« C’est frustrant quand les poubelles débordent » : comment les îles de Lérins ont relevé le défi du « zéro déchet » à Cannes
En juin 2019, les cinquante poubelles de l’île Saint-Honorat ont été supprimées. En cause : les moines qui vivent sur l’île déplorent alors une prolifération de rats et de goélands qui éventrent les sacs-poubelles, éparpillant les ordures sur tout le site.
Sept ans plus tard, sans poubelles, l’île est propre et les problèmes de nuisibles ont cessé. Le père abbé Jean-Marie Gervais félicite le bilan « tout à fait positif » de cette mesure. « Les visiteurs sont respectueux et comprennent cette démarche. Je pense qu’ils prennent conscience que leur attitude conditionne aussi l’avenir de notre planète » souligne-t-il.
Mais pour en arriver là, la communauté religieuse a effectivement misér sur la bonne volonté des promeneurs pour ramener leurs déchets sur la côte cannoise. « Prendre un petit sac et rentrer chez soi le mettre à la poubelle… Personne n’a attrapé une hernie pour ça », ironise le père abbé.
Près de l’embarcadère de l’île Saint-Honorat, Jonathan, un touriste américain, semble s’être adapté facilement à l’absence de poubelles sur l’île. « Ça ne me gêne pas. Après mon déjeuner, j’ai trouvé des fourmis dans l’emballage de mon sandwich. J’ai simplement rincé mon déchet dans l’eau, et je l’ai mis dans mon sac pour rentrer avec. Ce n’est pas très compliqué. »
Un peu plus loin, Meghan et Rebecca viennent d’Angleterre. « Sur la côte, nous logeons près d’une plage, et c’est frustrant quand les poubelles débordent et que les gens laissent leurs déchets sur place. Ici, on n’a vu aucun déchet. C’est tellement propre. Même dans l’eau, on n’a vu aucun détritus », se réjouissent la mère et la fille.
Défi relevé donc pour l’île monastique. Un succès qui a poussé la mairie de Cannes à tenter le même pari sur Sainte-Marguerite, dès 2022.
La propreté des lieux a même allégé le programme des bénévoles de l’association Jeunes Accueil Lérins (JaL). « Avant, il y avait toujours un bénévole qui faisait le tour pour ramasser les déchets et faire de la prévention. Aujourd’hui, ça ne fait plus partie de nos missions », détaille Amandine, membre de l’association.
« Le principe d’autonomie est pleinement intégré »
Depuis 2022, les visiteurs de l’île Sainte-Marguerite sont donc également invités à repartir sur la côte avec leurs déchets. Pour faciliter ce changement d’habitude, la municipalité a mis à disposition des poubelles au niveau des quais d’embarquement du Vieux-Port.
C’est d’ailleurs le seul coup de pouce encore accordé aux vacanciers. En effet, si des sacs biosourcés étaient distribués aux visiteurs lors du lancement de l’opération, ces derniers sont aujourd’hui réservés aux professionnels de l’île.
« Désormais, le principe d’autonomie est pleinement intégré. Chacun est invité à gérer ses déchets de manière responsable », présente la Ville.
Avec ses 3 000 à 5 000 visiteurs journaliers en période estivale, le pari du civisme avait de quoi susciter quelques inquiétudes.
Pas d’augmentation des incivilités
Pourtant, sur le terrain, les estivants se révèlent être de bons élèves. « La suppression des poubelles publiques n’a pas entraîné d’augmentation des incivilités. Ce constat est partagé par l’Office national des forêts et l’association des Amis de l’île Sainte-Marguerite », assure la municipalité.
De retour de l’île Sainte-Marguerite, Laetitia raconte son expérience sans poubelles et semble donnée raison à la démarche. « J’ai trouvé que pour une île sans poubelles, c’était très propre. Les gens jouent le jeu. »
Selon la mairie, quatre ans après la suppression des 300 poubelles de l’île, le pari est donc réussi. « Les premiers résultats confirment l’efficacité de ce dispositif. À titre d’exemple, en 2022, 237 tonnes de déchets avaient été collectées sur l’île, comprenant à la fois les ordures des professionnels et ceux des visiteurs. En 2023, la collecte ne concernait plus que les professionnels avec 205 tonnes ».
Sur le plan financier, les objectifs d’économie annuelle fixés à 340 000 euros par la municipalité lors du lancement de l’opération ont également été atteints « grâce à la réduction des moyens humains et matériels auparavant nécessaires au ramassage et au transport des déchets sur l’île », se félicite la commune.