Brésil : Flavio Bolsonaro, au nom du père, des fils et de la sainte idéologie
Le fils "01" deviendra-t-il le deuxième président de la famille Bolsonaro ? Flavio, l'aîné des cinq enfants de l’ex-président brésilien Jair Bolsonaro, est au coude-à-coude dans les sondages face au président sortant Luiz Inacio Lula da Silva à quatre jours du premier tour de l’élection présidentielle, qui se tient dimanche 4 octobre.
Jair Bolsonaro suit probablement de près la campagne de son fils de 45 ans. Pour le patriarche, ce n’est pas qu’une question de fierté familiale. Condamné à 27 ans et trois mois de prison après avoir été jugé coupable d'avoir participé à une tentative de coup d’État, l’ex-président ne peut qu'espérer une victoire de son fils, candidat du Parti libéral. Ce dernier lui a en effet fait une promesse : celle de le gracier sitôt arrivé au plus haut poste de l'État.
La marque Bolsonaro
Encore faut-il que l’aîné de la famille s’impose face au président sortant Lula. C’était loin d’être acquis lorsque Flavio Bolsonaro a annoncé en décembre 2025 vouloir se lancer dans la bataille.
Contrairement à son père, il n’est pas un "leader charismatique et populaire", assure Andreza Aruska, directrice de l’institut d’études brésiliennes au King’s College de Londres. "Ce n’est pas non plus un grand orateur, et il peut sembler manquer de confiance en soi", ajoute Corneel Weyers, spécialiste du Brésil au Centre de recherches internationales (Ceri) de Sciences Po Paris.
En se présentant sous la bannière Bolsonaro, le fiston a aussi dû composer avec un certain désamour politique pour son père après son procès. "Jair Bolsonaro n’est plus aussi populaire et un peu plus de la moitié de la population juge qu’il doit purger sa peine jusqu’au bout", souligne Georg Walter Wink, spécialiste de l’Amérique latine à l’université de Copenhague, qui a travaillé sur les fondements de l’extrême droite brésilienne.
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Et pourtant, c’est bien à la force de son nom que Flavio Bolsonaro s’est hissé toujours plus haut dans les sondages, jusqu’à faire désormais jeu égal avec Lula. Lors du lancement officiel de sa campagne en juillet, Flavio Bolsonaro a projeté sur scène une vidéo générée par IA de son père le soutenant. Ce n’est pas le signe d’un candidat qui chercherait à dissimuler un héritage politique encombrant. D’autant moins que c’était juridiquement risqué : condamné à la prison, Jair Bolsonaro n’a pas le droit de s’exprimer durant la campagne et l’usage des deepfakes est très strictement réglementé.
"Il y a aussi toutes les rumeurs autour du film à venir 'Dark Horse'", note Georg Walter Wink. Flavio Bolsonaro est accusé d’avoir cherché des financements pour ce biopic à la gloire de Jair Bolsonaro – incarné à l’écran par Jim Caviezel, un acteur américain proche des milieux d’extrême droite – dont la sortie au Brésil, initialement prévue pour le 11 septembre, a été reportée sine die.
Schizophrénie politique
En fait, Flavio Bolsonaro peut difficilement faire autrement que mener campagne sur son nom. "Il ne dispose de presque rien d’autre pour légitimer sa candidature", assure Andreza Aruska.
Dans un environnement politique aussi polarisé qu’au Brésil, Flavio Bolsonaro "ne peut pas se permettre de réellement prendre ses distances avec son père sans risquer de perdre des voix auprès de sa base électorale, qui l’accuserait de trahir le 'bolsonarisme'", abonde Chris Lyon, spécialiste du Brésil à l’université de Birmingham.
Au Brésil, il est également tout à fait naturel de se revendiquer d’une dynastie politique. "Il est souvent question des trois 'B' – Bible, balles, bœuf (les évangélistes, les militaires et les propriétaires terriens) – pour désigner les grands ensembles politiques, mais il y en a aussi un quatrième : la famille", souligne Georg Walter Wink.
