Bischwiller. Une cigale grise observée en Alsace du Nord, loin de son habitat naturel du sud de la France
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Une cigale grise observée en Alsace du Nord, loin de son habitat naturel du sud de la …
Un particulier a pu filmer une cigale grise en pleine cité des Fifres le 16 juillet dernier, alors que son habitat naturel se trouve dans le sud de la France. L’entomologue Christophe Brua livre son éclairage sur le sujet.
Eddie Rabeyrin -
Aujourd’hui à 07:00
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Le son de la cigale a surpris Baptiste Nimmler au niveau du stade des Pins alors qu’il se rendait à la piscine de Bischwiller le 16 juillet : « Je me suis tout de suite imaginé dans le Midi », se rappelle-t-il. Curieux de nature, le jeune homme a aussitôt dégainé son portable pour filmer l’insecte, dont la présence est inhabituelle sous les latitudes alsaciennes.
Nous avons transmis l’enregistrement à Christophe Brua, de la société alsacienne d’entomologie (étude des insectes). Après analyse du sonagramme, il est formel : il s’agit d’une cigale grise, également appelée cigale de l’Orne ( Cicada orni ), une espèce commune dans le sud de la France. Le spécimen bischwillerois est forcément un mâle, la cymbalisation de la femelle étant inaudible pour l’oreille humaine. « [Cette cigale] a été observée récemment à différents endroits d’Alsace, explique l’entomologiste. Dès 2016 dans le Bas-Rhin, puis dès 2018 dans le Haut-Rhin, en 2020 à Strasbourg et certainement depuis quelques années avant. Pour le reste du Grand Est, dès 2017 à Nancy. »
La présence de l’insecte n’en demeure pas moins très localisée et surprend en général les riverains. Aucune explosion de la population de l’insecte n’a été constatée depuis que sa présence sous les latitudes alsaciennes est avérée. Elle n’a pas non plus de caractère nuisible : « Elle se nourrit de sève en piquant les plantes, poursuit Christophe Brua. Mais c’est négligeable par rapport à la taille des végétaux et elle n’est pas vectrice de maladies. » Le climat alsacien n’offre pas d’obstacle à sa survie, même en hiver, « les larves vivant dans le sol à température basse ». D’une envergure d’environ 70 mm, elle s’avère plutôt grande.
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La cigale grise, ou cigale de l’Orne, est commune dans le sud de la France. Photo Christophe Brua
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La Cigale grise, ou Cigale de l’Orne, est commune dans le sud de la France. Photo Christophe Brua
Passagère clandestine d’un bac à plante ?
Plus grande en tout cas que la plupart des espèces de cigales autochtones alsaciennes qui, exception faite de la cigale rouge, font entre 35 et 45 mm d’envergure. Leur existence n’est pas bien connue du grand public. Peut-être parce qu’elles sont davantage discrètes : « Elles n’ont pas la même puissance sonore que celle de l’Orne. Leur son est en continu et se termine par un « tac » pour certaines espèces. Avec l’âge, on ne les entend souvent plus. »
Faut-il voir dans l’apparition en Alsace de la cigale grise un symptôme du réchauffement climatique ? Pas au sens d’une expansion naturelle de la zone d’habitat de l’espèce pour Christophe Brua, qui rattache plutôt ce phénomène à « la mode des grands bacs de plantes provenant de régions où cet insecte est historiquement présent. Des spécimens, sous forme de larves souterraines, ont très bien pu être véhiculés dans les pots. »
Le succès des plantes du sud est en revanche bien une conséquence du réchauffement climatique. Baptiste Nimmler est bien placé pour le savoir, lui qui est apprenti paysagiste : « De plus en plus de clients veulent des pins et des oliviers, explique-t-il. À l’inverse, les arbres fruitiers tiennent de moins en moins le coup face à la pollution et la sécheresse. »
En quête d'images
Friand d’expériences de science participative, l’entomologue Christophe Brua invite les lecteurs à lui envoyer directement des photos et enregistrements d’exuvie et d’adultes cigales de l’Orne, pour mieux documenter sa présence en Alsace.
Il livre au passage quelques conseils pour les observer : « Il faut s’approcher à pas de loup de la cigale, en faisant des pauses successives pour arriver à prendre des photos de près. Il est prudent de faire plusieurs photos successivement lorsqu’on s’approche. De près, il est souvent utile de régler son appareil en mode x2 ou x4. En observant la base des troncs d’arbres, les tiges des hautes herbes on peut y trouver les exuvies larvaires. Les larves fouisseuses sortent de terre le matin, grimpent sur un support et l’adulte – imago, le stade final de son développement – s’en extrait, puis développe et sèche ses ailes. On trouve ensuite les exuvies sèches, fixées à leur support, plusieurs semaines durant. »
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