"Ça doit faire partie de ma crise de la cinquantaine !" : ces adultes qui apprennent à nager sur le tard
Alors que tout le monde se rue vers les plages pour se rafraîchir en mer, nombreux sont les adultes qui ne savent pas ou peu nager. Certains ont passé la porte, envers et contre toutes les craintes et hontes, des clubs de natation. Il leur a fallu du courage et beaucoup d’esprit d’équipe pour apprendre, et ils ne sont pas déçus !
"Il y a beaucoup d’adultes qui se disent : Je n’ai plus l’âge d’apprendre à nager." Quelques irréductibles osent pourtant passer les portes des piscines pour se rassurer, se préparer à se baigner en mer, ou tout simplement pour se sentir fiers.
Naïm voit passer tous les profils lors de son cours de natation adulte avec le MUC (Montpellier Université Club Natation) : "J’ai eu Sia qui m’a beaucoup marqué. Elle venait d’avoir un petit et elle voulait absolument le ramener dans l’eau. Ou Ryad… Ryad, il est borné mais dans le bon sens du terme. S’il ne réussit pas à faire l’exercice sur 100 mètres, il va continuer jusqu’à ce qu’il y arrive." Le maître-nageur est fier de voir ces adultes se jeter à l’eau après quelques mois de pratique. De non-nageurs, ou mauvais nageurs, ils ont progressivement passé le cap de la brasse, du crawl, et même du dos crawlé. Le petit bassin s’est vidé. Le grand, désormais, les attend.
Mise à l’eau
"Je n’avais jamais appris à nager, nous raconte Anne, 56 ans. Mes enfants, je leur ai fait prendre des cours, ils savent parfaitement nager. Ça fait partie des choses que j’ai envie de savoir faire, même à mon âge. Ça doit faire partie de ma crise de la cinquantaine ! C’est un super défi !" En septembre 2025, elle a rejoint l’Union sportive des nageurs de Montpellier pour quelques cours. "Je ne savais pas ce que j’allais trouver [dans les cours]. En fait, c’était très hétéroclite. Il y avait des gens qui avaient peur de l’eau, des gens de tout milieu", nous raconte la quinquagénaire depuis son bureau dans un magasin de matériel agricole. Anne n’avait pas peur de l’eau, mais elle n’en profitait pas pour autant. Problème réglé. En quatre mois, la magie s’est produite : elle peut désormais nager aux côtés de ses enfants.
Avec le MUC, Pierre a pu réapprendre à nager après 40 ans passés loin de l’eau : "Je redémarrais à zéro", explique le sexagénaire. Pierre n’avait pas encore eu l’occasion de prendre des cours. Il y a trois ans, il s’est inscrit pour 300 euros (par an) et a commencé les leçons hebdomadaires. Il y a vite pris goût : "C’est toujours plaisant de pratiquer avec d’autres nageurs. Et les maîtres-nageurs sont bien, l’encadrement est parfait !" Bientôt, cet habitant de Castries pourra aller profiter du littoral : "On a la mer qui est à côté. Je ne m’y suis pas aventuré tant que ça puisque j’avais perdu tout au niveau de la nage."
C’est bon de progresser
Également élève au MUC, Barbara est l’une des plus jeunes du groupe. À 37 ans, la rédactrice web "ne savait pas faire 25 mètres". À la rentrée dernière, elle est arrivée au premier cours avec une petite brasse. Désormais, elle dégaine volontiers son Pull Buoy pour perfectionner ses mouvements de bras au crawl. "Bon, ce n’est pas encore parfait, admet la jeune femme. Mais je compte encore me perfectionner."
L’ambiance du groupe aide. Les adultes se soutiennent, se comprennent, et s’acceptent surtout. Le jugement est proscrit : "J’ai fait connaissance avec plusieurs personnes, notamment deux sœurs qui avaient à peu près le même niveau que moi. Je me suis beaucoup inspirée d’elles, de leur aisance dans l’eau, leur fluidité, ça m’a aidée de les observer."
On entend beaucoup de fierté dans la voix de Naïm quand il parle de ses élèves du MUC : "En une année, quelqu’un qui a réussi à faire du crawl, du dos crawlé, de la brasse, je trouve ça bien." Le "déblocage" est parfois compliqué, d’autant plus que "les adultes ne savent pas toujours qu’ils ont peur de l’eau". Il faut s’atteler à des exercices qui, dans l’esprit des vieux singes, ont des airs de grimaces : "Quand je demande de mettre de l’eau dans la bouche et de la recracher sur la gouttière, ou de faire l’étoile sur le dos, ils me demandent pardon, s’amuse le maître-nageur. Mais la peur de la profondeur, la peur de couler, la peur du remplissage… Tout ça se déconstruit de la même manière chez les adultes que chez les enfants."
+ 16 % de noyades mortelles
Pour le moment, aucun travail scientifique ne fait de lien entre la capacité à nager et le risque des noyades, pose France Info. Beaucoup d’entre elles se produisent dans des zones de baignade dangereuses, non surveillées, ou à cause de courants imprévisibles ou de malaises. À l’été 2025, le nombre de noyades mortelles a bondi de 16 %, passant de 350 à 409 décès. Les autres noyades sont, elles, passées de 1 246 à 1 418, soit une hausse de 14 %, note Santé publique France. "Ces résultats soulignent la nécessité de poursuivre la prévention sur le risque de noyades à tous les âges, particulièrement pendant les périodes de fortes chaleurs et tant que les conditions de baignade sont propices", conclut SPF. Selon les conclusions de sa dernière étude de 2025, relative à des données recueillies entre 2018 et 2021, le principal facteur de risque de noyade est l’âge. Les plus de 65 ans ont ainsi trois fois plus de risque de décéder ou de garder de graves séquelles d’une noyade que les 0 à 5 ans. Les noyades concernent par ailleurs davantage d’hommes que de femmes, et se produisent davantage en piscines privées ou en plan d’eau non surveillé qu’en mer. La consommation d’alcool avant la baignade est un autre facteur de risque, de même que les malaises dans l’eau.
Info Gouv identifie quant à lui quatre facteurs de risque de noyade : le choc thermique, la consommation d’alcool, la baignade non surveillée et la surestimation de ses capacités. Pour cette dernière, le site souligne le fait que "nombre d’accidents surviennent lorsqu’un nageur surestime ses capacités physiques ou méconnaît les caractéristiques du milieu naturel (courants, marées, profondeur). La fatigue, une mauvaise condition physique ou une maladie chronique peuvent provoquer une perte de contrôle soudaine dans l’eau".
Au début de l’été, le président de la Fédération française de natation, Gilles Sezionage déplorait qu’en France "l’apprentissage de la natation n’est toujours pas considéré comme une priorité nationale". Dans un communiqué, il écrivait avec la Fédération des professionnels de la piscine et du spa que "le prochain drame n’est pas une fatalité. Il est en partie, prévisible et donc évitable". Les derniers chiffres sur la capacité de nage des Français, publiés par SPF en 2017, estimaient à 30 % la part de sondés ne sachant pas nager plus de 50 mètres.