"C'est plus rapide et facile que de rester assis dans un bureau à travailler dur": malgré les risques, des jeunes Taïwanais empruntent des centaines de milliers d'euros pour profiter de la bulle de l'IA
"C'est plus rapide et facile que de rester assis dans un bureau à travailler dur": malgré les risques, des jeunes Taïwanais empruntent des centaines de milliers d'euros pour profiter de la bulle de l'IA
Publié aujourd'hui à 12h47
Lire dans l'appAttirés par la très forte hausse du marché boursier de Taïwan, des particuliers empruntent pour acheter des actions d'entreprises du secteur de l'intelligence artificielle. Mais les très fortes fluctuations des indices font courir le risque de lourdes pertes.
En plein envol de la Bourse de Taïwan, Lucas Chen, employé dans l'immobilier, a emprunté l'équivalent de 136.000 euros pour acheter des actions dans le secteur technologique. En six mois, il a quadruplé sa mise. Et fait fi des risques. Lucas Chen fait partie d'un nombre croissant de particuliers qui s'endettent pour investir sur le marché boursier de l'île, dont le principal indice a bondi de 59% au cours du premier semestre grâce à l'explosion de la demande en composants pour l'intelligence artificielle (IA), comme les puces fabriquées par le géant taïwanais TSMC. Mais cette activité fait courir le risque de lourdes pertes, souvent passées sous silence dans les récits en ligne.
"Le premier semestre a été complètement fou. La frénésie totale", se remémore Lucas Chen.
Âgé de 34 ans, il s'est lancé en Bourse il y a 10 ans, mettant ses primes de côté pour acheter des actions TSMC - qui représentait environ 45% du marché boursier taïwanais en fin d'année 2025. Il touche un salaire mensuel de 50.000 nouveaux dollars de Taïwan (environ 1.360 euros). Et voyant début 2026 une "bonne opportunité", il a contracté trois prêts bancaires d'un total de 5 millions de la même devise (environ 136.000 euros). Avec sa nouvelle Tesla comme garantie de l'un deux. Il a tout investi dans le secteur technologique, dont la moitié dans TSMC ; son portefeuille valait ainsi quelque 20 millions fin juin.
"La génération plus âgée dirait qu'emprunter de l'argent n'est pas une bonne chose", "mais si l'on fait soigneusement ses calculs", les risques sont "maîtrisables", pense-t-il. Maîtrisables, vraiment ? S'il a profité de retombées positives du marché, l'influenceur financier Yeh Yu-shuo a aussi constaté les dangers de la frénésie d'achat d'actions dans son groupe Facebook, où des centaines de milliers de membres échangent des conseils d'investissement. "J'ai lu des messages de personnes disant vouloir sauter d'un immeuble", assure-t-il.
Des pertes colossales
Début août, un internaute anonyme a raconté avoir investi 10 millions de nouveaux dollars taïwanais (270.000 euros) ces derniers mois, dont 6 millions provenant d'un emprunt immobilier, et en avoir perdu près de la moitié. "Depuis le mois dernier, je me réveille en pleine nuit, pris de panique", témoigne ce particulier sur le groupe.
"J'ai consulté un psychiatre, je me suis même rendu au temple, mais rien ne m'a aidé."
À Taïwan, beaucoup de boursicoteurs ambitieux se sont tournés vers les banques ou les courtiers. Les banques taïwanaises disposent de niveaux de dépôts "sans précédent", en partie du fait de la stagnation des prix de l'immobilier, et sont très disposées à accorder des prêts.
Conséquence, les jeunes "achètent des actions à tout va", observe Norman Yin, professeur d'économie monétaire et bancaire à l'Université nationale Chengchi. "Si j'emprunte de l'argent à une banque pour acheter des actions, je pourrais gagner en une journée plus que ce que je touche en un mois avec mon salaire", expose-t-il. "C'est plus rapide et facile que de rester assis dans un bureau à travailler dur."
Crainte de passer à côté de l'eldorado
La Commission de surveillance financière de Taïwan a déclaré que, dans l'ensemble, "le risque de crédit reste sous contrôle". Mais la Bourse a commencé à publier des vidéos sur les réseaux sociaux pour mettre en garde les jeunes investisseurs contre les risques de défaut de paiement. Car les réseaux sociaux taïwanais regorgent de publications d'individus disant gagner des sommes colossales et qui quittent leur emploi pour se consacrer au trading.
"Quand on voit quelqu'un gagner en deux jours l'équivalent de deux ou trois mois de salaire, ouah, c'est vraiment dur à encaisser", explique Jerry Lee, 30 ans, un investisseur qui se dit "prudent" mais admet suivre avec envie ses amis vantant leurs gains.
Les réseaux sociaux donnent l'impression que "tout le monde gagne" et "quand les cours baissent, ils n'en parlent pas", souligne-t-il.

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Les marchés financiers mondiaux ont atteint des sommets historiques cette année, portés par la demande dans l'IA : centre de données, matériel, logiciels... Mais cette hausse s'est heurtée à un mur fin juillet, pénalisant notamment la tech, en raison notamment d'une crainte de survalorisation.
La probable remontée des taux d'intérêts américains noircit aussi le tableau des investisseurs. L'indice boursier taïwanais a chuté d'environ 16% entre son plus haut historique du 22 juin et le 30 juillet, tandis que le marché sud-coréen, fer de lance de la hausse mondiale tirée par les technologies cette année, a plongé d'environ 40%. Mais les perspectives de gain continueront d'appâter Lucas Chen, assume-t-il : "C'est une aubaine pour notre génération".
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