"C'est le mammifère sauvage le plus stratège et le plus intelligent que nous ayons ici en Belgique"
Une pelouse retournée, des parcelles de maïs ou de colza dévastées, des prairies labourées en profondeur… ces dégâts typiques du sanglier se multiplient partout en Wallonie, et pas uniquement dans les régions rurales. Bénéficiant de conditions climatiques favorables, d'une nourriture abondante et de facultés d'adaptation remarquables, le cochon sauvage est toujours plus abondant et entreprenant.
Il est difficile de déterminer avec précision le nombre d'individus présents sur le territoire wallon, mais des indices comme l'évolution des tableaux de chasse ces dernières années attestent d'une augmentation rapide des populations.
Visite impromptue dans un appartement en région liégeoise : un sanglier de 80 kg a "saccagé" les lieux"Le tableau de chasse du sanglier ne fait que progresser depuis les années 1990. À l'époque, on était à environ 8 000 à 10 000 sangliers tirés annuellement. Aujourd'hui, nous sommes proches des 30 000. Si l'on considère qu'on tire en moyenne entre 30 et 40 % des populations chaque année, il devrait y avoir environ 120 000 sangliers en Wallonie par an avant la chasse.", explique Alain Licoppe, premier attaché au Demna, le Département de l'Étude du milieu naturel et agricole de la Région wallonne.
Mais plus que l'augmentation du nombre de sangliers, ce qui frappe cet observateur privilégié, c'est la progression géographique de l'animal. "Il y a encore 30 à 35 ans, on ne trouvait des sangliers qu'au sud du Sillon Sambre-et-Meuse. Cette espèce était étroitement liée aux massifs forestiers ardennais. Aujourd'hui, on le rencontre quasiment partout en Wallonie", constate-t-il.
"Ce n'était peut-être pas ma meilleure idée": l'étrange animal de compagnie de cette famille belge (VIDEO)Intelligence exceptionnelle
"Le sanglier est un animal exceptionnellement intelligent et stratège qui se réfugie dans les endroits où son super prédateur, à savoir l'homme, ne le poursuivra pas. Par exemple, dans les grands champs de colza et de maïs. Résultat, le sanglier se trouve dans une sorte de Relais du Silence 5 étoiles, avec une nourriture hyperqualitative et abondante à volonté", complète de son côté Benoît Petit, président du Royal Saint-Hubert Club, la plus importante association de promotion de la chasse et de défense des chasseurs en Belgique.
Ce qui frappe également ces dernières années, c'est la propension des sangliers à se rapprocher des villes. "Regardez la ville de Berlin ou la ville de Barcelone. À Barcelone, vous avez des sangliers dans les parcs. À Rome, c'est la même chose. Mais revenons en Wallonie : c'est exactement la même chose à la citadelle de Namur, à Seraing et à Liège", constate Benoit Petit.
C'est donc sans grande surprise que le sanglier s'est aussi établi à Bruxelles. "À Bruxelles, près de Tervueren, des sangliers sont présents de façon régulière et permanente. En fait, ils se rapprochent des endroits où il y a de la nourriture, mais surtout de la quiétude, car c'est ce que les sangliers recherchent avant tout. Et cette quiétude, ils la trouvent là où l'homme ne le chasse pas. C'est un animal exceptionnel. C'est une intelligence, une stratégie comportementale hors du commun. J'ose dire que c'est le mammifère sauvage le plus stratège et le plus intelligent que nous ayons ici en Belgique, en Wallonie", poursuit Benoît Petit.
De plus en plus de sangliers aperçus à Bruxelles, une situation qui pourrait mettre "en péril la sécurité des promeneurs"Résultat, des chasseurs sont régulièrement appelés à la rescousse dans les villes pour éliminer les sangliers qui s'aventurent trop près des habitations. À Seraing, un chasseur a ainsi été sollicité pour éliminer un sanglier qui s'était aventuré dans une cour d'école.
Dégâts dans les cultures
Plus que les citadins, ce sont les agriculteurs qui payent le plus lourd tribut à la multiplication du suidé.
"Les cultures le plus souvent endommagées sont les champs de maïs et de céréales. Il y a aussi éventuellement les cultures de légumes, qui sont moins importantes en volume, mais qui sont parfois des cultures à haute valeur ajoutée et peuvent donc représenter des montants importants. Et puis il y a tout ce qui est dégâts aux prairies. Ceux-ci interviennent surtout à la sortie de l'hiver, lorsque le sanglier va creuser dans la prairie. Cela peut superficiel, ce qui n'est donc pas trop grave, mais il arrive parfois que la prairie soit retournée en profondeur parfois. Cela nécessite alors une remise en état complète du terrain, ce qui peut évidemment être assez coûteux", déplore Alain Licoppe.
"Lorsque le sanglier atteinte une trop forte densité, il consomme en outre toutes les graines, que ce soit glands ou faines. C'est donc tout le cycle forestier qui s'en retrouve bouleversé. En outre, le sanglier, qui est omnivore, se nourrit principalement de matières végétales, mais a également besoin de matières animales. Il peut donc prédater de petites espèces. À un moment donné, lorsque les densités de sangliers sont trop fortes, c'est toute la faune liée au sol qui peut se retrouver menacée", poursuit l'agent du Demna.
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Les risques pour la sécurité humaine sont quant à eux relativement limités." Le sanglier se défend dans deux situations : lorsqu'il est acculé et blessé ou lorsque la laie a des marcassins. Dans ce cas, comme toute excellente mère – une poule fait la même chose - elle risque de vous attaquer", observe Benoît Petit. "Cet été, à Mont-sur-Marchienne, un enfant a laissé échapper son ballon en dehors du terrain de football, en allant le récupérer dans les broussailles, le petit garçon a été mordu assez fortement au bras par un sanglier. Ce sont des situations excessivement rares. Les vrais incidents avec les sangliers sont plutôt liés à la circulation routière", assure notre interlocuteur.
Benoît Petit recommande aux personnes résidant dans une région où l'animal est présent en abondance de protéger leur jardin." Si vous habitez près d'une région où se trouvent des sangliers, placez une petite clôture, électrique ou non. Cela ne coûte presque rien et un mètre de haut suffit. C'est vraiment la grande mesure de précaution qu'il faut recommander. Finalement, le sanglier est un animal sauvage dont on peut se protéger relativement facilement."
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