’en boire.
Risque microbiologique
Le premier risque auquel on pense, quand l’eau ressort tiède d’un robinet, c’est le risque microbiologique (Légionelles, E. coli). "Une température plus élevée, elle peut favoriser le développement de micro-organismes. C’est pour ça que la température est un facteur de vigilance", pose Nathalie Davoisne. Aussi, nous explique la directrice du CIEAU, les Agences régionales de santé, qui veillent sur la qualité de l’eau, s’adaptent en permanence en fonction des résultats : "Pendant les fortes chaleurs, il y a un suivi de la désinfection renforcé, des modalités de traitement qui peuvent être adaptées en fonction de la situation locale."
Car ce qui sort de nos robinets, c’est un véritable "produit du terroir", assure cette passionnée de gestion de la ressource en eau : "C’est un produit qui vient de la terre et qui se charge des différents organismes, des différents minéraux qu’il aura rencontrés. On n’a pas la même eau dans le Nord et dans le Sud."
Surtout, nous explique l’immunologiste et professeur agrégé en santé publique Yves Levy, "pour que des bactéries prolifèrent il faut des nutriments et si l’eau est de bonne qualité, elles n’ont rien à manger". En revanche, et c’est une bonne nouvelle, "les virus n’aiment pas les températures chaudes", complète le coauteur de Tout savoir sur l’eau du robinet (CNRS Éditions, 2013).
Risque de contamination physico-chimique
Plus méconnu, le risque de contamination de l’eau par des métaux peut augmenter avec la chaleur. En stagnant dans les canalisations, l’eau peut se charger en zinc, en fer, en plomb… "La température peut favoriser le détachement de certaines particules", explique Nathalie Davoisne. Bien sûr, une eau à 25-30 °C, comme ça a été observé cet été, ne transforme pas en quelques minutes nos tuyaux en laboratoire de physique-chimie. Pour les consommateurs, laisser couler l’eau après une période de stagnation fait partie des principaux gestes recommandés.
Autre question sur le risque chimique : celle du chlore. Ce produit bien connu, utilisé pour traiter l’eau, se dégraderait avec la chaleur, nous explique Maxime De La Raudière, de Selectra, entreprise spécialisée en conseil sur les énergies : "Le chlore peut faire moins d’effet dans l’eau chaude, donc on va être obligé d’ajouter plus de chlore pour nettoyer l’eau."
Le tout sous des seuils très spécifiques, définis au cas par cas par les autorités sanitaires. Les autres traitements vont parfois être modifiés en fonction des températures, confirme Nathalie Davoisne : "Il est parfois nécessaire soit d’augmenter la chloration, en tout cas d’adapter les systèmes de désinfection."
Et bien sûr, rappelle Yves Levy, c’est toute la chaîne de l’eau qui doit être surveillée : "Si l’eau brute utilisée pour faire l’eau potable n’est pas de bonne qualité, si l’usine de potabilisation n’est pas totalement adaptée, si le réseau est de mauvaise qualité…" À la lumière de la rigueur des contrôles, 18,5 millions d’analyses par an, rappelle le ministère de la Santé, la potabilité de l’eau est suffisante, rassurent Nathalie Davoisne et Maxime De La Raudière. Pour les consommateurs, il suffit de laisser couler l’eau dans certaines situations afin de garantir sa qualité (retour de vacances et canicule donc). Le reste, "ce sont des caractéristiques organoleptiques", explique la directrice du CIEAU, soit le goût, l’odeur et la température.
Les bons gestes
- En cas de départ prolongé de votre domicile (plus de 24 h), faites couler l’eau pendant une à deux minutes avant de la boire ou de l’utiliser pour cuisiner.
- L’eau inutilisée peut être récupérée pour la chasse d’eau, du ménage ou l’arrosage des plantes pour ne pas la gaspiller.
- Ne laissez pas de l’eau stagner quand il fait chaud. L’eau destinée à être bue doit impérativement être conservée au réfrigérateur.