C’est quoi le virus Shamonda, détecté chez des bovins et qui inquiète les éleveurs ?
Cet orthobunyavirus a été détecté en France dans le Doubs, le Jura, en Savoie, en Haute-Savoie et dans l’Ain, selon le ministère de l’Agriculture.
Par Vincent Gibert avec AFP

QUENTIN DE GROEVE / Hans Lucas via AFP
Des vaches dans un pré en face d’une ferme sur la commune de Corn (Lot), le 7 août 2026.
Nouveau moment de tension pour certains éleveurs bovins. Un virus de la famille des orthobunyavirus, de type Shamonda, a en effet été mis en évidence dans un temps record après une multiplication de cas de fièvre et de diarrhée chez les vaches en Suisse, en France et en Allemagne.
Le virus, non transmissible aux humains et diffusé par des petits insectes piqueurs, entraîne des baisses de production laitière pendant quelques jours et aura possiblement un impact sur la reproduction des animaux.
Cet orthobunyavirus de type Shamonda a été détecté dans le Doubs, le Jura, en Savoie, en Haute-Savoie et dans l’Ain, selon le ministère de l’Agriculture, qui affirme « qu’en termes de gravité, cela n’a rien à voir avec la dermatose nodulaire contagieuse (DNC) ».
Son impact est pour le moment jugé faible dans les élevages touchés, selon le ministère, qui ajoute que ces virus ne sont pas réglementés au niveau européen et ne font donc l’objet d’aucune mesure officielle de surveillance et de lutte bien que les autorités collaborent « avec les scientifiques et les organisations professionnelles ».
Le virus est proche de la maladie de Schmallenberg qui avait touché les troupeaux d’Europe de l’Ouest à partir de 2011 et entraîné avortements et malformations fœtales.
A priori il n’a « pas d’impact pour la santé publique, y compris pour la consommation du lait », affirme auprès de l’AFP Jean-Luc Guérin, professeur à l’École nationale vétérinaire de Toulouse et chercheur à l’Inrae.
« Tous les éléments s’accumulent contre nous »
Dans les exploitations agricoles, ce nouveau virus ne ravit guère les éleveurs. « Tous les éléments s’accumulent contre nous », se désespère l’un d’entre eux au micro de BFMTV. « À un moment, on a envie de baisser les bras. Cela va être compliqué de motiver les troupes pour reprendre les fermes. »
« On s’est demandé ce qui nous tombait encore sur la tête et on ne trouvait pas, donc on avait peur que ce soit un variant de la DNC », commente un autre éleveur auprès de France 3 Auvergne-Rhône-Alpes. Rapidement, 80 % de son troupeau a été touché, entraînant une baisse conséquente de la production laitière. « On a perdu 4 000 litres en dix jours, soit 10 % de pertes. Pour une exploitation comme la nôtre, c’est énorme parce qu’on a des emprunts à rembourser. Ça représente environ 4 000 euros de pertes au mois de juillet, qu’on n’aura pas », fait-il le calcul, amer.
Il y a moins d’un an, les éleveurs bovins avaient été largement impactés par la dermatose nodulaire. Pour cette maladie, plus grave et plus contagieuse, l’abattage de l’ensemble du troupeau était obligatoire dès qu’un cas était détecté. Résultat, les professionnels avaient dû tuer 3 000 vaches en France.
Un éleveur à Jetterswiller, dans le Bas-Rhin, est lui certain que Shamonda est déjà passé dans son élevage, malgré l’absence de tests. « Il y a eu des symptômes : ce sont des animaux qui mangent moins, de la diarrhée, des chutes de lait... », explique-t-il à France 3 Grand Est, affirmant que ses vaches produisent environ cinq litres de moins qu’en temps normal.
« Il va falloir surveiller les impacts sur la reproduction, les avortements et les malformations fœtales. Les recherches par les entreprises de vaccins sont déjà en train d’être mises en place, mais elles prendront des mois », éclaire par ailleurs le professeur Jean-Luc Guérin, qui ne veut pas céder à l’affolement : « il faut être très prudent : il y a effectivement un phénomène sur le terrain, qui nécessite que les éleveurs soient informés, mais pas de panique ».