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"C'est important pour les générations futures": par altruisme ou par espoir, ils ont accepté d'être cobayes

Publié aujourd'hui à 08h04

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Céline Hussonnois-Alaya

Un site de l'essai clinique du vaccin d'AstraZeneca à Sao Paulo, au Brésil, le 24 juillet 2020 (photo d'illustration)

Un site de l'essai clinique du vaccin d'AstraZeneca à Sao Paulo, au Brésil, le 24 juillet 2020 (photo d'illustration) - NELSON ALMEIDA © 2019 AFP

Qu'ils soient malades ou en bonne santé, des volontaires qui ont participé à des études scientifiques et essais cliniques racontent pourquoi ils ont accepté d'être cobayes.

"C'est peut-être un peu idiot, mais j'ai pensé aux autres. Je me suis dit qu'il n'y avait pas que moi qui étais concernée, que j'avais une fille et que ça pourrait peut-être aider des femmes un jour." Bénédicte, une Avignonnaise de 65 ans, a participé à trois essais cliniques depuis qu'un cancer du sein lui a été diagnostiqué. Un cancer de type HER2 positif qui lui impose, après la chirurgie, chimiothérapie et hormonothérapie.

Son oncologue de l'Institut du cancer Avignon-Provence la prévient d'un risque important de récidive. Et il lui propose de participer à un premier essai clinique qui vise à détecter de manière précoce dans le sang une éventuelle rechute. Mais il y a deux ans, son cancer revient. Le problème: la sexagénaire se révèle résistante aux traitements proposés. On lui propose alors de participer à un nouvel essai clinique qui vise justement à étudier la résistance à l'hormonothérapie.

"Je me suis dit que le nouveau traitement qu'on allait me proposer pourrait peut-être aboutir à une rémission", confie à BFM Bénédicte, retraitée du marketing. "Mais je savais aussi que je pouvais recevoir le placebo ou que ça pouvait ne pas fonctionner."

Le protocole consiste en des injections tous les quinze jours et des comprimés à avaler quotidiennement pendant trois mois. Sans succès. La cause de sa résistance à l'hormonothérapie est trouvée: une mutation génétique dont elle est porteuse. Un troisième essai clinique qui vise à contrer cette résistance lui est proposé. Mais l'essai ne donne pas les résultats espérés et Bénédicte repart en chimiothérapie.

"Participer à une étude, c'est la possibilité d'être soignée", explique Bénédicte. "Mais c'est aussi la possibilité de faire avancer la recherche contre le cancer. Si j'ai accepté d'y participer, ce n'était pas que pour moi."

"Une étape-clé du progrès médical"

Un essai clinique est une étude scientifique menée sur l'être humain qui vise à évaluer la non toxicité, la tolérance et l'efficacité d'un traitement, d'une méthode ou d'une stratégie thérapeutique, indique l'Assistance publique-Hôpitaux de Paris. "Une étape-clé du progrès médical."

Il se déroule en quatre étapes, de la phase 1 - la première administration chez l'humain qui vise à évaluer la toxicité de la molécule - à la phase 4 qui suit l'utilisation du médicament à long terme en conditions réelles, comme le détaille l'Inserm.

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Le recrutement de volontaires est donc essentiel. Mais qui sont-ils? Certains sont des volontaires sains, c'est-à-dire des personnes en bonne santé. D'autres, comme Bénédicte, sont des patients souffrant de la maladie étudiée.

Il n'y a pas de données officielles sur le nombre total de personnes ayant participé à des essais cliniques en France. Mais on sait qu'en 2023 quelque 64.200 patients ont été inclus dans un essai clinique de recherche en cancérologie, selon l'Institut national du cancer.

"Tout le monde est aux petits soins"

C'est le cas de Stella. Si cette femme de 55 ans accepte de participer à un essai clinique, c'est surtout pour la promesse d'une prise en charge renforcée. Début 2025, un cancer du sein triple négatif - le plus difficile à soigner - est diagnostiqué à cette assistante de gestion originaire de Cavaillon (Vaucluse). Avant même le début du traitement, l'oncologue de Stella lui propose de participer à une étude évaluant l'efficacité et la tolérance d'un médicament anticancéreux par rapport à une chimiothérapie. Stella accepte.

"Ce qui m'a motivé, c'est le suivi plus poussé", assure-t-elle.

Stella n'a pourtant pas la garantie de bénéficier du nouveau traitement - un tirage au sort répartit les volontaires en deux groupes - mais elle est sûre d'une chose: elle ne sera pas seule face à son cancer. Un confort non négligeable pour la quinquagénaire.

"Quand on participe à un essai clinique, on est choyé. Rien que pour vérifier que j'étais éligible à l'essai, j'ai vu un cardiologue, un pneumologue et un ophtalmologue. Quand j'arrive pour une consultation, on me reçoit tout de suite. Tout le monde est aux petits soins. Ce sont même eux qui s'occupent de prendre mes rendez-vous médicaux."

"C'est un vrai confort quand on doit se battre contre un cancer", explique Stella. Elle n'a finalement pas reçu le nouveau traitement mais elle est pour l'heure en rémission.