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S'afficher avec l'héritage de son père, tout en marquant sa différence... Tout au long de sa campagne, Flavio Bolsonaro s'est ainsi adonné à un numéro d'acrobatie médiatique qui pourrait confiner à la schizophrénie politique. Car tout en revendiquant le soutien de son père, le fils a aussi "fait disparaître son nom de plusieurs supports de campagne ces derniers mois", a constaté Corneel Weyers.
Il est aussi "beaucoup moins brutal dans sa manière de parler et, contrairement à son père, Flavio Bolsonaro évite toute remarque misogyne ou homophobe ; il fait également attention à ne pas être aussi agressif à l’égard de la presse", souligne Georg Walter Wink.
Rupture de ton aussi dans la manière de se présenter. Là où Jair Bolsonaro "jouait le rôle de l'outsider en colère contestant le système, le fils revêt plus volontiers le costume de l'homme politique classique qui privilégie les compromis et sait élaborer des coalitions", remarque Chris Lyon.
Flavio Bolsonaro serait-il prêt à tuer le père pour rendre le bolsonarisme bon chic, bon genre ? En réalité, le candidat d’extrême droite répond à "un impératif tactique pour étendre sa base électorale", assure Andreza Aruska. Au Brésil, l’extrême polarisation de la vie politique a certes réduit le camp des indécis à peau de chagrin, "mais il en reste tout de même, et Flavio Bolsonaro cherche surtout à séduire une partie des femmes qui ne se sont pas encore décidées", ajoute Chris Lyon. Ce n’est d'ailleurs pas un hasard si ce dernier apparaît souvent aux côtés de son épouse, Fernanda Bolsonaro.
Une histoire de famille
"Il faut faire attention à ne pas céder à la tentation de croire que Flavio Bolsonaro serait plus modéré que son père. C’est un pur emballage médiatique, alors que le fond idéologique est exactement le même", avertit Corneel Weyers.
D’ailleurs, toute la campagne est, d’après les experts interrogés, une sorte de "coentreprise familiale pour remettre au pouvoir le bolsonarisme", résume Andreza Aruska. Derrière Flavio, il y a aussi ses frères. "Il existe une division des tâches très claire au sein du clan : Carlos joue le rôle du pittbull sur les réseaux sociaux, Eduardo, qui s’est exilé aux États-Unis, s’occupe de tisser les liens à l’international avec les autres mouvements d’extrême droite, et Flavio a été choisi pour mener la campagne car il apparaît comme le plus diplomate de la famille", détaille Georg Walter Wink.
La carrière politique de Flavio Bolsonaro démontre aussi qu’il est en parfait accord idéologique avec son père. Sénateur de l’État de Rio de Janeiro depuis 2019, "il y défend des valeurs identiques à celles portées par son père, c’est-à-dire qu’il promeut une politique sécuritaire très répressive, une défense des valeurs familiales, une politique économique inspirée du modèle mis en place par Javier Milei en Argentine et une opposition à toute réglementation environnementale", détaille Chris Lyon.
Il accumule aussi les casseroles pendant cette période. Flavio Bolsonaro est notamment accusé d’être proche des "milicias", ces groupes paramilitaires constitués d’anciens membres des forces de l’ordre. Le sénateur Bolsonaro a également été impliqué dans une affaire de détournement de salaires de fonctionnaires, close en 2025 sans condamnation.
Pour Corneel Weyers, l’enjeu pour la démocratie brésilienne est encore plus important à l’occasion de cette présidentielle car "la première fois avec Jair Bolsonaro, on se demandait à quel point il fallait le prendre au sérieux. Cette fois-ci, on sait, et le fait que Flavio Bolsonaro présente un profil plus technocratique rend la menace encore plus importante". En effet, "sa capacité à négocier et à jouer le jeu des alliances pourrait le rendre encore plus efficace pour faire progresser l’agenda du bolsonarisme", conclut Chris Lyon.