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« Ça n’est pas que de l’auto défense, c’est aussi une façon d’être, de renaître » : après avoir subi des violences, ces femmes s’entraînent à la boxe et reprennent confiance en elles

Après une pluie de coups sur le sac de frappe, le temps de reprendre son souffle, de siffler une bouteille d’eau, Sonia* ose un regard dans le miroir. Il y a quelques années à peine, se serait-elle reconnue ? Là voilà : debout, déterminée, gants de boxe rivés aux poignets. Elle lance : « Aujourd’hui, ça n’arriverait plus, je répondrais, coup pour coup. » Au coude à coude, les sept femmes qui l’entourent acquiescent, mi-graves, mi-heureuses : ensemble, avec l’association Harpèges, elles avancent sur le chemin de la reconstruction, aussi long soit-il.

Après avoir subi des violences (1), souvent de la main de leur ex-conjoint (2), elles participent deux fois par mois à un atelier de reprise de confiance en soi. L’équipe est ouverte à toutes celles qui le souhaitent, sur réservation auprès de l’association (3). Ce samedi 19 septembre 2026, ces apprenties boxeuses ont repris le maillot de la « S-Team » et la route d’un gymnase de Cagnes-sur-Mer, mis à disposition par le centre communal d’action sociale. Tout un symbole dans cette ville meurtrie par les féminicides de Salomé, en 2019, et de Gigi, en 2024. L’une avait 21 ans, l’autre 46. Depuis, la Maison régionale des femmes Olympe-de-Gouges, gérée par Harpèges, a ouvert ses portes en octobre 2025 (4).

À l’occasion de cette rentrée, une délégation municipale menée par le nouvel édile Bryan Masson est venue saluer la poursuite de cette initiative associative, lancée en janvier 2024 sous la précédente mandature.

« Se rencontrer par le sport, se réapproprier l’espace et son corps, ça aide à changer son regard, à ne plus être enfermée dans ce statut de victime », appuie Marjorie Oussadon, élue au droit des femmes et à la prévention des violences intrafamiliales. Violences qui font de plus en souvent l’objet d’interventions de police.

« Il y a une libération de la parole. De plus en plus de femmes osent demander de l’aide, porter plainte », observe Yannick Wespelaere, policier national et coach de la S-Team. Entraîneur du club de boxe anglaise de la "PN" des Alpes-Maritimes, il a créé ce projet après avoir été sollicité par l’ancienne commissaire de Cagnes et Saint-Laurent-du-Var, Audrey Basquin. « Ça n’est pas que de l’auto défense. C’est aussi une façon d’être, de renaître, de se tenir, de se déplacer. De faire groupe. Et de lâcher prise », complète celui qui est devenu un pilier, un ami.

« La porte que ma famille a refermée, l’association l’a rouverte »

À l’issue de la séance, une méditation yoga détend les nerfs, délie les langues. « Quand on est en sécurité, on parle de manière très authentique », abonde Florence Giraudon, bénévole d’Harpèges. Psychologue à la retraite, elle tend une oreille, une main sororales, après chaque cours.

"Après tout ce qu’on a traversé, au final, une autre vie nous attend. Une vie debout."

« La boxe peut faire ressurgir des gestes, des situations traumatisantes. Il faut essayer de contenir cette violence intérieure. Ici, elles apprennent à s’amuser en étant agressives pour de faux, entre elles, en confiance, avec bienveillance. Ça permet de sortir d’un schéma, de conjuguer ses traumatismes au passé ». Pour mieux les conjurer.

« Au début, ça semble impossible. Mais on y arrive. Le pire est passé. Après tout ce qu’on a traversé, au final, une autre vie nous attend. Une vie debout », confie Luljeta*, la trentaine, maman de deux pitchouns.

"Avec ces femmes qui sont autant d’exemples, j’ai compris que je n’étais pas seule, que j’étais capable."

« La porte que ma famille a refermée, l’association l’a rouverte. Ça m’a aidée de couper les ponts avec cet entourage qui soutenait mon ex-mari, malgré tout le mal qu’il faisait. En arrivant ici, avec ces femmes qui sont autant d’exemples, j’ai compris que je n’étais pas seule, que j’étais capable. Que je pouvais être fière de moi. »

Et si elle doute, il n’y a qu’à regarder l’admiration dans le regard de ses gamines. Jouant à trappe-trappe et à la marelle pendant que maman fait du crochet - gauche, droite, uppercut - ces femmes en devenir savent qu’à l’avenir, elles pourront mettre un poing final aux violences sexistes et sexuelles.

*Prénoms modifiés.

(1) Numéros d’appel d’urgence : 17, 112 ou par SMS au 114 (contact gratuit). Le 3919 est le numéro d’écoute national « Violences Femmes Info ».

(3) Harpèges : 04 93 90 85 66. Pour les femmes adultes victimes de violences ou en situation de précarité, les séances se déroulent deux fois par mois. Participation libre à partir d’un euro par séance (reverser pour prendre un verre, déjeuner ou faire une sortie)

(4) Contact : 04 22 70 03 81. Adresse : 77 avenue Cyrille Besset, 06800 Cagnes-sur-Mer. Horaires : Lundi au vendredi de 9 h à 12 h 30 et de 13 h 30 à 17 h (Fermé samedi et dimanche)

« Ça n’arrive pas qu’aux autres »

« Ces violences, physiques, psychologiques, nous concernent tous. On connaît forcément quelqu’un autour de soi qui a ou subi actuellement ces abus. Et parfois, c’est nous qui avons besoin d’aide. Ça n’arrive pas qu’aux autres », rappelle Priscilla Betti, chanteuse et actrice niçoise. Marraine de l’atelier, elle est venue encourager ces « femmes fortes. Je n’aime pas le mot victime. C’est trop réducteur. Ce sont des femmes avant tout. Avec leur fardeau, avec leur silence. Leur courage, aussi. Ce sont des queens. » Des reines sans couronnes.