Si ce bassin de Washington a viré au vert fluo, c’est la faute de Trump (et ça l’agace)
International 01/08/2026 20:45 Actualisé le 01/08/2026 21:01
Le président américain a crié sur tous les toits que du « vandalisme » expliquait le fiasco de la rénovation de l’étendue d’eau, mais la justice a conclu que l’« installation bâclée » est en cause.
Par Maxime Dhuin avec AFP
Pas de « vandalisme », mais du travail « bâclé ». Rendues le vendredi 31 juillet, ces conclusions de la justice américaine sur l’affaire du bassin du Lincoln Memorial de Washington ont des airs de camouflet pour Donald Trump. La rénovation très coûteuse de l’étendue d’eau, portée par le président américain en vue du 250e anniversaire des États-Unis le 4 juillet dernier, avait tourné au désastre.
Alors que l’eau virait au vert fluo avec la prolifération d’algues et que la peinture bleu « couleur drapeau » s’écaillait, le locataire de la Maison Blanche a rapidement crié au « vandalisme ». Un coupable avait été épinglé par le milliardaire républicain et ses soutiens : l’ex-athlète olympique David Hearn, accusé d’avoir endommagé l’immense bassin en arrachant le revêtement qui en tapissait le fond.
Mais cette piste était une impasse, a conclu le ministère de la Justice américain qui abandonne les poursuites engagées contre l’ex-sportif de 67 ans, qui a représenté les États-Unis en canoë aux JO de 1992, 1996 et 2000. Pire, dans un document présenté vendredi, la procureure fédérale de Washington, Jeanine Pirro, affirme que les dégradations étaient probablement dues à « une installation bâclée » et non à un acte de vandalisme.
« Regardez par vous-mêmes le VANDALISME qui a eu lieu »
Difficile d’accuser la femme de 75 ans de contrarier Donald Trump par plaisir : cette ex-vedette de la chaîne conservatrice Fox News est une proche alliée du républicain qui l’a nommée à son poste. Elle l’a d’ailleurs soutenu à plusieurs reprises par le passé. Mais les faits sont têtus et sur l’affaire du bassin, Jeanine Pirro a dû reconnaître qu’après l’inculpation de David Hearn, elle a reçu des centaines de mégaoctets de documents du ministère de l’Intérieur montrant que le revêtement avait connu de multiples problèmes dès son installation au printemps.
Sans surprise, le président américain n’a pas franchement apprécié être contredit par la justice et l’a fait savoir sur son réseau Truth Social. « Je suis en total désaccord avec Jeanine Pirro, […] je ne sais pas ce qu’elle pouvait bien avoir en tête », a-t-il écrit avant de réaffirmer : « Pour moi, il s’agissait clairement d’un acte de VANDALISME », a ajouté Donald Trump en faisant le parallèle avec les inscriptions « 8 - 6 - 4 - 7 » retrouvées sur une pelouse près de la Maison Blanche.
« Il y a peut-être eu quelques difficultés avec les sous-traitants, mais les dégâts les plus importants ont été causés par des VANDALES ! », martèle le chef de l’exécutif américain dans son message, qu’il a complété par une seconde publication plus cryptique. Cette dernière consiste en une vidéo floue des abords du bassin, où passe le public et où interviennent des hommes qui ressemblent à ceux déployés pour nettoyer l’étendue d’eau (que vous pouvez voir photographiés ci-dessous). « Regardez par vous-mêmes le VANDALISME qui a eu lieu », a légendé Donald Trump, pour qui « le matériau est découpé à l’aide d’un couteau ou d’un cutter, aux yeux de tous ».

CHIP SOMODEVILLA / Getty Images via AFP
Le bassin du Lincoln Memorial de Washington DC, photographié le 18 juin 2026.
L’administration Trump épinglée pour son manque de communication
Loin de la théorie du « vandalisme », les documents révélés vendredi par la justice décrivent un chantier marqué par des retards liés aux intempéries, des difficultés techniques répétées et une forte pression pour achever les travaux avant les célébrations du 250e anniversaire des États-Unis. Selon le document, un ingénieur du National Park Service avait signalé dès le 11 juin, soit huit jours avant l’arrestation de David Hearn, que certaines parties du revêtement se décollaient déjà.
L’ingénieur attribuait alors ces décollements à des erreurs de l’entreprise chargée des travaux, Atlantic Industrial Coatings, évoquant notamment un phénomène de « surpulvérisation » du matériau. Peu après sa mise en cause, David Hearn avait affirmé au Washington Post avoir « tendu la main » pour « saisir l’extrémité de ce morceau qui pendait, ce morceau qui s’écaillait déjà. Il était encore attaché au fond. Je n’ai rien retiré. »
Une inspection réalisée après l’inculpation a également conclu que des défauts d’adhésion du revêtement étaient observables à de nombreux endroits du bassin. Le document critique également l’administration Trump, accusée « d’avoir fourni des informations incomplètes au départ » aux procureurs et de les avoir « communiquées au compte-goutte ».