"Si c'était à refaire, je le referais"

Il est souvent plus difficile de recruter les patients sains, contrairement aux patients touchés par la maladie qui peuvent espérer un bénéfice thérapeutique. La loi permet ainsi de les indemniser pour le temps qu'ils consacrent. En France, cette indemnisation est plafonnée à 6000 euros par an et par volontaire.

Marie a pour sa part reçu 875 euros. Cette jeune femme de 26 ans, patiente saine, a accepté de tester un nouveau médicament lors d'un essai clinique de phase 1. "J'ai pu passer de l'autre côté du miroir et je me suis concrètement rendue compte de toute la rigueur scientifique mise en place pour élaborer un nouveau traitement", s'enthousiasme-t-elle.

Car Marie achève sa sixième année d'études de médecine à Tours. C'est d'ailleurs l'un de ses enseignants, le chercheur principal de l'étude, qui lui propose. "Je me suis dit que ça faisait aussi partie de mes études de voir comment, concrètement, on développe un médicament."

L'essai auquel elle participe au printemps dernier s'intitule Nebuflag, un projet du CHRU de Tours qui vise à mettre au point un traitement contre les pneumonies résistantes aux antibiotiques. Dans le cas de Marie, il ne s'agit pas d'évaluer l'efficacité du traitement mais sa tolérance et son éventuelle toxicité.

"Au début, j'avais des réticences à l'idée d'être cobaye. Mais aujourd'hui, je me dis que si c'était à refaire, je le referais."

"Un geste citoyen"

Lydie*, professeure de sport à la retraite, fait partie de la cohorte E3N, une étude épidémiologique lancée en 1990 auprès de 100.000 femmes - elles sont aujourd'hui encore 60.000 à participer. Initialement, l'objectif était d'étudier les facteurs de risque du cancer du sein et du cancer colorectal, les deux localisations de cancer les plus fréquentes chez les femmes. Depuis, bien d'autres pathologies ont été intégrées, comme le diabète, les maladies cardiovasculaires ou la maladie de Parkinson.

Concrètement, il s'agit pour les participantes de répondre avec précision à des questionnaires qui leur sont envoyés en moyenne tous les deux ou trois ans. Activité physique, exposition au soleil, état de santé, prise de médicaments... Ce que fait avec application et depuis trente-six ans Lydie, 80 ans, qui vit à Vincennes (Val-de-Marne). Elle vient d'ailleurs de terminer le dernier consacré à son alimentation.

"Ce sont des questions très précises", remarque Lydie. Parmi les dernières posées, l'une portait notamment sur sa consommation de pain et de biscottes. À quelle fréquence? Combien de fois par jour? Et combien de tranches? "Il faut prendre le temps de réfléchir avant de répondre", reconnaît l'octogénaire.

Le questionnaire qui lui a donné le plus de mal est l'un des premiers qui lui a été envoyé. Elle devait indiquer la liste de tous les traitements hormonaux reçus dans sa vie. "J'étais au Burundi pour l'une de mes grossesses. Ça n'a pas été simple de tout retracer mais j'y suis quand même arrivée." Pour Lydie, participer à cette cohorte est "un geste citoyen".

"Je sais que les avancées tirées des recherches auxquelles je participe ne me profiteront pas directement. Mais c'est important de le faire pour les générations futures."

Lydie a ainsi recruté son mari, ses enfants et les plus grands de ses petits-enfants pour participer à la cohorte E3N-Générations, prolongement familial de la première cohorte qui intègre les conjoints, les enfants et les petits-enfants des femmes suivies depuis 1990.

"Œuvrer pour le bien collectif"

Gaëlle*, une informaticienne de 44 ans, fait ainsi partie de la cohorte E3N-Générations, sa mère étant de celle de 1990. "Quand ma mère m'a proposé d'intégrer l'étude, j'ai tout de suite accepté, je sais que la science a besoin de volontaires", témoigne-t-elle pour BFM. "Je trouve que c'est important de prendre un peu de son temps pour faire avancer la santé publique et œuvrer pour le bien collectif."

Elle aussi remplit consciencieusement les questionnaires qu'elle reçoit depuis depuis seize ans. L'année dernière, il lui a été proposé - comme à tous les participants de la deuxième génération - de participer au projet Brouhaha qui cherche à évaluer l'association entre l'exposition au bruit des transports et le risque de diabète de type 2 et d'hypertension artérielle.

Pendant une semaine, Gaëlle porte en permanence une montre connectée, un micro autour du cou et un capteur de glycémie, le tout associé à une application sur son téléphone. Elle doit également prendre sa tension plusieurs fois par jour, procéder à des captures sonores, photographier tout ce qu'elle mange et boit et réaliser quatre auto-prélèvements sanguins sur papier buvard.

"C'était un peu contraignant mais c'était aussi rigolo", s'en amuse-t-elle encore.

Ses collègues, prévenus, ne s'étonnent donc pas de la voir équipée d'un micro ou prendre sa tension. "C'était plutôt marrant en fait." Elle se souvient avoir fait des captures de niveau sonore en conférence sur son lieu de travail, lors d'une balade à cheval ou dans un gymnase rempli d'enfants lors d'une compétition de ping pong. "On a vraiment l'impression d'être actif et de participer à la recherche scientifique."

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*Ni Gaëlle ni Lydie n'ont été rémunérées.