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Boissons, gâteaux, accès à l’eau, hébergement... Face à l’incendie, ces Varois se mobilisent pour soutenir les pompiers et les personnes évacuées

Au volant de sa voiture, Audrey file sur les pistes poussiéreuses des quartiers ouest de Cotignac, traversés par le feu. Elle n’a pas tiré le frein à main depuis trois jours. Cette restauratrice qui tient La Belle Époque, dans l’artère principale du village, a laissé ses deux employés en autonomie pour donner tout son temps et son énergie en soutien aux pompiers. Une énergie débordante. « Eau, café, sirop  ! », crie-t-elle à la volée en sautant de son véhicule armée d’une grosse glacière, de thermos et de gâteaux.

Les soldats du feu acceptent volontiers, la couvrent d’adjectifs affectueux. La Cotignacaise de 36 ans ne se laisse pas aller à l’émotion. Pas le temps. Pas son genre.

« Je les aide comme je peux »

« Ils ont sauvé notre village, le monastère et ma maison. Je ne peux pas être au feu avec eux alors je les aide comme je peux. » Elle slalome entre les cuves d’eau de la source Saint-Martin, monte au monastère Saint-Joseph puis à Notre-Dame-de-Grâces sauvés des flammes où plusieurs équipes sont occupées à noyer les fumerolles. Elle passe voir son ami

Florent qui l’a aidée la veille à faire la tournée, fonce chez un vieux monsieur qui a sauvé sa maison en l’arrosant.

Son mari est parti quelques jours avec leur fils de trois ans pour se mettre à l’abri. Elle, elle cherche de gros camions rouges. « Généralement, on les voit de loin, c’est pratique », sourit-elle en empruntant des petits chemins avec l’assurance d’une laie. « Je n’ai plus de café, il faut que je retourne en faire au village  ! »

Un aller-retour pour apporter de l’eau au restaurant et trois omelettes plus tard pour sustenter ses hôtes journalistes, elle parcourt le vallon de la Gravière où la reprise de feu de jeudi a fait des ravages. Linda ; sa maman ; est montée dans la voiture. Même modèle. « On a tenu une boulangerie au village alors de l’énergie, on en a  ! » Les deux femmes déclenchent des sourires en cascade.

La cuvée d’eau du Château Nestuby

Pourtant impactés par les flammes, les membres du Château Nestuby à Cotignac ont donné un accès à un bassin de 800 000 litres d’eau aux secours luttant contre les incendies.
Pourtant impactés par les flammes, les membres du Château Nestuby à Cotignac ont donné un accès à un bassin de 800 000 litres d’eau aux secours luttant contre les incendies.
LUC BOUTRIA/PHOTOPQR/NICE MATIN/MAXPPP

Audrey nous amène pour finir chez des amis  : la famille Roubaud qui tient le Château Nestuby. Eux aussi ont pris le feu plein fer, descendu de la colline pour brûler une quinzaine de rangs de vigne, soit un hectare. Eux aussi ont tendu la main aux hommes et femmes du feu en donnant accès à un grand bassin de 800 000 litres d’eau alimenté par la source Nestuby. Depuis trois jours, les camions rouges viennent faire le plein. « Ils ont pompé près de 600 000 litres si bien que les agriculteurs du coin viennent la recharger au fur et à mesure », salue Romain aux côtés de sa sœur Sophie et son frère Damien, le viticulteur de la fratrie qui a sauvé sa maison des flammes mardi soir. « Les raisins sont tachés de cendres. On espère une petite pluie pour les laver », soufflent-ils. La récolte est prévue pour le 10 août.

Des repas gratuits par centaines à Lou Calen

À la suite de l’incendie  touchant la commune de Cotignac, l’équipe de l’Hostellerie Lou Calen a accueilli de nombreuses personnes, sans contrepartie.
À la suite de l’incendie touchant la commune de Cotignac, l’équipe de l’Hostellerie Lou Calen a accueilli de nombreuses personnes, sans contrepartie.
LUC BOUTRIA

En ville, l’Hostellerie Lou Calen est devenue un carrefour de la solidarité. Mardi soir, une cinquantaine de familles et de scouts, en pèlerinage à Notre-Dame de Grâces, ainsi que des moines, tous évacués, ont été orientés vers l’établissement. « On a pu mettre une trentaine de chambres à disposition, les autres ont dormi sur les canapés, un peu partout », raconte Aurore Chainet, directrice commerciale et marketing, visiblement éprouvée. Dehors, il pleuvait des cendres.

À 22 heures, électricité coupée, le personnel a sorti les lampes torches et les talkies-walkies. Le stress est monté d’un cran. Tout sera rétabli à 3 heures.

Le lendemain, les équipes de Lou Calen se mobilisent pour offrir un petit-déjeuner à tout le monde puis une centaine de repas le midi. Depuis, elles assurent des buffets pour les réfugiés et les pompiers, une trentaine les midis et soirs. Sans contrepartie.

« On est tous choqués mais hyper soudés »

La solidarité encore et encore quand jeudi après-midi, les flammes sont venues lécher le jardin de l’Hostellerie, obligeant les habitants à évacuer ou à se confiner, selon les situations. À l’hôtel, 90 personnels ont dû partir en catastrophe. « Si ça prenait feu, ça gagnait le village. À 20 h, on a cru tout perdre alors qu’on avait rouvert il y a deux ans après sept ans de travaux. Ça aurait été terrible… », tremble Aurore, submergée par l’émotion. « On est tous choqués mais hyper soudés, c’est très beau à voir. On a reçu des messages de soutien du monde entier, d’Inde, d’Australie, des États-Unis, d’Europe… » L’hôtel a tout de même dû refuser 150 convives venus de Grande-Bretagne dont le mariage a été annulé ailleurs à cause des incendies.

Pain, viennoiseries et cagnottes

Stéphanie, gérante du Fournil à Cotignac, offre du pain et des viennoiseries aux sapeurs-pompiers. Dans cette boulangerie, une cagnotte est organisée à la caisse en faveur des sauveurs.
Stéphanie, gérante du Fournil à Cotignac, offre du pain et des viennoiseries aux sapeurs-pompiers. Dans cette boulangerie, une cagnotte est organisée à la caisse en faveur des sauveurs.
BOUTRIA LUC / PHOTOPQR/NICE MATIN/MAXPPP

Au village, si des restaurateurs ont confectionné des pizzas, la boulangerie Le Fournil offre depuis plusieurs jours du pain et des viennoiseries aux sapeurs-pompiers. « On fait en sorte qu’ils ne manquent de rien. Les commerçants, les fournisseurs et les clients se mobilisent afin qu’ils n’aient pas de frais supplémentaires », sourit la gérante Stéphanie. À la caisse, une cagnotte invite à laisser une pièce ou un billet en faveur des sauveurs. « La mairie a aussi ouvert une enveloppe, il y a un fort élan de solidarité », souligne-t-elle.

« Cette solidarité spontanée est énorme, abonde l’adjointe au maire Nathalie Roubaud. Tout le monde a envie de se battre pour le village, c’est impressionnant. On est fier de l’avoir sauvé », savoure l’élue en charge de l’agriculture et du tourisme.

La bonne personne pour évaluer l’impact sur la saison alors que certains ont déjà annulé leur séjour à Cotignac. « Je suis de nature optimiste, si certains ne viennent pas, d’autres les remplaceront. » Une autre histoire à venir.